vendredi 27 juillet 2012

Juillettiste (I)

LA MONTAGNARDE

Isolée, elle n'est surtout pas à plaindre. Et lorsque chaque année vient son tour, on place en elle beaucoup d'espoirs.
Elle est comme un donjon, une forteresse, loin des lieux communs et de l'ordinaire. Céret, ses toros, ses cerises, et les montagnes aux alentours.

Ce 14 Juillet à Céret, c'était la première course de la saison toutes Catalognes confondues. Alors que La Marseillaise pouvait résonner dans toutes les communes de France, Els Segadors, l'hymne catalan, était également joué à Céret sur les coups de 18 heures.
Pour cette première de la saison catalane, un air symbolique ressortait de l'affiche proposée. Une affiche originale, car il est rare de pouvoir assister à une course de toros adultes de chez Moreno de Silva, et aussi parce qu'il y avait au cartel trois toreros qui resteront dans l'histoire, qu'on le veuille ou non.
El Fundi, pour l'ensemble de son oeuvre.
Javier Castaño, car il est techniquement plus fort face à des toros dignes de ce nom que la majorité des vedettes avec leurs adversaires-collaborateurs.
Serafín Marín, parce qu'il est Catalan, et parce qu'il fut aussi le régional de l'étape en première ligne le jour où les Toros ont été interdits en Catalogne Sud.

Dans la grisaille de ce 14 Juillet, on a assisté à une corrida de toros sérieuse, intéressante de par la présence du bétail et de son danger inhérent. Certes il n'y eut rien d'extraordinaire, mais c'était une vraie course de toros, une chose pas tellement en vogue à l'heure actuelle.
Aussi, elle a commencé par le calvaire du pré-retraité El Fundi, qui après avoir reçu un magnifique hommage, connut la déroute face à Vivillo, un toro imposant, difficile et au danger sourd. Ajoutez à cela que le Fundi lui apprit d'entrée de jeu tous les vices imaginables. Toro difficile, ciel gris, et sifflets au matador. Au passage, Vivillo était également le nom du Moreno de Silva qui avait remporté la novillada-concours de Parentis en 2009.
Au quatrième toro de l'après-midi, de loin le plus commode de l'envoi, en termes de charpentes et d'armures, El Fundi connut un combat plus apaisé. Il profita de la noble corne droite de l'animal sans mouiller le maillot, à l'exception d'une estocade plutôt engagée. Après cela, une oreille digne de Saint-Cyprien ou d'Argelès-sur-Mer dans les années 80 fut accordée. Une oreille généreuse, d'adieu, et pour laquelle il est même inutile de polémiquer.

S'il n'a pas aligné quarante muletazos de face avec le deuxième Moreno de Silva de l'après-midi, Javier Castaño a eu bien du mérite avec son toreo poderoso, tant son adversaire était mobile, compliqué et pourvu d'un danger sourd. On nota au passage une grandiose paire de banderilles du subalterne David Adalid.
Le cinquième toro fut renvoyé aux corrales. Et preuve en est que la camada de Moreno de Silva est courte, puisque c'est Chaparro le numéro 23 qui sortit comme sobrero. Chaparro était également sobrero lors de la novillada matinale de Céret de Toros 2011. Il avait donc déjà connu les corrales de Céret la montagnarde, et en piste, démontra comme plusieurs de ses congénères un danger sourd. Javier Castaño lui, ne prit pas de risques.

Quant au catalan Serafín Marín, il n'y a aucun doute qu'il est un excellent torero de cape, mais il peut être aussi, revers de la médaille, très énervant muleta en main. En premier lieu, il toucha le toro le plus intéressant de l'après-midi, encasté, et le plus brave du lot en quatre piques. Malheureusement, Lemanoso eut affaire à un mauvais picador et dut subir une lidia elle aussi mauvaise. Avec une tauromachie profilée et lointaine, Serafín Marín alla jusqu'à éteindre son adversaire encasté et déjà diminué par le tiers de piques initial.
A l'ultime toro de l'après-midi, lourd, pas évident dans les premiers tiers, puis noble à droite comme à gauche, on ressentit pas mal de chauvinisme sur les travées pour le torero. Toujours alluré, Serafín Marín toréa très souvent fuera de cacho, avant de proposer quelques gestes plus valeureux et centrés sur la corne gauche. Silence après avis et salut après avis pour Serafín, qui avait pourtant face à lui un lot pour couper trois oreilles.
Rideau sur la première de la saison catalane, authentique, sérieuse et intéressante.

Céret, c'est aussi "la plaza más torista del mundo" comme me l'avait murmuré Emilio Huertas lors d'une discussion l'année passée à Arnedo. Ce sont les professionnels qui lui avaient dit cela avant qu'il aille à son dépucelage cérétan face aux curieux Irmaos Dias. Cette année avec les Escobar, il a également coupé une oreille, d'un novillo fuyard en début de combat, puis encasté et détenteur d'une bonne corne droite.
La novillada de Céret comportait cette année deux fers différents. Celui de José María Escobar (2ème, 4ème et 6ème), avec des novillos très typés Graciliano, et celui de Mauricio Soler Escobar (1er, 3ème, 5ème et 5ème bis), avec des bêtes dont la morphologie faisait penser à celle des Chafik de San Martín, en vogue il y a une dizaine d'années à Vic-Fezensac.
De ces deux fers d'Escobar, les novillos sérieux de présentation, manquèrent souvent de race voire de forces. On retiendra donc le troisième, auquel Huertas coupa une oreille, et également le deuxième Fuentecillo. C'était un Graciliano qui alla a más au cours du combat. Encasté, exigeant et difficile, il donna de nombreuses sueurs froides au novillero Imanol Sánchez, vert et qui n'avait que son courage à opposer. 
Enfin, le chef de lidia Daniel Martín fut volontaire, sans pour autant briller, mais mérite quand même autre chose que la sinistre et aride carrière qu'il doit se coltiner.

Montagnarde et loin de toutes les autres, la place de Céret n'a pas bougé, et fête même cette année ses 90 ans.

Florent

1 commentaire:

  1. Il n'y a plus qu'à ceret qu'on peu voir de tels toros ...

    RépondreSupprimer