samedi 28 juillet 2012

Juillettiste (II)

LE GESTE DE L'ANNÉE

Arènes de Céret. Toros de José Escolar Gil. Un seul contre six.

José María Manzanares ? Si tu as envie de te mettre à découvert jusqu'à la fin de tes jours...
Morante de la Puebla ? Tu te touches.
Julián López "El Juli" ? Pourquoi pas, mais il faut choisir des bêtes auxquelles on a préalablement falsifié le guarismo. Pour ce qui est de l'arrangement des cornes, ne t'en fais pas, il y aura un bon nombre de sbires dans les parages.
Cayetano Rivera Ordóñez ? C'est dangereux, car tu risques de mettre les arènes à feu et à sang, imagine tous ces fous qui lui enverraient des flacons Acqua di Gio d'Armani sur la trombine dès le paseo...

Non, Manzanares, Morante, Juli, Cayetano, ou même Perera et d'autres ne se risqueront jamais à affronter des toros d'Escolar Gil en solitaire. Encore moins à Céret.

Aussi, il m'arrive de penser à cette période récente mais révolue, quand il y avait encore des corridas à Barcelone. Simultanément au dimanche de Céret de Toros, il y avait une traditionnelle corrida de vedettes à la Monumental, soit deux-cent kilomètres plus bas. J'imagine des aficionados français, qui guidés par leur libre-arbitre, préféraient aller jusqu'à Barcelone plutôt que de s'arrêter à Céret. Et c'est à se demander si durant leur périple – l'autoroute passant non loin de Céret à vol d'oiseau – ils avaient au moins une pensée pour les hommes en train de combattre au même moment dans les arènes du Vallespir.

Ce Dimanche 15 Juillet 2012, il n'y avait pas de corrida à Barcelone. En revanche, il y avait un spectacle d'exhibition aux Saintes-Maries-de-la-Mer, des Yonnet à Lunel, ou encore des Curé de Valverde à Châteaurenard... Et aussi (voire surtout), Fernando Robleño seul face à six toros de José Escolar Gil à Céret. Un geste convenu depuis cet hiver.

Tandis que de plus en plus, on parle d'argent dans les chaumières des vedettes avant chaque paseo, le seul contre six de Fernando Robleño n'était guidé par aucune prétention financière. Certes, on imagine que le matador a perçu à cette occasion une somme convenable, mais l'essentiel résidait ailleurs : le geste, la gloire, l'afición.

Grandi d'emblée par l'immensité de son geste, Fernando Robleño l'a accompli avec humilité, courage et sincérité, à la façon d'un maestro aguerri. Plusieurs fois durant cette corrida singulière, on sentait qu'un accrochage pouvait arriver et laisser le reste du lot d'Escolar dans les mains des sobresalientes Morenito de Nîmes et Alvaro de la Calle.
Voltereta il n'y eut pas, ni même de blessure. Et pourtant, Robleño a pris des risques et a été héroïque. A la mort du dernier toro de l'après-midi, on eut la sensation étrange de n'entrevoir aucun signe de fatigue chez l'homme-solitaire du jour.

Fernando Robleño a été grand, car l'exploit sur le papier a été calqué dans la réalité. Tout cela n'aurait d'ailleurs pas été possible sans la sérieuse présentation et la caste des pensionnaires de José Escolar Gil.
Le défi avait commencé de fort belle manière avec un toro de cinq ans, brave en deux piques, encasté et possédant beaucoup de transmission dans la muleta. Motivé et sublimé, Robleño a débuté son solo avec une faena plutôt brève, de deux séries droitières et deux gauchères.
Il est difficile de détailler l'après-midi dans son ensemble, mais on se souviendra que les lidias ont été de bonne tenue, à l'exception de celle du cinquième toro, qu'il y eut du courage et du métier de la part du matador, avec des estocades engagées, et également de la caste et du danger de la part des toros d'Escolar, qui ont composé un lot varié mais fort intéressant. Toutes les composantes de l'émotion.

La corrida s'est achevée avec Caloroso, un cárdeno claro de 600 kilos, exigeant et encasté. C'est donc avec ce toro que Fernando Robleño est allé au bout de son geste, en partant une nouvelle fois au combat. Et c'est avec ce sixième qu'il donna les meilleurs muletazos de son après-midi de la main gauche. La sortie en triomphe était déjà assurée avec les récompenses obtenues face au premier et au troisième. Preuve de son engagement de bout en bout, Fernando Robleño s'est même fait arracher un bout du gilet lors de l'estocade face à cet ultime toro, auquel il coupa deux oreilles, précédant une sortie en triomphe comme on en voit peu.

Et c'est l'image d'une très belle course que l'on gardera...

Florent Moreau-bleño, pour l'occasion.

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