dimanche 22 avril 2012

Fundi, le vertueux

C'est l'époque où tous les domaines sont définis et codifiés par avance. Que ce soit la raison, le juste, le bien, le mal, le bon goût, le conforme ou encore le sens de la hiérarchie. Tout manquement aux codes, c'est sortir du rang et apparaître comme un barbare.
Hier après-midi, il y avait à la Maestranza de Séville une corrida avec du bétail de Garcigrande pour El Fundi, Morante de la Puebla et Sébastien Castella. Pour tout amateur d'art taurin, l'intérêt d'une telle affiche était vraisemblablement de savoir qui de Morante ou de Castella allait connaître un épisode triomphal voire historique. Qu'il y ait El Fundi au cartel, c'était en revanche un détail. L'ancien était là pour son dernier défilé à Séville, surtout pour ouvrir le cartel aux deux autres dira-t-on.
En coulisses, un lot de six Garcigrande/Hernández avait été approuvé par les vétérinaires après le refus de sept de leurs congénères. Pourtant, les six cornus attendant dans les chiqueros n'avaient eux non plus rien à voir avec une arène de première catégorie. Face à ce bétail dont on dit qu'il est de "garantie", Morante et Castella étaient attendus, tandis qu'El Fundi allait dire au revoir à contre-style et dans l'anonymat.

Fundi s'apprêtait ainsi à effectuer la dernière corrida de sa carrière à la Maestranza, une arène où les Portes ne s'ouvrent qu'à certains, triés sur le volet, des bien-nommés ou des prophètes. Pour les professionnels et les gens du milieu, une corrida "bonne" était enfin destinée au Fundi, puisque le reste dans leur jargon, c'est du "mauvais". L'image véhiculée par les cerveaux du milieu, c'est que le Fundi aura passé sa carrière à affronter des toros mauvais, et qu'à l'inverse, Garcigrande c'est du tout bon. Du bon, car ils permettent apparemment de couper des oreilles sans trop de craintes.

Patatras ton toro de garantie ! A l'écran, on a vu des garcigrandes imprésentables pour une arène comme Séville, à peine piqués, n'ayant pas de caste et ne possédant que très peu de forces. Est-ce cela une corrida "bonne" ? Mais pourquoi alors regarder une telle course lorsque l'on connaît ce malheureux potentiel des garcigrandes ?

Peut-être pour voir le Fundi, à contre-style, et puisqu'il s'agit de sa dernière saison. Peut-être parce qu'il y a toujours en arrière-plan l'image de son effroyable saison 2009. Je me souviens encore de cette corrida à Bilbao où il devait être présent. Sous un ciel gris et une pluie fine, les toreros s'étaient succédés au micro de la télévision pour lui adresser leur soutien et leurs pensées. La veille, El Fundi s'était fait accrocher à Illumbe, à l'autre bout du Pays Basque, retombant au sol le corps sans vie et passant la nuit dans le coma.
Putain j'y repense, cela faisait mal de voir autant de malheurs et de coups du sort accabler José Pedro Prados. C'était une souffrance de le voir l'année suivante à deux reprises lors de la même feria de Vic, et de se dire que jamais il ne reviendrait à son niveau, lui qui était capable de briller dans ce que certains appellent la tauromachie de l'impossible.
Il était ainsi annoncé que la carrière du Fundi allait s'achever dans l'indifférence et dans l'oubli. Au même moment, on pouvait parfois lire ou entendre qu'il n'avait jamais su toréer, que sa tauromachie était trop brutale et ne pouvait jamais transmettre. Sa tauromachie ne correspondait en rien aux critères de l'art huppé et élitiste du toreo établi par certains.

Hier après-midi, El Fundi a donc fait son dernier paseo à Séville, pour y affronter des garcigrandes mal présentés et sans caste. Rien de notable ne semblait pouvoir se dégager d'une telle affaire. Et pourtant, il y avait la simplicité de ce matador, son calme et son plaisir d'être là. A la cape, on retiendra des chicuelinas en douceur, et trois splendides demi-véroniques face au quatrième exemplaire de l'après-midi. Un vrai bonheur ces trois demi-véroniques. Du toreo de salon offert par un type qui n'était pas censé "savoir toréer".
Au centre de la piste, sans un bruit autour, El Fundi guidait de la voix ses opposants avec maîtrise. Tout le monde se taisait, les faenas du Fundi ne comportaient pas une abondance de muletazos à la chaîne. Égrainés, ces muletazos transmettaient quelque chose, il y avait là une sorte de fraîcheur se dégageant de chaque geste, et on en oubliait presque qu'il n'y avait pas de toro de combat en face. Au quatrième,  la musique s'est mise à jouer en fin de parcours, et très vite, El Fundi a demandé qu'elle se taise. Et c'était mieux ainsi, sans aucune mélodie. Les deux fois, José a laissé une estocade honnête, et aurait pu couper une oreille qui n'aurait rien eu de scandaleux au quatrième. Salut et vuelta à la Maestranza pour un Fundi souriant. Pas un seul sourire en revanche chez Morante et Castella, sifflets pour l'un et silences pour l'autre. Ce sont eux qui étaient pourtant attendus face à leur pain quotidien.

L'au revoir du Fundi devait être anecdotique, si bien que beaucoup n'y avaient même pas songé. Les garcigrandes n'étaient pas dignes, mais cette oreille aurait tout de même pu tomber sans contestation possible, en ce jour où El Fundi est venu sur le terrain de jeu de Morante, de Castella et des autres.
Pas d'oreille, et au fond peu importe. J'ai pensé aux innocents avec les mains pleines tandis qu'El Fundi visitait l'infirmerie d'Alès un jour de seul contre six Justo Nieto, j'ai pensé au gentil triomphalisme des grands soirs quand El Fundi se coltinait les vraies Miuradas arlésiennes, et j'ai aussi pensé à ces braderies d'oreilles pendant qu'El Fundi s'envoyait à Céret les monstres de Luis Terrón qui sortaient pour la première fois en corrida à pied... Des centaines de comparaisons de ce genre sont d'ailleurs possibles.

Alors El Fundi a dit au revoir à la Maestranza, qui n'est pas vraiment l'arène la plus en phase avec sa tauromachie. Je ne pense pas qu'il ait d'ailleurs imposé les garcigrandes de ce Samedi. Il a simplement accepté de venir sur le terrain de prédilection des autres. Cependant, le terrain ne sera pas inversé, car vous ne verrez pas d'affiche Fundi/Morante/Castella à Vic-Fezensac avec des Escolar  ou avec des Curé de Valverde à Alès.
Hier, au milieu d'un océan de décadence, ce bonhomme de Fundi, vêtu de céleste et or, aura laissé un joli souvenir, avec sa manière si plaisante de donner la leçon en toute humilité.

Florent

(Image de François Bruschet : José Pedro Prados "El Fundi" pendant l'habillage. Années 90.)

lundi 16 avril 2012

Pâle rider

Aucun nuage ce matin sur le chemin du retour en Charente-Maritime. Pas même le nuage obscur sur lequel se sont hissés d'eux-mêmes les courageux individus dont on pouvait admirer les tags la veille sur la façade des arènes de Garlin. Leur pensée saine et juste les a conduits à réaliser ce méfait qui selon eux doit apparaître totalement légal et justifié. Mais pourquoi alors ne pas mettre la jambe et tenter de réaliser ces graffitis seulement dix minutes avant le paseo ? Au moment où beaucoup de monde se trouve devant les arènes...
Garlin, paseo à 16 heures 30. Au même instant à Nîmes, un eral de Salvador Domecq est gracié. C'est le deuxième en une semaine après celui du Lartet à Aignan. Les deux fois, les ganaderos ont invoqué que les bichos leur plaisaient et qu'ils voulaient absolument les conserver. Pourquoi alors les envoient-ils aux arènes plutôt que de les garder pour chez eux ? Ne serait-ce pas au fond une sorte de coup de pub pour voir son bétail plébiscité par les organisateurs ?

Mais revenons aux choses sérieuses. Garlin donc, une arène de novilladas qui proposait hier des Valdefresno (encaste Atanasio-Lisardo) et qui pour sa course de juillet a choisi des Hoyo de la Gitana (Santa Coloma-Graciliano). Un geste louable.

Pluie légère au paseo avec nuages omniprésents. Le lot de Valdefresno comporte un peu de tout, il ressemble à un catalogue. Rien d'étonnant d'ailleurs puisque les novilladas de cet élevage sont toujours très hétérogènes de présentation.
Durant cette course, on vit des tiers de piques infâmes. Il aurait été plus évident de décerner un prix au plus mauvais tercio plutôt qu'au meilleur. Aussi, les chevaux étaient disproportionnés pour une novillada. Ensuite, quasiment aucune mise en suerte, ce qui est dommage, car plusieurs novillos ont montré des poussées intéressantes. Dans le reste de la lidia, il y eut aussi beaucoup de capotazos dans tous les sens.

En ouverture, c'était Sergio Flores, un novillero dont on avait pu voir un grand courage et de la fraîcheur il y a deux ans à Céret devant du bétail de Javier Gallego. Désormais, il semble que Sergio veuille toréer comme les figuras, en privilégiant beaucoup l'esthétique et en multipliant les passes, tout en mettant de côté l'esprit novillero. Son premier adversaire était cornalón et noble, mais aussi maigre et très faible. Le quatrième, un burraco aux cornes délabrées, eut un comportement quasi-identique, faible et noble. La prestation de Sergio Flores, malgré quelques naturelles à son second, ne décolla pas et ne laissera aucun souvenir.

En deuxième position sortit un novillo plus charpenté que l'exemplaire d'ouverture. Il était maniable sans grande race, se laissait manoeuvrer tout en développant au fil du combat un danger sournois. Rafael Cerro lui servit en début de parcours un travail brouillon et lointain. Mais les choses avancèrent, Cerro réalisa une jolie trinchera, puis tenta de tordre et de soumettre le novillo sur la corne droite, recevant en conséquence une grosse voltereta. Après cet accrochage qui réveilla toute l'arène, le novillero opta pour le registre bagarreur, et coupa une petite oreille après un pinchazo et une épée tendida.
Le cinquième, manso, reçut une lidia chaotique du début jusqu'à la fin. Vraiment, l'archétype de la mauvaise lidia.

Hormis Sergio Flores, il y avait un autre mexicain à l'affiche, en la personne de Brandon Campos. Ce dernier aurait maintes fois pu se faire cueillir à la cape face au troisième, puisqu'il ne sortit jamais les bras. Ce combat entre un novillero de peu d'expérience et un bicho de peu de forces et de race n'eut aucun relief particulier.
Campos s'avéra plus serein et rassuré face au sixième, maniable, fade et assez vite éteint. Campos donna des passes, la musique joua, et personne ne s'enthousiasma vraiment. Après une estocade engagée et légèrement verticale, deux oreilles furent accordées à Brandon Campos. Le Père Noël dans le temps additionnel.

Florent

jeudi 12 avril 2012

Générique final

Image douloureuse. Pourtant, l'indifférence règne...

Florent

samedi 7 avril 2012

Nîmes Olympique

2012, année olympique. Dans quelques mois à Londres, il sera question des Jeux d'été. Outre-Manche, à plusieurs centaines de kilomètres au Sud, le club de football Nîmes Olympique va très prochainement fêter ses soixante-quinze ans, puisque fondé en 1937.

Mais Nîmes et l'olympisme n'ont pas seulement un caractère sportif. En effet, la forme olympique devra également se retrouver dans le physique et dans le moral des abonnés aux arènes de Nemausus lors des prochaines échéances taurines.
Hier, la feria de Pâques à Arles a commencé en fanfare, puisque les bestiaux de Domingo Hernández ont laissé onze de leurs douze oreilles sur le sable des arènes. A n'en pas douter, cela devait vraiment être chouette et pittoresque à voir.
Dans un peu plus d'un mois et demi maintenant, il est à présager que la feria de Nîmes, fraîchement annoncée la semaine dernière, connaîtra également de belles heures triomphales. Mais surtout attention, ne vous aventurez jamais à émettre un avis négatif sur la programmation taurine nîmoise. Considérer de la sorte les affiches de cette arène, c'est être aigri, grincheux, cocu et bien d'autres flatteries encore.
Quant aux abonnés, ils auront à s'émerveiller de dix paseos en six jours, avec au fond bien du courage, et peut-être même un brin d'inconscience voire de masochisme...

Les hostilités commenceront le Mercredi 23 mai à 18 heures. Six toros de Victorino Martín pour Diego Urdiales, Alberto Aguilar et Joselito Adame. Étrange affiche, puisqu'un seul contre six Victorinos de Diego Urdiales avait été quasiment officialisé il y a quelques semaines. Dans cette hypothèse, Diego Urdiales, qui n'a jamais toréé à Nîmes en tant que matador de toros, aurait dû confirmer l'alternative sans compagnon de cartel ! De quelle façon l'évènement aurait-il pu être abordé ?
Urdiales aurait-il dû échanger lui-même les trastos en les posant contre la barrière ?
Les deux sobresalientes auraient-ils joué le rôle de parrain et de témoin sans pour autant affronter un seul toro de l'après-midi ? (Pas impossible lorsque l'on sait que dans l'esprit olympique, l'important est de participer)
Troisième hypothèse. Simon Casas, le maître des lieux, se serait spécialement et symboliquement vêtu de lumières pour confirmer l'alternative de Diego Urdiales.

Jeudi 24 mai à 18 heures. Six toros de Torrehandilla pour Francisco Rivera Ordóñez, El Fandi et Juan Pablo Sánchez. Un beau cartel pour une nocturne d'été au Grau-du-Roi. Torrehandilla est une des nombreuses déclinaisons de l'élevage de Jandilla. Par ailleurs, devant le nombre conséquent de courses d'origine Jandilla en France et en Espagne cette année, les organisateurs auraient dû se mettre d'accord à l'instar du concours Toros de France, pour monter un concours Toros de Jandilla. Quant à la place à choisir dans les arènes cet après-midi là, elle est variable selon les envies. Tout en haut des amphithéâtres pour ceux qui désireront immortaliser une carte postale de banderilles à corne passée aux deuxième et cinquième toros, et tout en bas pour ceux/celles qui voudront admirer l'agréable physique de Rivera Ordóñez.

Vendredi 25 mai à 11 heures 30. Six novillos de Virgen María pour Cayetano Ortiz, Juan Leal et Alvaro Sanlúcar. Le retour de l'élevage de Virgen María à Nîmes après la corrida de l'an dernier. Un élevage initialement français délocalisé en Espagne, et plus ou moins directement d'origine Jandilla.

Vendredi 25 mai à 18 heures. Six toros de Garcigrande/Domingo Hernández pour El Juli, Sébastien Castella et Saúl Jiménez Fortes. Garcigrande et D.H, un duo d'élevages pas totalement inconnu du Juli, de Castella, et aussi des arènes en question, puisqu'il est venu à douze reprises à Nîmes entre 2005 et 2011 !

Samedi 26 mai à 11 heures 30. Six toros du Niño de la Capea pour Juan José Padilla, Juan Bautista et El Cid. Une course avec du sang Murube, histoire de dire qu'à Nîmes on varie un peu les encastes ! Les toros de Capea ont par ailleurs été vus à plusieurs reprises à Nîmes à l'occasion de corridas à cheval. Espérons pour les très chers abonnés que pour cette corrida matinale, les armures des toros ne seront pas dans le style de celles des habituelles corridas de rejón...

Samedi 26 mai à 18 heures. Six toros de Miura pour Javier Castaño, seul contre six. Six présences à Nîmes pour les Miuras entre 2007 et 2011, et qui en ces lieux sont présentés comme faisant partie du seul élevage de Toros-Toros de la terre... Quant à Javier Castaño, il faudra tenter de deviner à l'avance à l'issue de quel combat fera-t-il une vuelta en compagnie du mayoral et de son picador Plácido Sandoval...

Dimanche 27 mai à 11 heures 30. Six toros de Zalduendo pour Javier Conde, David Mora et Thomas Dufau. Le même cartel qu'au dimanche matin de la feria des Vendanges 2011, sauf que le nom de Zalduendo remplace celui de Jandilla, et David Mora celui de José Tomás. Zalduendo, des toros artistes aperçus à Nîmes à quatres reprises entre 2008 et 2011. Seront-ils mieux présentés que leurs congénères du 15 juillet prochain aux Saintes-Maries-de-la-Mer et moins décastés que leurs frères de Valencia au mois de mars ?

Dimanche 27 mai à 18 heures. Six toros de Fuente Ymbro pour Curro Díaz, Matías Tejela et Iván Fandiño. Là-encore, un fer quasiment inédit aux arènes de Nîmes, puisqu'il est venu quatre fois (dont une novillada) entre 2008 et 2011. Cette course pourrait d'ailleurs être la troisième du concours Toros de Jandilla dans la même feria. Quant aux piétons, ce sera la première corrida de Curro Díaz en France pour cette année, le matador revenant de ce côté des Pyrénées après sa cuillère de bois de 2011 : sept corridas et aucune oreille. A Nîmes, l'important étant d'obtenir des trophées...

Lundi 28 mai à 11 heures 30. Six toros de Los Espartales pour Pablo Hermoso de Mendoza, Andy Cartagena et Joao Moura hijo. Corrida de réjon ! (A prononcer à la française, soit "régeon")

Lundi 28 mai à 18 heures. Six toros de Juan Pedro Domecq pour Enrique Ponce, Alejandro Talavante et Daniel Luque. Un final en beauté avec des toros artistes, venus six fois à Nîmes entre 2007 et 2011.

Sportivement et amicalement, on souhaite donc bon courage à ceux qui prendront part à cette feria, aussi bien en piste, dans le callejón, que sur les gradins.

Pour finir, il est impossible de ne pas reprendre le célèbre slogan "A Nîmes et nulle part ailleurs". Surtout ne changez rien... Comme vous le faites si bien depuis de nombreuses années.

Florent

mercredi 4 avril 2012

Arlésien-sur-Adour

La première corrida de toros de la saison française 2012 a eu lieu ce dimanche à Vergèze, avec des toros d'Hubert et de Françoise Yonnet. L'an dernier, la temporada française des corridas s'était ouverte le 3 Avril à Vergèze, et refermée le 23 Octobre à Aire-sur-l'Adour, les deux fois avec des toros de Yonnet.
Dans les Landes et sous un beau soleil, la course automnale avait été sérieuse, plutôt intéressante et de bonne tenue. En coulisses, "Adour" n°50, le toro de réserve du fer de Françoise Yonnet, ne fut pas utilisé. Dès lors, on pouvait imaginer plusieurs hypothèses pour un tel toro : le retour au campo ? L'abattoir ? Le combat en privé ?

Ce Dimanche à Vergèze, le sixième exemplaire de Françoise Yonnet alla à trois reprises au cheval, il paraît qu'il fut un très bon toro, encasté, mobile et combatif... Mais malheureusement mal exploité. Ce toro là était baptisé "Arlatan", de pelage negro bragado meano, né en avril 2007. Il était porteur du numéro 50, ou 750, cela revenant au même puisque le "7" correspond à l'année de naissance. "Arlatan" (ce qui signifie littéralement "arlésien") et "Adour", étaient donc un seul et même toro, baptisé deux fois. Puisque chez les Yonnet, les toros ne portent pas de nom à leur naissance...

Florent

(Images : "Arlatan-Adour" sur la piste de Vergèze, image de Philippe Latour, du blog La Montera qui Pleure sur lequel on retrouve une reseña de cette corrida / Le sorteo du 23 Octobre 2011 à Aire-sur-l'Adour, image de Laurent Larrieu. Campos y Ruedos)

mardi 3 avril 2012

#Malhonnêteté-intellectuelle-ambiante

Hors-sujet. Je n'ai pourtant pas l'habitude de parler d'autre chose que de toros sur ce blog, mais disons que la seconde mi-temps du mois de Mars tout juste écoulé ne m'a guère donné envie d'ajouter quoi que ce soit sur cette page. Il y avait là comme une sale impression. Impossible de parler de toros sans avoir en arrière-plan les images sur-exploitées de la rubrique faits divers, et les commentaires les accompagnant. Impossible, à moins d'être mélomane dans la cacophonie.

Cette cruelle impression n'a d'ailleurs aucun lien avec les toros. Elle est donc due aux pompiers pyromanes de cet État qui se plaisaient tant à balancer des allumettes dans tous les sens, avant de devoir un jour être dans l'obligation de tout éteindre. Pompiers pyromanes, mais aussi journalistes dont le code déontologique du métier a totalement disparu. Jusqu'à l'inimaginable, ils ont exploité la rubrique faits divers. Il était alors difficile de faire abstraction de ce contexte malsain jusqu'à l'extrême, et où chaque voix autorisée rêvait d'être le narrateur omniscient de l'histoire.
Il y eut un certain nombre de victimes dans le même faits divers d'ensemble. Mais au fond, pour la majorité des médias et même pour certains politiques, cela n'avait rien de très grave, plutôt une sorte de détail. Les victimes, elles ne seraient en résumé que quelques gouttes de flotte supplémentaires dans un moulin. On leur dit adieu de manière solennelle, puisque c'est la procédure, et très vite, on passe à autre chose. Côté journalistique, on dissimule le mieux possible l'équation recherchée. Car au fond, seules deux choses sont tentantes et intéressantes.
Cas de figure n°1 : davantage de morts violentes orchestrées par ce "monstre" de tueur.
Cas de figure n°2 : une fin tragique pour ledit "tueur présumé".
Ce qui ressort du très-long-métrage audiovisuel qui a duré plusieurs jours, c'est cette envie de montrer le plus possible la mort de l'homme et le côté morbide-fascinant. Car cela aide tellement ensuite à poursuivre la culture de l'amalgame, l'évènementiel et aussi les procès d'intentions.
On aime évoquer l'aspect humano-sanguinolent, les coups de feu, le sirop de carotide, les corps abandonnés violemment par la vie... On ne parle que de ça, et on en fait même un long-métrage réel et en direct. Tandis que parallèlement au même moment, d'autres en quête d'élection ou de réélection, osent faire une campagne électorale sur des cercueils. On instrumentalise, on cultive l'amalgame, et l'on mène des cabales. Derrière tout cela, on remarque quand même un manque flagrant de sérénité à tous les étages. Peu importe, car au fond il y aura bien de nombreux médias pour balancer de nouveaux sondages...

Une véritable cacophonie avec beaucoup de bruits dans tous les sens. Je me suis imaginé au milieu d'un immeuble avec environ 6 450 paliers, et à chaque étage, des points de vue divergents. En fait, ils étaient plutôt proches et convergents... J'y repense encore.

Étage n°761 : Face à la télévision, ici on émet des hypothèses sur le dénouement du long-métrage à dimension réelle.

Étage n°1219 : Un couple d'un certain âge écoute la radio. Le patriarche a entendu parler d'une concurrence entre le RAID et le GIGN. Lui souhaite que l'on électrifie le tueur présumé jusqu'à ce que mort s'en suive. Ni RAID, ni GIGN, plutôt gégène...

Étage n°134 : "Nous ne sommes pas des voyeurs, mais nous aimons voir ces choses-là".

Étage n°865 : Les gens se sont endormis devant la télévision, il est tard. L'écran est allumé sur une chaîne numérique. En plein coeur du fait divers, le présentateur, avide d'amalgames, lance le débat sur la peine de mort. En réponse, le président d'une association de caméramen sans frontières affirme à très haute voix qu'il aimerait que tous les meurtriers aient la tête tranchée. Visiblement, cela va encore plus loin que la volonté de rétablir la peine de mort. L'homme réitère ses propos, il faut la guillotine, du sang et des têtes coupées...

Étage n°5422 : Débat entre amis autour d'une table. On se dit que le suspect a la gueule de l'emploi, et que la criminalité est le fruit d'une même couleur, d'un même visage, et d'une même communauté.

Étage n°3515 : Là-encore, un autre débat-discussion. L'un des intervenants évoque le retour des combats de gladiateurs afin de désengorger les prisons. "Et si l'on faisait des combats entre 100 détenus, avec un seul victorieux au final, qui se verrait affranchir à mille lieues d'ici. Les 99 autres seraient morts et coûteraient moins cher à notre État. Admettons que l'entrée soit de 80 euros pour assister à ce spectacle de délinquants et de criminels qui s'entretuent, et que les droits de télévision soient au bénéfice des familles de victimes. Cela aiderait à résoudre divers problèmes de finances publiques...". L'intervenant aimerait être suivi dans sa démarche...

Étage n°940 : "Il est peut-être l'heure de voir ce que nous disent les sondages ?"

Tant de bruits assourdissants, vifs et démesurément passionnés. C'est à croire que la rubrique mort violente, avec des êtres humains qui s'entretuent, possède davantage de potentiel hormonal qu'un film pornographique. Effroyable culture du malsain et manque total de dignité. La fin du mois de Mars a permis de voir que l'on évoluait dans une société violente, au moins dans la parole et dans la pensée... A la question "est-ce que les médias et les politiques sont en partie responsables de cet état de faits ?", la réponse paraît assez évidente.

Et la corrida dans tout ça ? Strictement aucun rapport...

Florent