jeudi 20 septembre 2012

Qui vivra Veragua

Peut-être que je devrais me mettre à jour, parler de José Tomás et faire l'éloge de Simon Casas. Il paraît qu'ils ont mené beaucoup de monde au septième ciel de l'événementiel. Cela les regarde.
A Céret, grand soleil, le ciel était bleu, et voilà que s'affichait une entrée conviviale pour la corrida de Saint-Ferréol avec les Prieto de la Cal. Une petite chambrée, pas déplaisante, hormis pour les organisateurs qui se sont donnés pour monter cette course.
Putain qu'est-ce que j'aime ces courses hors saison, en plus si le temps est au rendez-vous. Cela sonne un peu comme un dépaysement, le ciel est magnifique, peu de monde sur la route, et c'est dans un calme inhabituel que l'on se rend aux toros.

Prieto de la Cal et Céret ces dernières années, c'est une histoire dont même Tarantino n'aurait pas été capable d'imaginer le scénario. On a déjà ce souvenir de Céret de Toros 2008, avec cette corrida de Prieto interrompue à la mort du troisième toro. Il pleuvait des cordes, le tonnerre était fou furieux, et nous aficionados, trempés jusqu'à la moëlle. Parmi les rescapés du lot de Prieto de la Cal ce jour-là, l'un d'entre eux, Aguardentero, s'avéra exceptionnel un an plus tard lors d'une corrida-concours à Arles.

Et puis, les Prieto de la Cal sont revenus à Céret en 2012, pour une corrida organisée par un nouveau club taurin, et non par l'institution ADAC. 
Aux arènes, on utilise parfois le terme "cosas de toros" à propos de choses étranges, et qui ne sont pas susceptibles d'être vues ailleurs. Cosas de toros, souvent fréquentes, mais toujours différentes.

Le paseo est à 17 heures, l'ambiance quasiment intime, et Nîmes doit être dans un autre monde. Ailleurs, car l'on ne s'en préoccupe pas. On a juste envie de voir les Prieto de la Cal et leurs secrets.
Puis débarque le premier, Castañero un toro au pelage berrendo. Il est mal piqué à trois reprises et ne propose ni puissance, ni caste. Il est un adversaire maniable mais plutôt éteint qu'affronte le français Marc Serrano. Une épée contraire et delantera met fin au combat, puisqu'elle sectionne la patte avant gauche de ce toro d'ouverture. Serrano est ovationné, on ne saura jamais pourquoi. On aurait en tous cas aimé un meilleur début pour cette course.
Bien plus tard, c'est au tour de Hocicón, n°50 d'entrer en piste, le quatrième toro de l'après-midi. Avant le paseo, la présidence a annoncé au micro que cet exemplaire avait les cornes abîmées. D'ailleurs, il aurait initialement dû être écarté le midi à l'heure du sorteo. Mais devant des cuadrillas apparemment capricieuses, il fallait absolument que ce n°50 sorte en piste... Et il est sorti, pour s'exploser totalement la corne droite. Réduite en vulgaire et sale pinceau, cette corne a conduit la présidence à renvoyer Hocicón aux corrales. Et là, durant quarante longues minutes, les cuadrillas ne parvinrent pas à le faire rentrer au toril, encore moins à le puntiller depuis un burladero. Au final, le picador est revenu en piste pour un autre puyazo, avant que Serrano ne prenne l'épée et en finisse ainsi avec ce toro. Cosas de toros.
Quant au sobrero, il était magnifique de présentation et d'armures. Puissant à l'impact en trois piques, il s'est petit à petit désintéressé de la muleta de Marc Serrano, terminant le combat plutôt distrait et éteint. Une oreille digne d'une arène portative de cinquième zone fut accordée au matador.

La veille de cette corrida cérétane, Javier Castaño partageait en mano a mano la "der des der" de la carrière de Julien Lescarret. Le lendemain de la retraite du torero landais, Castaño a opté pour la solution probablement involontaire de se vêtir d'un habit couleur rose Lescarret et or. Hormis ce détail de peu d'importance, on doit dire que Javier Castaño a été très en vue à Céret. Sérieux, appliqué, courageux et très volontaire dans la lidia. Il affronta d'abord un jabonero astigordo d'armures, âgé de six ans, et sans véritable bravoure. A la muleta, ce toro était maniable mais n'humiliait pas. Javier Castaño fit très bien les choses, avec plusieurs beaux cites de loin. Voilà un travail sérieux et avec de l'émotion, conclu d'une épée contraire al recibir.
L'épisode du quatrième toro (titulaire puis sobrero) ayant beaucoup duré, le cinquième "Aguardentero" entra dans une piste assombrie. C'était un très beau toro castaño, puissant et beau à voir lors du premier tiers, même s'il mit la tête en haut du caparaçon. Plácido Sandoval le piqua de fort belle manière à quatre reprises et reçut une belle ovation. Après une autre ovation classique pour le banderillero David Adalid, ce fut à Javier Castaño de revenir sur scène. Son adversaire nous plaisait de par sa présence, mais l'on ne pouvait imaginer qu'il allait s'avérer aussi coriace en fin de parcours. Aguardentero était effectivement compliqué, dangereux et capable d'envoyer un uppercut à tout moment. Une fois de plus, Castaño a été digne et montra de belles choses, avec en plus une belle estocade engagée, suivie de deux descabellos. Mouchoir bleu, et autre oreille pour Javier Castaño, triomphateur du jour chez les piétons sans discussion possible.

Pour ce qui est de Serafín Marín en ce Samedi 15 septembre, on aurait tendance à dire qu'il a été au toreo ce que la principauté d'Andorre est au football. Son premier toro reçut une mauvaise lidia, et après une non-ébauche de faena, Serafín alla prendre l'épée.
On eut encore plus de regrets après le combat du dernier toro. Car Hocicón, n°19, melocotón, était un magnifique toro de Prieto, charpenté et sérieux. A la pique, on put entrevoir une belle puissance. En plus, ce toro semblait avoir de la mobilité à revendre, même s'il n'était pas pour autant une équation simple. Et ce fut copie blanche pour Serafín, qui pouvait dorénavant songer à manger sa barretine. Fin. 

On est sorti content des arènes, car il y avait des choses très intéressantes à voir. C'est vrai qu'il n'y avait pas la Cobla, mais ce beau temps, ce calme, ces toros et le Vallespir ont quelque chose de bon, de très bon ! Pas la peine de se pencher sur l'événementiel, vous pouvez éteindre vos iphone, vos téléphones portables, et éviter twitter. On s'en fout de l'événementiel des "producteurs d'art" auto-proclamés, car on a vu des toros, des Prieto de la Cal, et c'était bien !

Début septembre, l'un des plus célèbres sites "d'information taurine" avait titré "Para la foto y el matadero" à propos des Prieto de la Cal après une novillada à Las Ventas. Littéralement : pour la photo et l'abattoir. S'il existe des subventions pour être dithyrambique avec les corridas commerciales et descendre parallèlement ceux qui sortent des sentiers battus, il n'en existe pas en revanche pour la connerie. Ces subventions seraient pour le coup illimitées.
On continuera en tous cas à faire 700 bornes voire plus, pour les Prietos et pour les autres, légendaires ou non, mais qui nous font courir aux arènes ! Longue vie aux Veraguas, à ceux de chez Prieto et à tous les autres.

Florent

4 commentaires:

  1. Corrida muy interesante ,con emoción y nueva ilusión.
    El toro es así,pero esta estampa es unica.
    Antonio

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  2. Mi comment ha desaparecido? ¿ Que ha pasado? C'est pourquoi je me demandais hier si tu avais disparu....

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  3. Ne t'en fais pas Pedrito je suis là. A très bientôt pour de nouvelles aventures.

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  4. Personnellement, je n'ai encore vu ce genre de spectacle que dans les films, donc je suis un peu incapable de juger des bons et des mauvais. Mais j'aimerais bien aller au septième ciel de l’événementiel avec eux. Je me demande comme on se sent là-bas.

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