Le
train à destination de Cerbère n'était pas encore arrivé au
Centre du Monde (d'après Salvador Dalí) que l'idée de vide
paraissait déjà inconcevable.
La
température était élevée et le ciel bleu, plusieurs dizaines de
minutes devaient encore s'écouler avant le démarrage. Et puis en
douceur, le train Corail a quitté Perpignan, pour passer notamment à
Argelès-sur-Mer, une excellente première étape pour flinguer le
moral.
Quelques
minutes après ce fut l'arrivée à Collioure, avec une descente du
train où il était possible de contempler le vide. Il n'y aura
pas de Toros le 16 août prochain.
A
Collioure jusqu'au début de cette année, les arènes se dressaient
juste à côté de la voie ferrée. Ce ne fut pas le seul endroit
taurin dans l'histoire du village. D'ailleurs, cette histoire a plus
d'un siècle, et il y a eu des courses chaque année sans
interruption de 1949 à 2011 ! Alors forcément, imaginer le vide en
2012, cela fait quelque chose.
La
belle plante aux yeux marrons et au regard intense se réjouissait de
cette issue, elle qui avait pu admirer Capitán, le dernier
bestiau des Héritiers de Christophe Yonnet combattu l'an dernier. "La
belle plante", comme le disait le vieil homme à l'accent rocailleux
roulant les "r" un jour où nous étions tous vêtus de
noir.
La
belle plante était contente, tandis que d'autres étaient plus
silencieux qu'un film muet. Ils s'en foutaient.
Ils
s'en foutaient que les arènes de Collioure soient démontées et que
le dos soit tourné à la tradition taurine. Certainement parce que
c'est Collioure, une petite arène de plage. Pourtant, on pourrait se
dire que n'importe quelle arène est importante, quelle que soit son
envergure, et que sa politique taurine, défendable ou perfectible,
pourrait un jour nous mener à elle.
On
ne réécrira pas l'histoire, mais la fin de la tauromachie à
Collioure n'a pas ému grand monde, c'est un fait. Et surtout, elle
n'a quasiment pas occasionné de réactions au niveau des organes
représentatifs de la tauromachie en France.
Aujourd'hui
c'est le 16 août, jour de la Saint-Vincent et des fêtes de
Collioure. Il n'y a plus d'arènes, et a fortiori pas de Toros. A la
place, c'est un vide, un parking. Comble du cynisme, le parking en
question a été baptisé "Parking des arènes"... même
Machiavel n'y aurait pas pensé.
Pour
le moment, la tradition taurine de Collioure est entre parenthèses.
Idéalistes, on rêve qu'un jour une portative jaillisse même
temporairement sur ce parking, pour que continue cette tradition des
toros de combat et des hommes vêtus de lumières. Un jour peut-être,
le stationnement sera provisoirement impossible sur ce foutu parking,
car des arènes y siègeront. Possible alors que nous y soyons. Et dans
le cas contraire, nous irons banderiller les voitures.
Florent

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