dimanche 8 juillet 2012

Dolores Aguirre, un produit passé de mode

Pour 2012, le produit Dolores Aguirre est moins en vogue que les saisons antérieures. Hier à Pamplona, il s'agissait du premier lot que faisait combattre l'élevage cette année.
Des Dolores, on a une image de toros hétéroclites, soit avec de la caste, un degré divers de mansedumbre, de la mobilité et de la combativité, mais toujours intéressants. Les six toros de Pamplona n'ont pas été à la hauteur de ce que l'on peut raisonnablement attendre de cette devise. Cependant, ce n'était pas une course catastrophique, et l'on devrait parfois s'épargner de lire certaines plumes définitives et sans nuances envers ce type de toro.
Je pense ainsi à ces "revisteros", qui sur leurs sites comportant bien plus de publicités (taurines voire hôtelières) que de pages concrètes sur la tauromachie, s'en donnent à coeur joie pour démonter ce qu'ils rangent dans la catégorie "corridas dures".
Malheureusement, une fois que l'on a eu le désarroi de lire cette prose, on ne peut plus en faire abstraction. Des Dolores d'hier, il a été dit par exemple qu'ils étaient "moches, mauvais et décastés". Pire encore, au-delà du simple lot de toros combattu, on dirait que c'est l'élevage dans sa totalité qui est condamné au goudron et aux plumes. Par des plumes de revisteros adeptes du deux poids deux mesures, descendant allègrement ce type de corridas, mais s'avérant être de véritables larbins lorsqu'il s'agit de commenter la présentation et le comportement de toros commerciaux. C'est probablement cette divergence dans l'analyse qui est la plus gênante, chez certains qui en outre oublient de faire mention du déroulement de la lidia voire des estocades. Une critique taurine à sens unique qui veut que "lorsqu'un torero n'est pas bon, alors le toro ne peut pas l'être lui non plus".

Hier, le premier lot de la temporada de Dolores Aguirre ne fut pas une réussite. Les toros combattus sous un temps lourd avec un vent violent intermittent étaient inégaux en présentation, avec certains typés Atanasio Fernández, et d'autres Conde de la Corte.
En chef de lidia, Antonio Ferrera n'a pas été à la fête. Et ses picadors ont officié à l'excès dans les deux sens, soit trop et mal, soit pas assez. Le premier Dolores s'est fait sécher à la pique, puis s'agenouilla durant la faena.
Le quatrième, sérieux et corniabierto, fut abanto et violent dans la cape. "Angelón", c'était son nom, ne fut pour sa part pas suffisamment piqué, le premier tiers se résumant à une pique trasera puis un picotazo. Après s'être avéré plus apte au championnat de trampoline qu'à l'exercice des banderilles, Antonio Ferrera a connu un calvaire à la muleta.
Effectivement, le toro, mobile, manso con casta et affichant du poder, déborda Ferrera. Le torero fit de nombreux ponts dangereux entre lui et sa muleta, devant lutter à la fois contre ce toro laissé cru à la pique, le bruit des peñas, et le vent tourbillonnant. Ferrera a donc vite abdiqué, laissant l'impression d'avoir affronté un adversaire impossible. Difficile d'imaginer un autre contexte, mais dans les mains d'un Javier Castaño en forme, un grand combat aurait été une probabilité.

Le deuxième de l'après-midi, bas, astifino, et unique melocotón de pelage du lot, afficha d'entrée un problème au train-arrière. Devant une autre assistance, moins bruyante et plus attentive, nul doute que des protestations auraient pu conduire au mouchoir vert. Cependant, ce ne fut pas le cas. Eduardo Gallo tirant plus tard des passes linéaires de la noble corne droite de cet exemplaire.
Face au cinquième, avacado et très manso, Gallo donna des passes sur le voyage quand il ne s'agissait pas de courir pour chercher le toro fuyard. Gallo tua de manière très médiocre.

Enfin, Joselillo reçut la première oreille des corridas de San Fermín face au troisième Dolores du jour, manso et mobile avec un contingent de passes non négligeable. Il donna une faena courageuse, basée sur une tauromachie de façade, spectaculaire et sans fondamentaux. Il dut en grande partie sa récompense à une épée bien portée. Adulé à Pamplona, Joselillo connut bien des sueurs froides face à l'ultime, manso et difficile.

Ce lot de Dolores Aguirre n'est pas à ranger dans la catégorie des satisfactions. Toujours est-il que les cavaleries éléphantesques, ainsi que les lidias moyennes voire médiocres, sont des paramètres qui parfois empêchent de voir complètement et sans ambigüité les toros combattus.
C'était le premier lot de Dolores Aguirre cette saison, car un seul toro était sorti dans les ruedos  jusqu'alors. C'était à Cenicientos au mois d'avril, sous la pluie et devant deux cent personnes, pour un seul contre six de Sánchez Vara. Les Dolores sont moins prisés par les organisateurs que les années précédentes, et ils sont pour le moment à l'affiche de la Feria de Otoño à Madrid, et en novillada du côté d'Andorra (province de Teruel).

Florent

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