mardi 31 juillet 2012

Juillettiste (VIII)

TAUROMACHIE EN FÊTE AU PLUMAÇON

Pour évoquer la fin d'une mauvaise série, les journalistes sportifs ont pour habitude stéréotypée d'employer la formule "vaincre le signe indien". Des mauvaises séries presque systématiquement vérifiées, il y en a pléthore en tauromachie comme en sport. 
En bon exemple, la majorité des corridas de clôture des fêtes de Mont-de-Marsan, et ce quel que soit le prestataire. Parmi les dernières, on peut contempler :
19 juillet 2006, García Jiménez pour Morante de la Puebla, El Juli et Eduardo Gallo.
26 juillet 2007. Fraile Mazas pour Enrique Ponce et Sébastien Castella en mano a mano.
21 juillet 2009. Zalduendo pour El Juli, Miguel Angel Perera et Daniel Luque.
20 juillet 2010. Victoriano del Río pour Manolo Sánchez, Morante de la Puebla et Sébastien Castella.
19 juillet 2011. La Quinta pour Curro Díaz, El Juli et Thomas Dufau.
Des corridas dont le "résultat artistique" varia entre le médiocre et le minable.

Depuis la fin de l'année dernière, de nombreux aficionados Montois se sont mobilisés face à la dérive rongeant leur arène et à une politique taurine qui ne leur plaisaient guère. Ils ont bataillé. Pour cette Madeleine 2012, la clôture avec les toros d'Escolar Gil était un peu "leur" corrida. Le genre d'affiche qu'ils désiraient absolument, contrastant avec les habituelles fins aguichantes et luxueuses, mais en définitive ternes et imbuvables.

6 TOROS 6 de José Escolar Gil pour Fernando Robleño, Javier Castaño et Julien Lescarret. La corrida des aficionados Montois, qui ont vu à cette occasion leur Plumaçon brillant et redoré. Une corrida digne de ce haut-lieu plus que centenaire, avec trois véritables piques par toro au minimum. Et c'est l'image d'une course mémorable avec des toros et des hommes qui restera.

La saison qui s'écoule semble être le baroud d'honneur du départemental Julien Lescarret, puisqu'il est probablement au meilleur moment de sa carrière. Du fait de son bagage technique, il fut certes en-dessous de ses deux Escolar, nobles, encastés et avec de l'émotion, mais il n'a pas démérité et s'est appliqué tout l'après-midi durant, récoltant deux fois une oreille avec sortie en triomphe à la clé.

En début de corrida, on vit Fernando Robleño très sérieux face à Secretario, noble mais à la charge endormie, et Javier Castaño d'une très bonne technique malheureusement de peu d'écho devant Manchero, un Escolar court de charge et pas simple.

Toutefois, le point culminant de l'après-midi eut lieu avec les combats des quatrième et cinquième toros. Deux toros d'anthologie pour deux combats qui l'étaient tout autant. Face à eux, et à cause des circonstances, Fernando Robleño a été héroïque.

Tout d'abord face à Mirlito le quatrième, typé Albaserrada et armé extra-large, qui frappa plusieurs fois les burladeros avant de prendre trois piques. Ce toro compliqué, dur, et très exigeant pouvait coincer Robleño à n'importe quel instant. Mais Robleño a été d'un courage extrême et a réussi à l'affronter sur les deux cornes. Seulement une vuelta après deux pinchazos et une estocade basse.

Et puis Canario, le cinquième. Un toro très bien présenté et armé, qui accrocha Javier Castaño de manière terrible à la cape.
Refroidies, les cuadrillas livrèrent une lidia en panique. Canario reçut cinq piques fortes et très appuyées, mais garda le même cap de forces et de caste. Un toro combatif, roi de l'arène.
Castaño à l'infirmerie, c'est Robleño qui prit la muleta en main. Et face à cet Escolar encasté, poderoso, dangereux mais transmettant beaucoup d'émotion, on vit une faena énorme et magnifique, dont l'intensité est impossible à décrire. Une belle entière, puis sept descabellos vinrent à bout de Canario, toro solide, encasté et impitoyable. Malgré une mort retardée, Fernando Robleño a tout de même reçu une oreille amplement méritée et a goûté au triomphe.

J'ai pensé à Jean-Jacques Baylac à la sortie des arènes, et à la fois où il m'avait dit "si un jour la corrida de vérité disparaît, alors la corrida mensonge n'en aura plus pour longtemps". Mais avec des corridas -vérité comme celle du Dimanche 22 juillet à Mont-de-Marsan, espérons que la tauromachie en aura encore pour très longtemps...

Florent

1 commentaire:

  1. Très bien l'article; il correspond à ce que j'ai pu ressentir lors de cette corrida "vérité"...et me rappelle un peu celle de NIMES le 6 contre Javier ...
    Guy PERON

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