samedi 1 septembre 2012

Brouillon de culture

Je ne connais pas Julien Lescarret, du moins pas en dehors de l'arène.
Cependant, on le voit régulièrement intervenir dans le petit monde de l'audiovisuel taurin. A l'écouter et à le regarder, il donne l'impression d'un homme sympathique, généreux, calme et intelligent. Dans Télé-Loisirs, Gala ou Paris Match, il pourrait correspondre au standard du "gendre idéal" dont rêverait la ménagère de quarante ans et plus.

Dans de nombreuses cités, la tauromachie est colorée, on s'y drape souvent de rouge et de blanc, voire quelques autres variantes en fonction des lieux. Mais jusqu'alors, on n'avait pas entendu parler de "corrida en rose" ou de "pink corrida" !

La première "Pink corrida", ce sera à Bayonne ce samedi 1er septembre. C'est Julien Lescarret ainsi que son entourage qui ont développé l'idée via les réseaux sociaux. Cela va de pair avec les derniers paseos de ce torero, qui comme chacun le sait, met un terme à sa carrière en cette année 2012.

Mais pourquoi donc vouloir maquiller la corrida en rose pétard ? En rose indien ? En rose bonbon ? En fuchsia ?
Ce genre de fantaisies ne devraient-elles pas être plutôt gardées pour des fiestas camperas à La Teste-de-Buch ou Moliets-et-Maa ? Quitte à passer pour le Ben Stiller de l'escalafón, Julien Lescarret s'est engagé dans cette idée.

Il va dire adieu à l'habit de lumières après dix ans d'alternative. Il n'a fait que quelques brèves apparitions en Espagne en tant que matador, mais a toujours eu en France un quotas non négligeable de courses chaque année. Il doit beaucoup à la tauromachie de ce fait. Même s'il ne s'agissait pas de toros pour vedettes, loin de là, Lescarret a tout de même eu un statut de privilégié.
Il faut dire aussi qu'il a eu cette chance du précurseur, puisqu'avant lui, aucun matador estampillé de la région sud-ouest n'avait réalisé plus qu'une poignée de corridas.

Il a donc eu de la chance Lescarret, et a été globalement épargné durant sa carrière. Pas sur le plan physique, puisqu'il fut durement châtié ne serait-ce qu'à Beaucaire face à un toro de Yonnet en 2005. Mais il a été épargné par la connivence, et une indulgence constante tout au long de sa trajectoire. Jamais une voix autorisée ne s'est élevée contre lui. De cet homme sympathique, lorsqu'il n'était pas au rendez-vous dans l'arène, on lisait systématiquement "Julien n'a pas eu de chance, les toros étaient mauvais, et n'ont pas aidé". Bien souvent, la réalité était ailleurs.

Les échecs ne pouvaient donc pas lui porter préjudice. Je pense notamment à ce grand toro du Conde de Mayalde en 2009 à Dax à côté duquel il n'avait fait que passer. Dans une grande arène de l'autre côté des Pyrénées, n'importe quel torero espagnol et peu en vogue aurait vu en ces circonstances le glas de sa carrière. Chanceux Lescarret, car entre quelques succès méritoires, et aussi de gros échecs, les opportunités lui ont toujours été redonnées.

Un jour où il était totalement déboussolé, j'ai même eu très peur pour lui, c'était à Vic-Fezensac quand il affrontait les Fidel San Román. Je m'étais quasiment pris de compassion ce jour-là, tellement la possibilité de le voir bousculé semblait grande.
Au final, aucun dégât majeur depuis Beaucaire en 2005, et on peut dire ouf ! A Vic avec les Villamartas de Fidel San Román, ou une autre année à Bayonne avec les Yonnet, on aurait aimé conseiller à Lescarret de gagner paisiblement une vie tranquille ailleurs que dans l'arène.

Et puis surprise en 2012 ! Puisqu'il a atteint un niveau auquel on ne l'attendait pas. Ce fut notamment le cas à Vic-Fezensac face aux toros de Granier et aussi à Mont-de-Marsan avec les Escolar Gil.
Un beau baroud d'honneur malheureusement terni par cette idée grotesque de "Pink corrida". Par cet intermédiaire, Julien Lescarret voit peut-être la vie future qu'il souhaite, une vie en rose. Il lui reste deux contrats à honorer. 
Mais nul ne doit oublier qu'avant d'avoir définitivement quitté l'arène, la vie n'y est pas rose. Au contraire, elle y est précaire et peut basculer en une fraction de seconde. Personne n'est à l'abri.
La corrida n'est pas un divertissement où pour amuser la galerie, on inciterait parfois à un "code couleur". C'est cette idée de privilégier l'accessoire sur l'important qui est décevante. La corrida, c'est quelque chose de sérieux, où l'homme vient jouer sa vie et prendre celle du toro. Le TORO, on lui doit un respect immense.

Alors non, avoir ce genre de réticences, ce n'est pas être un gardien du temple, un ayatollah ou un grincheux. C'est un point de vue.
Dans le ruedo, la vie est précaire, et ce n'est surtout pas le Cirque Pinder. A quand un torero demandera-t-il à ses admirateurs/admiratrices de venir aux arènes en porte-jarretelles ? Ou que sais-je encore.

Une despedida, cela doit être sobre et émouvant. Dire au revoir aux ruedos en demandant à tout le monde de s'habiller en rose vif, à l'unisson, cela fait quand même kitsch, un peu comme un film manqué.

Au mois de mai dernier, Julien Lescarret incarnait dans une série B de TF1 le rôle d'un torero assassiné dans la chapelle d'une arène. C'était une autre fantaisie. Une chose est sûre, puisque sa carrière touche à sa fin, c'est que Julien Lescarret aura parfaitement – et pendant dix ans – incarné son rôle de matador de toros... de série B.

Florent

2 commentaires:

  1. pffff....ce tréteau...

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  2. Florent
    je commence à de moins en moins apprécier le dress code sud ouestien pour les corridas, être habillé correctement par respect ,me suffit
    c'est comme le concert musical al violinesque pendant les faenas
    la corrida est un combat ,on y va pour assister à une dramaturgie qui se suffit à elle même
    le reste n'est que fioritures ou bien paravent pour cacher l'indigence du toro et des toreros modernes
    thierry reboul

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