dimanche 29 juillet 2012

Juillettiste (IV)

BELLE ET CRUELLE

Dans un passé relativement récent, on a connu des pensionnaires de Robert Margé bien plus âpres qu'ils ne le sont désormais.
Avec des toros similaires à la majorité des six envoyés cette année à Mont-de-Marsan, Robert Margé pourrait voir la demande augmenter, et faire de l'élevage son activité principale. Quatre de ses six exemplaires du Moun étaient de "bons toros" comme on les qualifie dans le jargon professionnel-taurin. Des toros toréables, des toros à triomphe, pour plaire aux vedettes.

Il y a une semaine, ses toros ont été combattus dans un contexte festif, puisque c'est toujours le cas lorsqu'il est question d'une alternative. Aussi, c'était le retour de Padilla à Mont-de-Marsan, une arène qui l'a vu éclore.
Mathieu Guillon a pris l'alternative à 18 heures 18, et n'a pas été à la hauteur du noble toro d'alternative liquidé d'un bajonazo. D'ailleurs, il y en eut bien d'autres des bajonazos durant cet après-midi. Les lidias ont été très moyennes. Plutôt lointain, Ponce a toréé avec sa technique qui pourrait lui permettre bien plus, et Padilla a récolté un triomphe généreux qui n'était cependant pas déplaisant à voir.
C'est la première fois que je revoyais Padilla depuis sa terrible et cruelle blessure. Cyclone devenu Cyclope si l'on veut, on sent en le voyant simplement qu'il est un homme qui a "morflé" physiquement parlant. Il a coupé les deux oreilles du troisième Margé de la course, après une faena d'un registre populaire et bon enfant. Le public était ainsi tout acquis à la cause de cet homme qui s'est relevé.

Mathieu Guillon prenait l'alternative. Depuis maintenant plus d'un an, beaucoup de voix se sont élevées pour lui déconseiller. On peut toutefois comprendre son choix et son rêve de s'ajouter à la liste des matadors de toros français. Il n'en tua qu'un.
L'an dernier, Guillon a beaucoup toréé en tant que novillero dans les arènes d'Espagne, et aussi de France. Il était par ailleurs le novillero comptant le plus de contrats en 2011 dans notre pays. Après maintes prestations en demi-teinte voire décevantes, il lui a parfois été conseillé de ne pas aller plus loin. De novillero, il a toréé quasiment partout en France, mais n'a jamais traîné ses guêtres à Vic-Fezensac, Céret, Orthez ou Parentis-en-Born.
A domicile, à Mont-de-Marsan, il a reçu vers 18 heures 30 l'ovation au nouveau matador, à l'issue de son premier combat, dédié à ses proches présents aux premiers rangs de l'ombre. Lorsque sonna le deuxième avis au dernier toro de la corrida, on apercevait un vide à cet endroit des gradins. Du béton abandonné et humide de larmes.
Le sixième Margé était noble et fort toréable, mais finit désintéressé après une accumulation interminable de passes sur le voyage. Un, puis deux, puis trois avis. Le Margé n'a pas eu la mort de taureau de combat qu'il méritait, et a regagné le toril pour un coup de fusil. Aucun sifflet n'a accompagné l'échec de Guillon. A la place, un silence blessant d'indifférence. C'était cruel. Guillon est parti tête baissée, et ce n'est pas être un oracle de prétendre qu'une telle issue était écrite d'avance. Ainsi est la tauromachie, belle et cruelle.

Florent

(Image : La Une de Sud-Ouest, édition Mont-de-Marsan, du vendredi 20 juillet 2012)

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