mercredi 29 février 2012

En passant par Quiberon

Vacances d'été, destination le Sud-Ouest de la France. Au détour d'un patelin parmi tant d'autres, la famille Parisianisme a découvert un écriteau avec annoncée "une novillada piquée à 18 heures". Papa, maman, les deux fistons, dont l'aîné est accompagné de sa copine qu'il a amadoué sur les bancs de l'université, passent aux guichets.
Les cinq côte-à-côte, ce sera côté ombre et soleil, rang six. Au fur et à mesure de ce qu'ils estiment être un "spectacle" sans intérêt, la famille s'ennuie, trouve qu'il n'y a aucune distraction, et qu'il s'agit là de quelque chose d'inutile à découvrir et à approfondir.
Et puis le fils cadet vient à se passionner pour les discussions des deux vieux hommes situés à peine deux rangs en-dessous. Le cadet, récent bachelier qui se prenait pour un caïd en Histoire/Géographie, avait le moral bien bas après avoir malheureusement planté l'épreuve puisque la Géo constituait le sujet majeur. Lui avait tout misé sur la Guerre Froide et l'histoire des relations internationales au XXème siècle.
Parisianisme cadet donc, a commencé à se moquer plus ou moins ouvertement des deux anciens, lorsque l'un de ceux-ci faisait remarquer à l'autre "tu as vu, on dirait un Qui...., c'est devenu rare aujourd'hui chez les novilleros". Le cadet s'en donnait à coeur joie, voyant sur le sable un jeune homme vêtu de lumières, posant des bâtons colorés sur le dos de la bête à cornes. Il émettait alors diverses hypothèses sur le terme employé par l'un des deux Gascons dont les visages laissaient deviner la force de l'âge. Le jeune s'interrogeait "Qu'a-t-il dit ? Kibro ? Qui est bro ? Quiberon ?". Il prenait par ailleurs un ton de plus en plus inquisiteur "A quoi bon ces deux vieux hommes à l'accent rocailleux parlent-ils de Quiberon tandis qu'ils doivent passer le reste de leur existence assis sur des gradins en béton ou en bois à admirer ce spectacle d'un autre âge ? Quel est donc le rapport entre Quiberon, les bêtes à cornes, et les danseuses en costumes à paillettes ?"

Dans un élan malsain de solidarité, la famille toute entière s'est mise à reprendre ce jeu de stigmatisation. Le fils cadet se prenait même pour un Dieu, surveillant chaque échange entre les deux vieux hommes qui pour leur part avaient les yeux rivés sur la piste et tout mouvement qui s'y produisait.
A un moment où l'une des bêtes de l'après-midi allait être sacrifiée, le petit Parisianisme, encore traumatisé par la géographie scolaire, crut entendre de nouveau des mots relatifs au champ lexical du Nord-Ouest de la France. "Oh ! Ce sont vraiment des autistes, l'un des deux vieux vient de dire : Ille-et-Vilaine ! Pourquoi évoquer ce département lointain alors que le toréador vient de placer son épée dans le corps de la bête ? Peut-être Rennes ? Ille-et-Vilaine ? L'épée elle est vilaine ? Ils sont vraiment incompréhensibles ces deux papys !"

En fin de "spectacle", le jeune entendit une nouvelle fois quelque chose qui le fit bondir. Ce coup-là, il se livra de nouveau à des spéculations sur les paroles des anciens "ce novillero est fait pour le quoi ? Pour le montone ? Le monotone ? Pour Edmonton ? Edmonton au Canada ! Qu'irait faire ce saltimbanque aux bas roses dans cette ville d'Amérique du Nord ? Il me semble pourtant qu'il n'y a pas de taureaux là-bas".
Au soleil couchant, les deux vieux hommes poursuivaient leurs conversations passionnées. Parisianisme cadet, diplômé mais aigri, demandait à son pater familias "Papa ! Pourrait-on aller à Quiberon aux prochaines vacances ? C'est beau la Normandie !". Et le père rétorquait "Non mon fils, c'est en Bretagne..."

Florent

(Images : Quiberon vu du ciel / Quiebro manqué de "El Califa de Aragua" en 2009 à Saint-Sever, novillo de Fuente Ymbro, image de Laurent Larrieu)


jeudi 23 février 2012

Souvenirs froissés (VI)

RECTANGLES

Le football. Il m'a fallu un dimanche après-midi d'un froid abyssal pour me souvenir à quel point j'avais aimé cette chose-là. C'était il y a un peu plus d'une semaine, sans que je ne puisse faire la distinction entre degrés réels et température ressentie. Cela faisait longtemps que le thermomètre n'avait pas affiché des degrés Celsius aussi bas. Et puis, sans occupation vraiment intéressante, il y avait un match de football télévisé : Lille contre les Girondins de Bordeaux. Pas un grand match, rien d'historique, simplement une rencontre curieuse entre ces deux équipes, dans le froid du Nord. Mais il y avait là quelque chose d'inattendu dans cette partie. Bordeaux menait 4 buts à 1, avant que Lille ne revienne vers la fin de la rencontre à 4 buts partout. A ce moment-là, on aurait parié que Lille allait l'emporter après avoir renversé la situation... Mais au final, c'est Bordeaux qui marqua un cinquième but victorieux au bout du suspense.
Le football, sport de masses par excellence, allie malheureusement grande vulgarité et manque de dignité de manière de plus en plus récurrente. Probablement trop d'argent en jeu pour un sport où l'intérêt est de courir derrière un ballon, trop de comédie aussi chez ceux qui le pratiquent. Peut-être aimerait-on voir davantage de courage, de combativité, et moins de comportements superficiels dans ce sport. Et encore, je ne parle même pas de la philosophie en dehors des terrains...
Pourtant, le match Lille contre Bordeaux était assez intéressant, et je me suis souvenu qu'il y a une dizaine d'années, c'était la grande mode d'évoquer ce sport dans la cour de l'école puis du collège. Dans mon cas particulier, étant donné qu'il y avait parallèlement les Toros, disons que ces derniers ont complètement pris le dessus, déjà qu'ils étaient prioritaires, le football ne restant que quelque chose d'accessoire et totalement secondaire.


Et puis, il y eut ce fait si particulier au début de l'été 2003. Cette année-là, il faisait chaud, très chaud, et il y eut même au mois de Juin une compétition de football télévisée avec des équipes internationales. Ni Coupe du Monde, ni Coupe d'Europe, quelque chose qui s'appelait Coupe des Confédérations. Encore une compétition de plus, au mois de Juin, instaurée sans discernement, et pouvant sabrer le physique des joueurs qui n'ont quasiment pas eu de pause dans leur activité depuis le mois de Juillet ou d'Août de l'année précédente. Il y eut ainsi cette fameuse demie-finale entre le Cameroun et la Colombie. Je n'avais jamais vu quelque chose comme ça. Devant la télévision. Vers la fin de la rencontre, un joueur camerounais, Marc-Vivien Foé, s'écroula vers le milieu du terrain, probablement victime d'un malaise. Il était inanimé. Un peu plus tard dans la soirée, on apprenait toujours par le biais de la télévision que le joueur était décédé des suites de ce qui était en fait un arrêt cardiaque.
Vraiment, c'était un fait marquant, au tout début de l'été, voir à la télé un footballeur s'écrouler en pleine rencontre, pour ne plus jamais se relever. Je ne pensais pas que la mort pouvait pointer son nez au-dessus d'un terrain de football. Et il en est des discours qui pourraient être "après tout, ce n'est qu'un joueur de football, plus grand sport de beaufs de tous les temps, avec des hommes sur-payés. Alors, si de temps en temps, certains viennent à passer l'arme à gauche, cela ne viendra pas nous émouvoir". Et pourtant, il fallait voir cette ambiance avant la finale jouée là-encore par le Cameroun. Il y avait quelque chose de pesant, toute cette équipe habillée en blanc pour cette rencontre, le blanc étant la couleur de deuil dans leur culture. Entre les deux rencontres, tous les joueurs ayant assisté à ce drame ont dû voir défiler tant de choses sur l'écran noir de leurs nuits blanches... Et puis, il y avait cette équipe réunie, portant en mains le portrait du coéquipier défunt.


Arènes de Rion-des-Landes. Absolument rien à voir avec l'anecdote précédente, excepté le fait que le souvenir date également de l'été 2003. A Rion, la piste est rectangulaire, et chaque année à la fin du mois d'août, ce sont toujours des exemplaires de Valdefresno qui sont à l'affiche. Rion est une arène de novilladas non piquées, mais s'annonçant curieusement comme étant la "Bilbao des sans chevaux". De Rion, j'avais déjà entendu parler à l'époque de l'histoire d'un certain Ronquillo, qui dans les années 90, y était venu pour une novillada épique, où il sortit en triomphe mais sérieusement amoché, après avoir été secoué dans tous les sens. Je me souviens aussi d'une photo où on le voyait vêtu d'une chemise et de vêtements de substitution, son habit de lumières ayant été transformé en lambeaux par son premier adversaire. C'était un certain Rafael Ronquillo, de Séville.
Et puis, cette non piquée de 2003. Une parmi tant d'autres à Rion-des-Landes. Pour se dédouaner de la forte présentation de ces bêtes âgées entre deux et trois ans, je me souviens que les organisateurs avançaient que ces novillos étaient souvent "pastueños", c'est-à-dire que malgré leurs gabarits imposants, ils possédaient quand même une certaine docilité sans pour autant être hypocrites.
Mais voilà, à Rion, ce sont des erales forts en piste, qui ne sont pas piqués. Seulement des banderilles en guise de châtiment, autant dire des cures-dents. C'est l'été, à une saison où les vedettes affrontent de courses en courses des toritos sur mesure. Et d'un autre côté, il y a ces jeunes, qui sont toujours au niveau sans picadors, venant à Rion-des-Landes affronter du bétail plus que sérieux pour cette catégorie. Impossible une fois de plus de ne pas penser à la trivialité du monde des Toros.
Août 2003 donc, des Valdefresno imposants... dans une non piquée. C'est vrai que la chose est formatrice pour les jeunes chargés de les affronter. Mais quand même, la déraison n'est pas si loin que ça. Ce jour-là, il y avait au cartel un français, un équatorien et un espagnol : Camille Juan, Pablo Santamaría et Juan Avila. Ils avaient certainement à coeur de bien faire, dans l'optique du futur de leur carrière. Ils eurent du courage, de la volonté, et reçurent en échange quelques grosses roustes, surtout Juan Avila face au dernier de l'après-midi. C'était sur la piste rectangulaire de Rion-des-Landes. Aujourd'hui, aucun de ces trois jeunes espoirs en 2003 n'a vraiment fait carrière dans les Toros. Cette non piquée de Rion en 2003, peu de monde doit s'en rappeler. En revanche, il est certain que les trois jeunes hommes qui ont affronté les Valdefresno ce soir-là doivent s'en souvenir...

Florent

vendredi 17 février 2012

Pas interdit de rêver


Céret, une grande plaza de toros.
Vraiment pas de quoi faire la fine bouche avec une telle affiche.
Corrida de Joaquín Moreno de Silva, chose rare.
Novillada de José Escobar, également une chose rare.
Corrida de José Escolar Gil pour Fernando Robleño seul contre six toros, un exploit rien que sur le papier.
Céret de Toros 2012, ce sera aussi la dernière de l'illustre José Pedro Prados "El Fundi".
Et aussi, les présences de :
Serafín Marín, tandis que son activité a été interdite dans sa Catalogne à lui.
Javier Castaño, honnête et vaillant lidiador, triomphateur l'an dernier face aux Escolar.
Daniel Martín, qui n'a pas été oublié ! Cela donne vraiment le sourire.
Emilio Huertas, un novillero sérieux et muni d'une cuadrilla de premier rang, avec les frères Otero Beltrán.
Imanol Sánchez, seul piéton inconnu de cette feria, que l'on découvrira, et qui fera pour l'occasion sa présentation en France.

Alors si les toros, les matadors, les picadors et les cuadrillas sont au rendez-vous...

Florent

mercredi 15 février 2012

Crème solaire

Santander, une bien belle ville au coeur d'une région qui ne l'est pas moins, la Cantabrie. Les arènes, du nom de Coso de Cuatro Caminos ne manquent pas de cachet. A propos de Santander et de sa Feria de Santiago au mois de Juillet, on pouvait lire ceci la semaine dernière sur le "site d'informations" Mundotoro : (version traduite)

"Début de l'élevage de El Montecillo.
SANTANDER, UN CHOIX GANADERO DE PREMIERE !
Le reste des élevages présents pour la feria appartient à la crème du campo bravo, et cela correspond bien à la catégorie du cycle."



Je clique puis je lis les noms des élevages. Corridas de Garcigrande, Núñez del Cuvillo, Antonio Bañuelos, Torrestrella, El Montecillo, Puerto de San Lorenzo et Victorino Martín. Novillada de Baltasar Ibán.

D'emblée, quiconque pourra constater que le qualificatif de "choix ganadero de première" est à débattre. La chose inquiétante, c'est que derrière tous ces noms d'élevages, on a une lecture indirecte de la dizaine de toreros qui se rendront à Santander cet été. Et puis cette arène est de deuxième catégorie, sa feria n'est pas télévisée, et ces toros-là sont souvent affrontés par les mêmes habitués...

Un début pour El Montecillo ? De l'originalité ? Pourtant, seule l'appellation est nouvelle. Car c'est en réalité du déjà vu, du dérivé Domecq, de El Ventorrillo. D'ailleurs, le propriétaire de El Montecillo (Francisco Medina) est celui qui vendit son ancien fer de El Ventorrillo il y a quelques saisons à un certain Fidel San Román.
Quant au reste, on voit par exemple que Santander est une feria de plus se limitant au nom de Victorino Martín en matière de Toro-Toro. Ou du moins, c'est ce que laisse présager l'annonce publicitaire. Car Victorino Martín élève-t-il encore dans ses prés des toros pour aficionados ?

Avec tous ces élevages, dont on voudrait nous dire qu'ils sont la crème de la crème, on a l'image d'un marché taurin fermé et cadenassé. Un milieu qui n'ose rien, avec aucune originalité ou véritable nouveauté malgré une feria composée de huit dates (7 corridas + 1 novillada). C'est le cas à Santander, mais cela l'est aussi ailleurs, dans bien d'autres arènes.

Avec de tels toros, on sait donc à peu près qui seront les toreros pour les affronter. Des toreros qui aiment la crème, jouent sur leurs acquis et ne veulent pas prendre le risque inutile d'être vus face à d'autres types de toros. Des toreros qui ne veulent pas changer, que ce soit dans n'importe quelle arène, même à Santander, et qui préfèrent toujours garder cette même crème solaire...

Florent

jeudi 9 février 2012

"Junto a la estación..."

L'épée de Damoclès pesant au-dessus des arènes de Collioure depuis un certain temps ne relève plus désormais du domaine de l'éventuel. Ce sombre dénouement a été confirmé dans le quotidien régional L'Indépendant en date du 5 puis du 8 février, avec deux articles intitulés "Vers la démolition des arènes de Collioure ?" et "Fin annoncée des arènes de Collioure : l'afición roussillonnaise voit rouge". Des articles comprenant par ailleurs des passages ambigus voire orientés.

Les arènes actuelles de Collioure, siégeant sur le quai de la Gare depuis l'année 2001, sont des portatives qui n'ont jamais bougé d'un centimètre. Cependant, à cet endroit là, sur le quai de la Gare, il s'y donnait chaque année une ou plusieurs courses depuis 1957. Auparavant (car la tradition taurine de Collioure est ancienne), il y eut aussi d'autres arènes, cette fois plus proches du centre névralgique du village.

Dans un relatif anonymat, Collioure va donc perdre sa plaza de toros, sans que l'on sache pour autant si une autre sera édifiée à l'avenir. Au pire des cas, il sera question d'une tradition taurine qu'on assassine. L'éventuel "ce n'est pas très grave, puisque l'on n'allait jamais voir des courses à Collioure" est à bannir. Toutefois, on pourrait se demander si ce n'est pas le cas devant le peu de réactions occasionnées par cette fin annoncée. Rien ! Même pas un début de compassion, encore moins une envie de se soucier de la situation. L'heure actuelle est aux "congratulations" envers les théories et les beaux discours. Pourtant, il faudrait peut-être commencer à ouvrir les yeux et penser à la réalité. Car la tradition taurine, c'est avant tout dans les arènes qu'elle perdure, bien plus que dans les colloques ou diverses conférences.
La fin des toros à Collioure, ce serait le terme de toute activité taurine sur la Côte Vermeille. Les aficionados locaux ne sont pas allés crier sur tous les toits que le futur ne présageait rien de bon. Certainement par peur de voir le sujet repris, amplifié et instrumentalisé par les zamis des bêbêtes, ou prétendus tels.

Quant à la destruction prévue des arènes, il s'agit là une décision municipale que l'on ne pourrait contester. Car après tout, comment peut-on juger une commune décidant d'agir dans l'intérêt général de ses administrés et dans son intérêt économique ? Les arènes de Collioure ne sont pas en outre ce que l'on peut appeler un monument historique... En revanche, leur emplacement est malgré tout marqué par une riche et longue histoire taurine. Que les arènes soient détruites, c'est donc la décision d'une mairie, d'un conseil municipal et des habitants. La question primordiale, c'est de savoir s'il y aura tout de même un autre projet et une sauvegarde de la tradition taurine. A Collioure, il sera difficile de trouver un autre endroit à la surface plate au vu du relief local. On se place alors entre optimisme et pessimisme pour l'avenir des Toros dans cette Cité.

Oublions cependant ces gros nuls d'opposants à la corrida ayant déclaré que la destruction des arènes était leur "Triomphe". Voilà encore la belle pensée émanant de personnes qui ne connaissent ni les tenants ni les aboutissants de la corrida. Et la destruction par incendie accidentel il y a trois ans des arènes de Saint-Perdon (beau monument du patrimoine Landais), là considèrent-ils également comme un "Triomphe" ces pleutres ?

Dans tous les cas, prétendre que les arènes de Collioure sont mortes par désaffection est une ineptie. On l'a bien vu l'an passé, elles commençaient même à se refaire une santé. Pour quelles raisons ? Eh bien parce qu'il y avait une novillada sérieuse de Christophe Yonnet, de la tauromachie véritable, sans rien de racoleur.

Longtemps classée arène de plage tant par sa géographie que par ce qu'elle proposait, Collioure ne proposera certainement aucune course cette année. De là à dire que la tradition taurine y sera pour le coup définitivement interrompue, il y a un pas infranchissable. Surtout, il faudra garder un minimum d'espoirs. Mais dans la pire des hypothèses, les habitués des tardes de toros à Collioure, notamment la traditionnelle date de la Saint-Vincent le 16 Août, pourront susurrer la chanson du film Cría Cuervos de 1976 : "Junto a la estación lloraré igual que un niño. Porque te vas". Un peu comme un train qui s'en irait...

Florent

lundi 6 février 2012

Trois avis qui ne voulaient rien dire...

Rues de Dax, treize ou quatorze heures, un jour d'août de l'année 2009. Ciel lourd, rues clairsemées, et les Black Eyed Peas en fond sonore omniprésent et presque dérangeant. A côté de moi, mon pote me fait remarquer "Tu imagines cette musique sur une faena de Perera ? C'est à se tirer une balle". Là-dessus, je pense que l'on était plutôt d'accord. Toujours est-il que jamais ne cessait cette mélodie composée de "La La La", de "Na Na Na", de "Oh Yeah Oh Yeah Oh Yeah" et que sais-je encore. On pourrait toujours me traiter de jeune vieux con, mais pour cette musique située à un haut degré de commercialité, de modernité et peut-être même d'uniformité, je n'avais et je n'ai toujours pas d'éloge à proposer.

Deux ans plus tard, rien à voir. Toujours le département des Landes. A Parentis-en-Born, la température estivale est proportionnelle au bleu du ciel. Pour le moment, c'est la fin du combat du premier novillo de l'après-midi. Il n'y a aucun bruit sur les travées, un grand silence. Et puis, les gens s'impatientent en voyant le novillero incapable d'en terminer avec son adversaire. La scène pourrait être tout à fait banale et sans rien d'étonnant, du style : voilà un novillero plus que passable qui ne fera pas carrière. Les avis sonnent les uns après les autres et c'est interminable. Et puis le troisième retentit : c'est fini. Le jeune est dans l'obligation de quitter la piste face à son échec. Le novillo mettra encore du temps à tomber même après que ce fatidique troisième avis ait sonné.
Bronca, ça siffle, ça hue et ça conspue. Normal, ce novillo n'a pas eu la belle mort que mérite tout taureau de combat. Trois avis et bronca, mais cette dernière ne semble pas pour autant être ciblée envers le novillero. Plutôt une bronca pour la forme, car il devait en être ainsi. Ensuite, ce fut le triomphe cet après-midi là des pensionnaires de l'élevage de Valdellán. A juste titre, car ce lot de novillos était beau et encasté. Le novillero qui connut l'enfer des trois avis, c'était Daniel Martín.
Face au quatrième de l'envoi, le public ainsi que Daniel Martín étaient visiblement toujours hantés par le ratage initial. Par moments face au quatrième, il y alla pour de vrai et offrit les meilleurs muletazos de la feria de Parentis. Toutefois, l'enthousiasme paraissait absent, faute à la malheureuse impression du début de course.

Daniel Martín était déjà venu à Parentis deux ans auparavant lors d'une novillada-concours, pour y affronter des exemplaires de Partido de Resina et Guardiola Fantoni ! Il avait par ailleurs été plus que digne. Revenu de nulle part, il était annoncé à Céret en 2011 en remplacement d'un novillero blessé face aux Joaquín Moreno de Silva. Ce matin-là, il s'en est bien tiré et a fait très bonne figure. Malgré une carrière de novillero s'étendant plutôt longuement, Daniel Martín ne semblait rien avoir perdu de sa verve, de son envie, de son courage, de son pundonor et de ses évidentes qualités de lidiador. Depuis deux ans, de Fréjus à La Corogne, de Huelva à Vic-Fezensac, pas une seule fois le nom de Daniel Martín fut inscrit sur les affiches. Et puis vint cette substitution à Céret et cette prestation fort honorable.

La dernière fois avant celle-là, c'était aux arènes de Dax. Onze heures, un jour d'août de l'année 2009. Ciel lourd, gradins clairsemés mais plutôt bien remplis pour une novillada. Pas de Black Eyed Peas en fond sonore. Au programme de cette course, des Adolfo Martín, légers, fins de type, sérieux et bien présentés, avec en plus de cela un indéniable fond de caste. Face au quatrième de la matinée, je crois que Daniel Martín a vraiment tout donné. On a vu en lui du courage, de la volonté et ce fameux "esprit novillero" qui se raréfie. C'était un plaisir de voir un jeune désirant bouffer tout ce qui aurait pu se présenter sur son passage.
Devant ce novillo en question, l'affaire débuta pourtant de vilaine façon, puisque Daniel Martín fut pris en tout début de faena, recevant un coup de corne à la jambe. Cependant, il resta, donna tout, jusqu'à plonger dans les cornes de son adversaire au moment de l'estocade. Une oreille accordée, une seule, que le novillero ne put d'ailleurs pas promener, étant dans l'obligation de rejoindre l'infirmerie. Mais l'ovation qu'il reçut était poignante, car l'on venait de voir une véritable leçon de pundonor, de la vaillance à toute épreuve. Deux oreilles au tableau d'affichage, cela n'aurait vraiment pas été un scandale. D'habitude, on n'en veut pas à la présidence qui n'accorderait pas certains trophées, car on se dit après tout que les oreilles n'ont qu'une représentation symbolique. Quelque chose d'assez futile en fin de compte. Toutefois, si deux pavillons étaient tombés dans l'escarcelle de Daniel Martín ce matin-là, peut-être que des opportunités seraient arrivées par la même occasion. Impossible de le savoir. Mais c'est comme ça, parfois (voire souvent) le résultat comptable a énormément d'importance pour les gens du mundillo au moment de monter des cartels.

Daniel Martín, comme d'autres novilleros un peu à l'ancienne, n'est pas vraiment sous le feu des projecteurs. Du mérite, il en a beaucoup, car il fallait venir à Céret pour se cogner au pied levé cette novillada de Moreno de Silva, malgré une période d'inactivité conséquente. Du mérite, du courage, des qualités de lidiador, et surtout : de l'honnêteté. C'est important la relève, et d'imaginer par exemple les futurs matadors-lidiadors potentiels. Pour Daniel Martín, novillero de Salamanque, j'espère fortement que les trois avis de Parentis ne représentaient pas le glas d'une carrière. Car ces trois avis ne voulaient rien dire, et il serait dommageable de voir ce novillero arrêter faute de contrats. Dans les rues de Dax et d'ailleurs, il y aura toujours les Black Eyed Peas en fond sonore. Quelque part je m'en fous, c'est comme ça. Quant à Daniel Martín, espérons pour lui que sa route future lui permettra de démontrer ses qualités, face au toro.

Florent

(Image de François Bruschet : Daniel Martín face à son second adversaire de Moreno de Silva le 10 Juillet 2011 à Céret)