jeudi 31 mai 2012

Par défaut

Rastrojero de Moreno de Silva, un beau cárdeno typé Saltillo, a remporté le prix de la corrida-concours de Vic-Fezensac. Rien ne laissait présager une telle issue lorsque l'on vit son comportement face au cheval, puisqu'il ne démontra ni bravoure ni combativité sous le fer lors de ses quatre rencontres. En plus, il fut mal piqué.
Mais ce toro est allé "a más", donnant dans la muleta beaucoup de mobilité et de possibilités à exploiter. C'est certainement pour cette raison que le jury a décidé de remettre son prix à l'élevage de Joaquín Moreno de Silva.

Le vainqueur n'était donc pas un grand toro qui laissera un souvenir impérissable. Toutefois, cette corrida-concours a eu des moments intéressants, ce qui venait rompre avec les ennuis des éditions 2010 (prix non attribué) et 2011 (prix au Flor de Jara). On avait donc vu peu de choses dans ce traditionnel concours matinal depuis le combat du grand Camarito de Palha en 2009.

C'est Iván García qui est tombé sur Rastrojero de Moreno de Silva. L'homme a été hors du coup et débordé. Il avait pourtant un lot de toros pour couper trois oreilles, puisque le cinquième d'Alcurrucén, qui fut réservé et abanto façon Núñez en début de lidia, laissa entrevoir des ouvertures au troisième tiers.

Face au toro d'ouverture de ce concours, un Carriquiri, Antonio Barrera a servi un entêtement un peu long, et se fit même soulever lors d'une passe impossible dans le dos. Le Carriquiri lui fut bronco et court de charge. Et puis, Barrera a ensuite livré un magnifique combat face au quatrième, d'Esteban Isidro, un manso âpre et dangereux.

Il y avait également au cartel Morenito de Aranda, qui resta inédit au troisième tiers, puisqu'il toucha en premier lieu le Fidel San Román, prompt à la pique puis totalement vidé. Et en sixième, il affronta le beau jabonero de Joselito, qui entra avec vivacité en piste, pour lequel on avait à la fois espoir et méfiance, puisqu'il montra rapidement un manque de forces. Hélas, ce jabonero marqué du "4" (fer de La Reina) sur la cuisse s'est très rapidement décomposé.

Enfin, par rapport à cette corrida-concours de la Pentecôte 2012, il convient d'apporter deux précisions :
- Tout d'abord la rupture avec les années précédentes, puisque les toros du concours étaient dans les corrales de Vic depuis plusieurs jours, et n'eurent pas à subir cette fois le voyage matinal Logroño – Vic-Fezensac.
- Les picadors n'ont pas été bons.

Florent 

(Image : Rastrojero de Moreno de Silva) 

mercredi 30 mai 2012

Le toro-voyageur de Fidel San Román

Aucun règlement taurin au monde n'interdit de faire combattre un toro qui a été sobrero ailleurs par le passé. Ce fut le cas de l'exemplaire de Fidel San Román sorti en troisième position lors de la corrida-concours de dimanche à Vic-Fezensac.

Rien n'interdit non plus de diffuser l'information sur le curriculum vitae d'un tel toro. Et pourtant, c'est là que des flics de la pensée unique sont intervenus, eux qui auraient préféré que cela soit passé sous silence. Eux qui viennent parler d'intégrité uniquement lorsque cela les arrange, eux qui interprètent les informations de manière singulière, eux que l'on peut choisir (ou pas) de retrouver chaque trimestre par le biais d'une revue sur papier glacé, eux qui osent venir pondre une reseña tandis qu'ils ont passé approximativement 85% du temps d'une course derrière leur appareil photo. Eux, du pluriel, à cause des multiples casquettes pour le même bonhomme.

Dire que "Torreón" de Fidel San Román était sobrero en novillada l'an passé à Céret, ce n'était en aucun cas être un oracle et prévoir un futur comportement en piste. Simplement, cet élément était source de questions pour l'aficionado.

En début de saison, un toro d'Hubert Yonnet est sorti à Vergèze alors qu'il avait été sobrero d'une corrida de son élevage l'année auparavant à Aire-sur-l'Adour. Il s'est apparemment très bien comporté sur le sable gardois.
Cependant, le Fidel San Román de Vic-Fezensac représentait pour sa part un cas particulier, même si le fait d'envoyer des corraleros en corrida-concours est une pratique plutôt courante et répétée (notamment à Vic).

Plusieurs questions et remarques venaient alors à se poser lorsque l'on avait pris connaissance de l'information.

1) Comment une arène autant gradée que Vic-Fezensac peut-elle continuer pour des corridas-concours à faire sortir des corraleros ? Plutôt que de se tourner vers des estampes qui hormis leur ultime et unique voyage, n'ont connu que le campo.
2) Pourquoi ne pas informer de manière officielle l'aficionado qui paye sa place sur les travées ?
3) Pourquoi lors de ce qui est dans les esprits un grand rendez-vous de la temporada, annoncé comme "corrida-concours de premier choix", choisir un toro ni neuf ni fraîchement sorti du campo ? En l'occurrence, "Torreón" de Fidel San Román, après avoir ciré des corrales, avait été ramené au campo pour y être "fundé" (ce que l'on vit sur les photos).
4) Est-ce respecter le toro de combat et l'authenticité théorique de la corrida-concours ?
5) Dans le cas précis de dimanche, sous couvert de la variété des encastes (le Fidel San Román étant un Villamarta), n'était-ce pas une opportunité et un moyen habile de se délester d'un toro ? Surtout lorsque l'on connaît les liens étroits entre l'arène (Vic-Fezensac), le prestataire (famille Chopera) et les gestionnaires du fer de Fidel San Román (famille Carreño).

Pour ce qui est de "Torreón" en piste dimanche à Vic, il était un toro corpulent accusant une boiterie au train-arrière tout au long du combat. Il aurait à peine tenu plus de 45 secondes à Las Ventas avant d'être renvoyé aux corrales.
A la pique, sa seule qualité fut d'être prompt au moment d'aller au cheval. Mais une fois sous le fer, il ne poussa jamais lors de ses quatre rencontres, et fut mal piqué. Que dire du ridicule de la musique qui joua lors de la troisième pique ? Que dire du regatón à la quatrième rencontre ? Un peu de fantaisie dans l'air.
Aux banderilles, ce toro permit de voir le grand métier et l'aisance de Luis Carlos Aranda qui salua sous l'ovation.
Et puis, à la muleta, le corralero fut totalement amorphe et éteint, si bien qu'après de vaines tentatives avec la muleta, Morenito de Aranda dut se résoudre à tuer, de deux pinchazos et un descabello.

Curieuse ovation à l'arrastre de ce toro, certainement par compassion, car il était aussi vif qu'une huître sur un rocher dès la moitié du combat.

Florent

Fighting spirit

Le pensionnaire d'Esteban Isidro, quatrième toro de la matinée, venait de dire adieu à tout espoir de récompense lors de la corrida-concours après avoir pris quatre piques en manso et démontré un comportement défensif dans les capes.
Jusque là, j'ai omis de décrire le toro en question. Un Domecq provenant de l'élevage familial des Choperas. Une charpente gigantesque, impressionnante, vêtue d'un pelage burraco, et surplombée de longues perches pointues.

Ce toro rencontrait sur son chemin Antonio Barrera, un matador dont bien des prestations ont laissé à désirer tout au long de sa carrière. Barrera n'a par ailleurs plus grand chose à jouer dans les ruedos. Il aurait très bien pu décider de se débarrasser de "Panero", numéro 28, manso et sans aucune franchise.
Et pourtant, Barrera s'est surpassé et a joué sa vie sur la piste vicoise, devant un toro difficile et dangereux qui l'attendait au coin du bois. La bête semblait par ailleurs moins intéressée par la muleta que par l'homme qui la tenait dans ses mains.
A cet instant-là, il n'était pas question d'aligner des séries de sept ou huit muletazos face à un toro paisible. Il s'agissait simplement et seulement de combattre. Et l'on vit un véritable combat de rue, où Barrera vola les passes et s'exposa au plus face au danger.
Il était serein Barrera, sans aucune peur, et la possibilité de se faire soulever par cet auroch n'avait pas l'air de l'émouvoir. Une façon de donner son corps à la science.
A force, Antonio Barrera a effectivement été pris, heureusement sans conséquences, avant de retourner à la bataille. Il signa d'ailleurs une remarquable fin de combat, en donnant des passes de châtiment par le bas.
Après un pinchazo, Barrera a logé une épée contraire et engagée venant mettre fin à un combat héroïque.
Quel plaisir pour les aficionados présents de voir ce matador effectuer la vuelta avec en main une oreille nullement galvaudée, récompensant un combat authentique et sincère.

Florent

mardi 29 mai 2012

La balade des clients heureux

Arènes : Vic-Fezensac.
Date : Samedi 26 mai 2012 à 18 heures.
Cartel : Toros de José Escolar Gil pour José Pedro Prados "El Fundi", Fernando Robleño et Sergio Aguilar.

Sur le papier, voilà une très belle affiche, avec un élevage traversant une bonne période, trois matadors très appréciés par les aficionados, le tout dans une arène réputée sérieuse.

Mais l'enfer est toujours pavé de bonnes intentions...

Ce samedi après-midi, la houle est descendue à plusieurs reprises et à juste titre des gradins de Vic. Le lot d'Escolar comportait plusieurs toros chétifs, indécents et imprésentables, des sardines vivement protestées. Des Escolars Vils. Comment était-il possible du point de vue de l'organisateur ou même du ganadero de faire embarquer une telle corrida ? Il faut vraiment être masochiste. A moins d'être totalement indifférent à la chose, et se contenter simplement d'attendre l'orage passer.

Au moment où j'écris, je pense à nous, jeunes aficionados a los toros. Je sais, ce communautarisme peut probablement apparaître absurde. Mais nous sommes quelque peu déboussolés ces derniers temps. Et plusieurs questions viennent à se poser, combien d'arènes sérieuses et authentiques pouvons-nous recenser à l'heure actuelle ? Où pouvons-nous aller les yeux fermés sans craindre la décadence ambiante ? Combien de politiques taurines d'organisation sont louables ?

Lors de la parodie de Corrida de Toros donnée samedi à Vic, c'est un exemplaire d'El Risco (encaste Domecq via Aldeanueva) qui ouvrait le bal du concours de la plus laide danseuse d'Escolar. Le Risco, répondant au nom de "Ventoso", était très lourd, accusant d'entrée de jeu une faiblesse due à sa surcharge pondérale. Lorsqu'il rentra au début, il eut le comportement typique des toros qui séjournent un certain temps dans les corrales, en s'avérant fuyard. Et puis, lors de la première de ses deux rencontres à la pique, il s'alluma en poussant bien et offrit à cette occasion la rencontre avec la cavalerie la plus intéressante de l'après-midi. Après, il était un toro qui se laissait faire, noblón et sans vice. Fundi n'eut pas de mal à être dominateur et toréa avec calme. Mais la faiblesse du Risco enleva tout relief.

Puis ce fut le tour du quinté de José Escolar Gil.

Déjà, le premier d'entre eux avait facilement deux à trois quintaux de moins que l'exemplaire d'El Risco qui ouvrit la course. C'était une bête maigre, laide, anecdotique à la pique, qui accusa en fin de compte un manque de race et de transmission. Aussi, cet Escolar se laissait malgré tout manoeuvrer et Robleño fut plutôt à son aise avec volonté et métier.

L'autre cornu invraisemblable pour Vic, ce fut le quatrième de l'après-midi, une véritable sardine. En deux rencontres face au cheval, il n'y eut par ailleurs qu'une seule pique ! Bronca et protestations ! Ambiance... Ce "Confitero II" peu châtié à la pique allait s'avérer très noble dans la muleta, et El Fundi (par ailleurs gendre de l'éleveur) en profita en le toréant jusqu'à la sonnerie du premier avis. Ce combat ne sembla pas passionner la foule à cause de l'indigence physique de la bestiole. El Fundi reçut ensuite la dernière ovation vicoise de sa carrière. On l'aurait tout de même préférée dans un contexte bien différent et plus glorieux...

Il y eut trois autres toros d'Escolar, un peu mieux présentés que les exemplaires sortis en 2 et en 4. Le troisième reçut un bel accueil à la cape par Sergio Aguilar, et fut tardo, de peu de race, et développa plus tard un danger sourd. Aguilar abrégea d'une mauvaise épée après avoir reçu un avertissement à la muleta.
Comme Aguilar, Fernando Robleño eut de bons passages à la cape face au cinquième toro. Tardo en début de faena, Robleño parvint à le contenir et à le faire avancer lors de plusieurs séries circulaires de la main droite, au cours d'une faena très honnête. Robleño a terminé ce combat dans les cornes, avec un toro manquant de fond, puis réalisa une vuelta après une épée légèrement de côté à la deuxième tentative.

Quant au dernier Escolar, qui ne payait pas de mine, il était l'alimaña de l'après-midi. Un grand moment d'effroi eut lieu en piste lorsque Sergio Aguilar fut violemment percuté de plein fouet à la cape. Lors d'un tiers pique pris en manso, ce dernier Escolar sema la pagaille, confirmant ensuite ses difficultés et sa dangerosité. Sergio Aguilar fut soulevé de manière terrible une fois de plus à la muleta, où il fit un "soleil" et retomba sur ses pieds de manière spectaculaire. Final dans la douleur pour le courageux matador...

Et c'est ainsi que se terminait une course très décevante, avec des toros d'Escolar méconnaissables, sans aucun rapport avec la réputation vicoise. Peut-être la pire corrida d'Escolar de l'histoire, on ne devait pas en être très loin... Inutile de demander à la sortie si les clients-aficionados étaient heureux...

Florent

(Image : Carte postale de "Confitero I", "toro" d'Escolar Gil sorti en deuxième position)

mercredi 23 mai 2012

"Torreón" n°45 de Fidel San Román, sobrero à Céret / titulaire au concours de Vic

 Dans l'édition du 22 mai du quotidien Sud-Ouest, on retrouve un article relatif à la prochaine feria de Pentecôte à Vic-Fezensac.
L'un des intérêts de ce papier, c'est cette sorte de nomenclature avec les détails des toros de Granier et des exemplaires pour la corrida-concours. En outre, l'identité des trois sobreros y est mentionnée. Il y aura deux El Risco et un Marqués de Domecq.

A la lecture des noms des toros pour la corrida-concours du dimanche matin, on aperçoit entre autres "Torreón", n°45, de pelage negro, né en septembre 2007, de l'élevage de Fidel San Román. Des toros qui voyagent...

Florent

(Ci-contre et ci-dessous : le sorteo de la novillada de Irmaos Dias du 9 Juillet 2011 à Céret)

lundi 21 mai 2012

Impitoyable

Les Toros constituent quelque chose de bien difficile à définir et à cerner. Un domaine ? Un milieu ? Un monde ? Un univers ? Une micro-société ?
Quoi qu'il en soit, ce monde des Toros semble souffrir d'un mal pesant. Une période de crise, une diminution du nombre de courses, trop de bestioles décastées, des cartels pas tellement originaux et une impression de "déjà-vu" voire même de ras-le-bol pour les aficionados. Il y a comme une impression négative qui surnage à l'heure actuelle, celle d'une sorte de décadence que personne ne serait capable d'arrêter. Et pourtant, ce monde des Toros continue à vivre et à avancer, et nous rappelle dès qu'il le peut qu'il est viscéralement dur et difficile.

Las Ventas, Madrid intra-muros, Dimanche 20 mai. Les toros de Guardiola Fantoni sont venus remplacer les Peñajara refusés par les vétérinaires. Les Guardiolas eux, filant pour la plupart vers les six ans d'âge, auraient tranquillement pu se diriger vers la route de l'abattoir s'il n'y avait eu quelque verdict négatif lors de contrôles techniques dans les corrales.
Agé, le lot de Guardiola Fantoni était composé de montagnes, des toros destartalados, gigantesques, très armés, et avec en plus de cela un moral d'universitaires en recherche de carotides. Des malfrats des ruedos, avisés, dangereux, se livrant rarement et regardant l'homme vêtu de lumières dès que possible. Déjà, la tâche ne paraissait pas évidente pour les matadors.
Pour ajouter encore plus de difficultés au contexte, la piste de Las Ventas était détrempée et boueuse ! Si bien que ce marécage lugubre et dégueulasse donna d'emblée un avantage certain aux commandos de Guardiola.
Parmi eux, le quatrième Contable, affichait une gueule de méchant et de prédateur. Destiné au chevronné José Pedro Prados "El Fundi", vêtu de rouge et noir, il sema le doute puis le chaos. C'était un toro dur et sur la défensive. A l'heure de l'estocade ou du descabello, le Guardiola cherchait directement sa proie. Et puis El Fundi a successivement écouté les trois avis, quelque chose de difficile à concevoir et à imaginer. Contable est reparti quasiment intact aux corrales, en ne donnant aucune impression d'épuisement, pour y être fusillé. Voilà un toro pour faire des cauchemars la nuit.

Au même moment, à Alpedrete dans la région de Madrid, Alberto Lamelas participait à une corrida de troisième zone. Lamelas promettait beaucoup lorsqu'il était novillero, notamment en France où on le vit à de nombreuses reprises, grâce à son courage et à sa grande volonté.
Les portatives du bled d'Alpedrete ne sont pas le genre d'arène où l'on attend quelque chose de mémorable et d'indélébile. Cependant, c'est dans ce genre de situation que les accidents les plus inattendus et les plus graves arrivent.
A Alpedrete, le sixième exemplaire de Rivera de Campocerrado à l'allure modeste, a harponné Lamelas près des planches lors de la réception à la cape, et sa corne s'est baladée dans le ventre du matador entre l'abdomen, l'intestin et l'estomac.
Par chance, le coup de corne n'a pas mis Alberto Lamelas dans un état alarmant. Mais que c'est dur...

La semaine dernière, le banderillero Domingo Navarro, que l'on voyait officier avec les harpons et surtout briller cape en mains, a annoncé la fin de sa carrière. Cette nouvelle a été difficile à accepter pour les aficionados, tellement Domingo était un grand torero de plata, toujours attentif et présent dans la lidia.
Il a annoncé sa décision via le réseau social Facebook, en expliquant ses illusions perdues, appartenant au passé.
Son dernier paseo a eu lieu le 13 mai à Valencia. Le plus étrange reste tout de même que quelques jours avant cette annonce, Domingo Navarro faisait part – toujours sur Facebook – qu'il était engagé aux côtés de Javier Castaño pour le seul contre six Miuras du 26 mai à Nîmes. Mais Domingo a brutalement préféré mettre un terme à sa carrière, ce qui nous laisse amers.

A une époque où tout semble foutre le camp dans le milieu des Toros, il est quand même étonnant de s'apercevoir que celui-ci reste intrinsèquement dur, voire très dur.

Florent

(Image de Juan Pelegrín : Contable, le quatrième Guardiola Fantoni du 20 mai à Las Ventas)

lundi 14 mai 2012

1 bis. Sociedade Agrícola Couto de Fornilhos

C'est Madrid en ce moment. Du point de vue de l'aficionado a los toros, les courses les plus intéressantes de la San Isidro ne sont pas pour tout de suite. Pour le moment, il y a de nombreux cartels qui dans cette optique ne méritent pas un long déplacement.
L'avantage avec cette ribambelle de courses peu attrayantes, c'est qu'on peut les suivre à la télévision, d'un oeil distrait, et avec certes la sensation de l'arène en moins. On peut également choisir de ne pas les regarder.
Aujourd'hui, 14 Mai, c'était une novillada. Un encierro recomposé : 4 Buenavista (origine Juan Pedro Domecq) + 2 Fernando Peña (origine Torrestrella). Que faire dans une telle hypothèse ?
Consulter le sorteo pour regarder de quels élevages proviennent les sobreros ! Aujourd'hui, les deux sobreros étaient de Couto de Fornilhos.

Le premier Buenavista est entré en piste, froidement, et Conchi Ríos lui a donné deux ou trois capotazos prudents. Son peón, Raúl Corralejo, s'est fait désarmer, et après quelques instants de flottement, le novillo l'a coursé à toute allure. Ca aurait pu sentir la tragédie, mais en arrivant près des planches, Corralejo s'est couché, et a été légèrement blessé par les antérieurs du novillo. La corne du Buenavista n'a pas frappé l'homme, mais la barrière qui était derrière ! Corne dézinguée, mouchoir vert. Faut pas chercher à comprendre. Cosas de toros !

Le sobrero annoncé était donc de Couto de Fornilhos, un élevage portugais que l'on aurait dû voir en corrida l'an passé à Céret, ce que l'ADAC refusa souverainement à cause de l'état des cornes, très délabrées et suspectes. A Madrid aujourd'hui, l'exemplaire de Couto de Fornilhos n'avait strictement rien à voir physiquement avec les toros de Céret, et puis il s'agissait d'un novillo.
Il s'appelait Indiano, paraissait plutôt léger, sans rien de terrorifique. Il est entré dans la piste de Las Ventas bien dans le registre Atanasio-Conde de la Corte, c'est-à-dire abanto. Face à l'imposante cavalerie madrilène, il n'y avait rien d'extraordinaire à parier...

Et pourtant, Indiano poussa avec force et provoqua un beau batacazo. Malheureusement, il eut à subir une seconde pique trasera qui parut le laisser complètement amorphe et endormi.
Nouveau pronostic déjoué, puisqu'il se réveilla au tiers suivant et sema la panique en coursant les banderilleros. Notamment le téméraire vêtu d'un sobre costume vert et noir qui remplaçait à l'occasion le "légèrement blessé-miraculé" Raúl Corralejo.
En fin de compte, tout aura été à l'avantage du Couto de Fornilhos, un novillo encasté, avec beaucoup de mobilité et de vivacité. La novillera Conchi Ríos devant lutter à la fois contre le vent et contre cet adversaire, connut un calvaire, tellement elle fut débordée par la caste de cet exigeant et intéressant Indiano. L'estocade et les descabellos furent lamentables, tandis que l'arrastre du novillo sortit sous une belle ovation.

Pour ce qui est du reste de la course, le quasi-débutant Gonzalo Caballero (c'était sa deuxième novillada avec picadors) a plutôt fait une bonne impression, alliant verdeur, courage, beaux gestes, et surtout beaucoup de fraîcheur. Il coupa la première oreille de cette San Isidro après une bien belle estocade.

Un peu plus haut, j'ai évoqué un peón vêtu de vert et de noir. Son nom : Paco Chaves ! Celui qui avait connu un grand fracaso il y a deux ans dans cette même arène face aux Moreno de Silva, en ajoutant à sa piètre prestation des propos discutables...
Passé au rang de subalterne, il eut aujourd'hui à planter quatre paires de banderilles, et chercha à chaque fois à clouer dans le berceau. Paco Chaves salua donc sous l'ovation au cinquième novillo, et se débrouilla plutôt correctement dans la brega par rapport à son statut de subalterne-débutant. Comme quoi, la roue tourne...

Florent

(Image de Juan Pelegrín (www.las-ventas.com) : "Indiano" de Couto de Fornilhos)

samedi 12 mai 2012

Les non-affranchis de "Libération"...

Sur un étage de la bibliothèque, un livre à la couverture rouge, blanche et noire. Seule la tranche est usée. "Figures de la tauromachie", une compilation de récits avec notamment "Les assis du septième gradin", "Luis Saavedra et ses taureaux : l'entretien infini" ou encore "Yiyo, la mort en plein coeur". C'est signé Jacques Durand.

Jacques Durand auquel on a récemment annoncé la fin de son habituelle chronique dans Libération d'ici le mois de juillet. Cette chronique, qui est un monument de culture taurine à elle seule, existait depuis 1987. Et depuis quelques années, elle n'était disponible que dans les éditions du Sud de la France. Toutefois, on pouvait la retrouver et la lire par d'autres moyens.

Cette chronique est comme un symbole, parce qu'elle figure dans un média d'envergure nationale. Et surtout parce qu'elle est l'oeuvre de Jacques Durand. Une plume unique, inimitable, un grand niveau littéraire, beaucoup de culture, et aussi de la précision dans les évènements historiques. Je dois reconnaître qu'il y a un inexplicable parfum de nostalgie à la lecture de Durand lorsqu'il évoque des choses que je n'ai guère connu. Jacques Durand, à côté de qui on se sent si petit lorsqu'on le lit, semble avoir toujours écrit au service de la tauromachie, cette passion dévorante.

A l'heure où l'actualité en temps réel est une broyeuse à laquelle on ne peut échapper, où les journalistes sont devenus esclaves des sujets d'actualité qu'ils commentent, en tentant par dessus tout de transmettre voire d'inoculer une idéologie, qu'ils soient de droite, de gauche, verts, ultra-libéraux ou que sais-je... Cette chronique taurine, hebdomadaire ou mensuelle selon la saison, apparaissait comme un oasis en plein désert. Voir le thème de la tauromachie abordé par Jacques Durand n'avait rien de lassant, et offrait même une part de rêve et d'évasion.
Tandis qu'à la lecture de n'importe quel média de presse écrite, d'actualité généraliste, peut-on rêver devant tant de conformisme et de platitude ?
Mettre fin à la chronique de Jacques Durand dans Libération, c'est sûrement un réflexe du parisianisme ambiant.

Mais je ne vais pas continuer à accabler les barons de l'information, de l'actualité, du buzz, de la bonne-et-saine-pensée, puisqu'ils me conduiraient presque à la misanthropie. Je préfère parler de Durand et de ses écrits.

Quand j'ai appris cette infâme nouvelle, j'ai immédiatement pensé aux textes marquants de ce critique.
Je me souviens notamment d'une année en revenant d'Arles, où après une corrida avec moisson d'oreilles et des toros à la banalité confondante, beaucoup avaient entre-temps écrit et cajolé l'exceptionnel, l'inoubliable, l'historique. Et puis, la chronique de Durand m'avait atterri dans les mains, j'ai eu l'impression d'y trouver une sorte de vérité vraie, un trèfle à quatre feuilles.

Je me rappelle aussi d'une photo d'un novillo de Dolores Aguirre à la Saint-Férreol de Céret 1995 propulsant dans les airs le cheval et le picador lors du premier tiers. Quand on lit la chronique de Jacques Durand de cette course, on a l'impression que le passage suivant est totalement en harmonie avec l'image : "A la cinquième rencontre, à la seule force de son cou, il soulèvera à un mètre de hauteur le cheval, le picador, le Vallespir, la gare de Perpignan et le département des Pyrénées-Orientales".

D'ici l'été, il est fort probable que la chronique dans Libération ait cessé d'exister. Cependant, j'espère bien que l'on pourra lire ailleurs et encore longtemps les textes de Jacques Durand.
Au fond, un média d'ampleur nationale, quel qu'il soit, mérite-t-il vraiment de comporter Jacques Durand dans ses rangs ? Surtout à une époque où les journalistes et les directeurs se croient libertaires et libérés, mais ne seront pourtant jamais affranchis.

Florent

samedi 5 mai 2012

Farce au Toril


Farce au toril. Premier semestre 2012. L'Hiver encore...

Dans les journées de l'entre deux-tours, la présidentielle est sur toutes les lèvres et dans tous les esprits. La société du spectacle quant à elle a culminé lors du traditionnel débat. On aurait dit une joute dans le port de Sète entre deux concurrents, l'un au bouclier rouge aux reflets roses, et l'autre de couleur bleu pervenche. Chacun rêve de connaître le fin mot de ce spectacle pour savoir qui volera dans les airs avant de terminer dans l'eau. Vole ! Vole ! Vole !
Bleu pervenche croit en la volatilité électorale, la recherche dans tous les virages, dans tous les carrefours giratoires, et aimerait tant s'arroger les voix de la fille de celui qui inventa le concept de "Durafour-crématoire". Dans l'espérance de voir des cartes électorales volatiles, tandis que le débat vole et fuse avec peu de hauteur.
De ces journées sur fond intégral de présidentielles, je retiendrai quand même la chronique matinale de François Morel le 27 avril sur France Inter, intitulée "Papa". Cela ne faisait pas de mal d'écouter un peu de prose sincère et vraie, sans arrière-pensée calculée.

Si l'on devait se placer seulement du point de vue d'aficionado (ce qui est quand même étriqué) par rapport aux présidentielles, on pourrait avoir la réjouissance de ne pas avoir vu le sujet de la corrida abordé. De par certaines lectures, on aurait pourtant pu penser que l'enfer semblait promis à la tauromachie et à ses défenseurs. Mais preuve en est qu'il s'agit d'un sujet mineur et périphérique à la vie de la nation. Certains médias s'en servent, l'agitent et le recyclent parfois à leur guise pour créer je ne sais quel sentiment... Et surtout faire penser que c'est un thème essentiel et grave à l'heure actuelle.

Côté ruedos, des copains m'ont raconté leur récente escapade à Saint-Martin-de-Crau. Ce village à proximité d'Arles s'est forgé au fil des années une réputation dans le sérieux et l'authentique. En 2008, les vétustes arènes de course libre qui possédaient un certain cachet ont été remplacées par un édifice moderne. Et cette année, les organisateurs avaient pris l'initiative de mettre des corridas de Pagès-Mailhan et Cebada Gago.
Malheureusement, il semblerait que le malaise se soit installé avec les Pagès-Mailhan sortis du toril le samedi, aux cornes en balais dont l'aigu s'était envolé. Les plus âgés avaient quatre ans et un mois (naissance en mars 2008). Le lendemain, les Cebadas composaient un vrai lot de Toros, mais là-encore, l'amertume fut le sentiment final, cette fois pour d'autres raisons.

Des farces au toril, il y en a eu légions depuis le début de l'année en France comme en Espagne. Parfois, des trios de toreros obtiennent des paniers d'oreilles devant du bétail civilisé, et certaines plumes autorisées affirment que parce que c'est la crise, les gens ont besoin d'oublier un quotidien maussade et se rattrapent en allant se divertir aux arènes et en plébiscitant des oreilles. Pas mal de fois on a pu lire ce genre de prose... Et on aimerait simplement répondre à ces discours que la corrida n'est pas, et n'a pas à être un exutoire.

Et puis, au-dessus de toutes ces considérations, il y a le spectre de la Culture taurine. J'ai l'impression que ce terme révulse et apparaît comme irritant. Lorsque la "Culture taurine" est employée ou que sa banderole est déployée, elle apparaît comme une simple façade ou un bouclier. Une sorte de terme suprême à utiliser face à quiconque s'opposerait à la tauromachie. Pourtant, le terme est-il réellement défini ou développé à bon escient ?

C'est dommage, car des milliers de gens aiment la culture taurine, et continuent à aller aux arènes pour cela. La culture taurine, chaque aficionado en a une vision différente, répondant à des souvenirs, à l'histoire, à des valeurs et à une certaine authenticité. Elle est pourtant réservée au seul usage de discours à court terme, mais mérite bien mieux qu'un simple statut de paratonnerre.
Peu importe le discours philosophique de X ou Y à un tel endroit, parlez-nous plutôt d'hommes, de toros et d'arènes qui ont forgé la culture taurine. Parlez-nous des identités qui se sont égarées avant d'aboutir à une malencontreuse normalité, parlez-nous d'histoire taurine dense et hétéroclite, des Juan Luis Fraile de Bayonne, des Lunes de Resaca de Séville, et tant d'autres choses encore... Des gens continuent à aller aux arènes parce qu'ils aiment cette culture taurine, ces multitudes d'histoires qui parfois laissent rêveurs, et parce que les aficionados ont envie de voir le grand Livre s'écrire encore...
Culture taurine. Récemment, on célébrait la décennie de la disparition du critique Joaquín Vidal et la double décennie de la mort de Manuel Montoliú à Séville. A part quelques aficionados-blogueurs, peu nombreux ont été ceux qui y ont pensé, histoire de pérenniser ces souvenirs, dire que la culture taurine n'est pas quelque chose de banal, et que cette riche histoire ne mérite pas prescription.

Au fond, c'est encore l'Hiver...

Florent

(Images : Toril / Manuel Montoliú, âgé de dix-neuf ans, le 16 août 1973 à Collioure, quand il coupa quatre oreilles et une queue à des novillos de García Fonseca (Image d'archives de L'Indépendant), il réalisa par ailleurs plusieurs paseos en France en tant que matador de toros dans les années 1980)