dimanche 1 juillet 2012

Souvenirs froissés (IX)

EL LOCO GALAN

C'était à Dax, vers midi un matin d'août de l'année 2001. Les tours jumelles new-yorkaises étaient toujours debout et n'occupaient pas encore et de façon irrémédiable l'intégralité de l'actualité.
A la sortie des arènes de Dax, il y avait une longue voiture, une Mercedes, de couleur vert empire, voire peut-être vert anglais. A l'intérieur de celle-ci, toute une cuadrilla avec son novillero, David Galán, ainsi que le père de ce dernier, Antonio José Galán.
Le lendemain, ils s'en allaient toréer une autre non piquée matinale à Bayonne, non loin de là.
Le fils Galán ne fera pas une grande carrière, pas comme son illustre père. 
Je n'ai jamais vu toréer Antonio José Galán. Toutefois, son nom est entré dans l'histoire, c'était un torero populaire. Mais pas un torero populaire à deux sous comme on peut en imaginer à l'heure actuelle. Un torero populaire, fou, courageux à l'extrême, qui était capable de tout et affrontait par ailleurs les élevages réputés difficiles.
Parfois, le sourire aux lèvres, il regardait les gradins en agitant sa muleta avant de porter l'estocade. "Alors ? Je la jette ou je la garde ?". Galán n'était pas un trouillard, et parfois il la jetait.
A coup sûr, de nombreuses personnes sur les gradins avaient plus peur que lui, et silencieusement effrayées, admiraient ce héros.
Et il la jeta, comme le 14 juillet 1973 à Pamplona, face à un toro de Miura. Sous l'orage, il paraît que l'atmosphère était indescriptible. Quatre oreilles et une queue pour Galán, porté en triomphe jusqu'à l'hôtel.
Lorsqu'on entend parler de choses de ce genre, on se dit quand même que la tauromachie a quelque chose de géant. Il paraît aussi que le déclin de la carrière de Galán serait dû à toutes les réticences de ses habituels compagnons d'affiche, ne désirant pas récupérer un toro supplémentaire tandis que lui serait à l'infirmerie. Un courage hors-normes, de l'inconscience aussi certainement. Je n'ai jamais vu toréer Galán.
Le jour où lui, son fils et sa cuadrilla quittaient Dax, c'était le 11 août 2001. Le 12, ils étaient à Bayonne. Sur le chemin du retour en Espagne le 12, leur voiture vert empire s'est scratchée dans le décor. Antonio José Galán et le jeune banderillero Francisco José Losada y laissèrent la vie.
Le 13 août à Dax, à 18 heures et des poussières, une minute de silence était respectée. Un silence total, lourd et pesant. Un silence pour les héros. Plus tard, j'ai compris pourquoi...

Florent

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