dimanche 24 juin 2012

Les Phares du passé (III)

CURÉ DE VALVERDE

Récemment, on a entendu parler au présent et de manière inattendue de la ganadería du Curé de Valverde. En début d'année, elle a effectivement été rachetée par un français, Jean-Luc Couturier, qui continuera à faire exister ce fer en terres françaises.
Rien que ce nom, Curé de Valverde, évoque pour les aficionados quelque chose d'important, de fascinant et d'épique. Le Curé, Don Cesáreo Sánchez Martín, a quitté ce monde et son Campo Charro il y a bientôt deux décennies. Il avait hérité d'un troupeau de pure origine Conde de la Corte dans les années 1950, et veillait sur lui du côté de Horcajo de Medianero.
Lorsqu'on entend parler du nom du Curé de Valverde, on ressent comme un parfum de toros à émotion et de sauvagerie.
D'ailleurs, cet élevage a marqué une grande page de son histoire en France, principalement dans deux arènes : Céret, et surtout Alès serions-nous tentés de dire. Quand résonne Valverde, ou plus romantique Curé de Valverde, on pense à des toros impressionnants, armés, forts, puissants et combatifs, on pense aussi aux noms fréquents que l'on pouvait trouver dans cet élevage, Servicioso, Carafeo, Gastador...

C'est en 1975 que l'histoire du Curé de Valverde a commencé en France, avec une présentation du côté de Céret. D'après les reseñas de l'époque, le 17 août 1975 à Céret, les six toros de Valverde, âgés de cinq ans, ont composé l'un des grands lots de la saison française et ont ainsi pleinement réussi leur présentation dans notre pays. Les arènes du Vallespir étaient pleines ce jour-là, les toros prirent quatorze piques, étaient sérieux, mobiles, encastés, et le quatrième, seul manso du lot, fut à part. De cette belle course, Manolo Ortiz, torero-banderillero vêtu en ce jour d'un costume noir et argent, coupa la seule oreille.

Les toros du Curé revinrent à Céret très peu de temps après, puisque trois semaines plus tard, le 7 septembre 1975, ils étaient à l'affiche d'une Corrida Goyesque. Comme le 17 août, Manolo Ortiz et César González étaient présents au cartel, mais cette fois-ci, les Valverde, dont quatre étaient âgés de cinq ans, furent plus légers et surtout moins étincelants que leurs congénères du 17 août. Dans Semana Grande il y a quelques mois, le rédacteur en chef Marc Lavie, évoquant la tauromachie en Catalogne dans les années 1960-1970, faisait état de cette course à laquelle Salvador Dalí assista.

Après ce double épisode cérétan de 1975, il fallut attendre quinze ans pour revoir le nom du Curé de Valverde de ce côté des Pyrénées.

C'était le dimanche 13 mai 1990 à Alès. A partir de ce jour, les noms de la ville et de l'élevage resteront liés. Cette corrida de Valverde avec au cartel José Luis Galloso, José Antonio Campuzano et Paco Alcalde se déroula sous une pluie battante. Dans le Courrier de Céret, on peut lire "Des toros sérieusement présentés, âgés, mansos et difficiles sauf les premier et cinquième. Le quatrième "Gastador" est condamé aux banderilles noires. Campuzano obtient la seule oreille de l'après-midi". Dans la revue Tendido, c'est une "Corrida d'un autre siècle" qui est relatée. D'ailleurs, l'une des images accompagnant le compte-rendu est très éloquente, puisque l'on voit deux chevaux de picadors, dont le premier est relevé par les monosabios, et le second est à terre à l'autre bout de l'arène.

Après cette corrida, l'expérience des Valverde est renouvelée à Alès en 1991, le 9 mai. Il s'agit-là de la corrida du Centenaire des arènes du Tempéras, avec un mano a mano Richard Milian / El Fundi, qui se célèbre devant des arènes pleines et sous un temps froid avec un crachin persistant. Dans Tendido sont évoqués des toros "très bien présentés, braves sous la pique, difficiles et vicieux". Le français Richard Milian est pris en fin de faena par le cinquième et reçoit un coup de corne à la cuisse droite. Quant à El Fundi, il coupa ce jour-là trois oreilles, dont les deux du très difficile dernier à l'issue d'un combat très engagé. On apprend également à la lecture des reseñas de cette corrida que le deuxième Valverde de l'après-midi était âgé de plus de six ans....

L'année suivante, le Curé de Valverde est encore présent à Alès. Mais cette fois avec un seul toro dans le cadre d'une corrida-concours. Le représentant, "Copletero", n°92, negro, 540 kg, né en mars 1987, est un toro sérieux, mal lidié, qui renversa la cavalerie, et afficha poder et puissance. Le matador José Luis Galloso qui l'affronta fut débordé, et la dépouille de "Copletero" fortement ovationnée à l'arrastre. C'est le toro "Jabalí" de Gilbert Mroz qui remporta cette corrida-concours de 1992.
En 1993, un seul exemplaire (un novillo), est combattu en France, lors d'une novillada-concours à Arles à la fin du mois d'août, c'est un manso. Le pensionnaire de Los Bayones gagne le prix mis en jeu ce jour-là.

Le 1er mars 1994, Don Cesáreo Sánchez Martín, Curé de Valverde, meurt dans son Campo Charro à l'âge de 85 ans. Il avait hérité de son père du bétail d'origine Conde de la Corte, et ce sont désormais ses neveux Juan et Leopoldo Mateos Sánchez qui deviennent les propriétaires de la devise. A Alès, le 15 mai 1994, une minute de silence est respectée en mémoire du Curé, et ses toros, sérieux et largement armés, s'avèrent être des "mansos avec du danger". El Fundi coupe les deux oreilles du cinquième.
En 1995, le lot pour Alès est lourd, âgé, manso, et décevant par rapport aux premiers qui ont été combattus du côté des Cévennes. En 1996, trois toros sont mis en compétition à Saint-Martin-de-Crau avec trois pensionnaires de Tardieu, et un toro est combattu pour la corrida-concours d'Alès, remportée par l'élevage de Pablo-Romero.

Le dimanche 24 mai 1998, la devise du Curé de Valverde revient à Alès avec un lot intégral, sous un temps splendide. Le lot est sérieux, hormis le sixième aux armures abîmées. Les Valverde vont "à la pique à dix-neuf reprises pour une chute de la cavalerie" d'après le quotidien Midi-Libre. Devant cette corrida encastée et intéressante, El Fundi coupe deux oreilles du quatrième après une remarquable estocade, le nîmois Fernández Meca est courageux, et Ruiz Manuel reçoit une récompense contestée du troisième toro de l'après-midi. Il s'agissait-là d'une corrida de toros notable, mais les bêtes n'avaient pas la sauvagerie explosive des prédecesseurs de 1990 et 1991.

L'Association Nationale des Aficionados (ANDA) décerne en 1999 son prix au meilleur lot de novillos de la saison française à celui du Curé de Valverde combattu à Alès le 15 mai 1999. Ce fut par ailleurs la seule novillada de l'histoire de cet élevage en France. Dans Semana Grande, Marc Lavie parle de "cinq novillos de Valverde, très bien présentés, lourds et largement armés, braves et encastés en général sauf le deuxième manso. Vuelta posthume au cinquième "Carafea" auquel l'arlésien "El Lobo" coupe deux oreilles". Cette novillada fut une grande réussite, avec des novillos présents dans tous les tiers, et notamment au cheval. Les novilleros Diego Urdiales et Fernando Robleño accompagnaient au cartel "El Lobo".

Des "Curé de Valverde", s'en suivent deux corridas décevantes à Céret en 2000 et à Alès en 2002, avec une tendance plutôt décastée. Remarquons également que les Valverde étaient présents en 2000 à Alès... mais pour une corrida de rejoneo !

Plusieurs années durant, l'élevage mené par les neveux du Curé n'apparut pas en France. Ensuite, tout laisse à penser que les toros de Valverde sont revenus épisodiquement "grâce" à la période de langue bleue, pendant laquelle il y eut une interdiction d'importer en France des toros du Sud de l'Espagne.

En 2005, ce sont trois toros de Valverde qui furent combattus en France. Le premier des trois, "Carafeo", lors de la corrida-concours de Vic à Pentecôte, un toro compliqué qui fit passer un mauvais moment à Domingo López-Chaves.
Mais ce furent surtout deux sobreros, "Gastador" et "Carafeo", sortis lors d'une corrida de Hernández Pla à Céret, qui attirèrent l'attention. Imposants, armés et avec du poder, ils firent d'une certaine façon renaître le mythe du Curé de Valverde. L'impression de ces deux sobreros permit de voir un lot intégral à Céret l'année suivante.

Les Valverde de Céret version 2006 étaient imposants et puissants, mais allèrent a menos. Quelques mois auparavant, un exemplaire de cet élevage fut de nouveau envoyé à la corrida-concours de Vic, mais fut fort décevant.

Pour 2007, il y eut un autre toro au concours de Vic, compliqué et de peu de forces, et un à Arles au mois de septembre, un bon toro lors d'une corrida-concours où aucun prix ne fut attribué. Cette année-là, sept toros du Curé de Valverde furent lidiés durant Céret de Toros. Le moment marquant, ce fut l'effroyable et dramatique blessure de Luis Francisco Esplá face au premier exemplaire de la course du 15 juillet 2007. Le matador retomba au sol inanimé après une violente cogida, ce qui glaça les arènes pour le reste de l'après-midi, au cours duquel défilèrent des Valverde bien présentés, avec plusieurs d'entre eux abordables pour les toreros, mais sans grande caste. La veille, un décevant sobrero était sorti à Céret lors de la corrida de Charro de Llén.

La dernière corrida en France à ce jour du Curé de Valverde eut lieu à Vergèze (Gard) le 2 mars 2008. Depuis quelques années déjà, l'élevage semblait être à l'abandon et les six toros confirmèrent cette tendance. Dans Campos y Ruedos, François Bruschet parle de cette course hivernale et décevante avec un titre "Très tristes curés".

A partir de là, il était peu probable que l'on entende un jour parler de nouveau des toros du Curé de Valverde. Pourtant, un français a acheté le fer en début de saison et a délocalisé le troupeau près d'Arles. On souhaite ainsi bon courage à Jean-Luc Couturier qui est le nouveau propriétaire, et l'on espère qu'un jour pourquoi pas, on pourra reparler au présent et avec des yeux émerveillés des toros du Curé de Valverde.

Le 15 juillet 2012 à Châteaurenard, il y aura une corrida de Valverde avec El Fundi, Mehdi Savalli et Marco Leal. Dommage que cette course coïncide avec Céret de Toros, dont de nombreux fidèles auraient certainement fait le déplacement à Châteaurenard en une autre date, ne serait-ce que par curiosité...

Florent

(Images : Archives de l'Indépendant, Manolo Ortiz le 17 août 1975 à Céret / L'affiche du dimanche 24 mai 1998 à Alès)

L'historique en France de l'élevage du Curé de Valverde, en corridas de toros et novilladas avec picadors.

CORRIDAS
Céret. 17/08/1975. 6 Toros de Valverde pour Paco Herrera, Manolo Ortiz, César González.
Céret. 7/09/1975. 6 Toros de Valverde pour Manolo Ortiz, César González, Pepín Peña.
Alès. 13/05/1990. 6 Toros de Valverde pour José Luis Galloso, José Antonio Campuzano, Paco Alcalde.
Alès. 09/05/1991. 6 Toros de Valverde pour Richard Milian et El Fundi (sobresaliente : Joël Matray).
Alès. 15/05/1994. 6 Toros de Valverde pour Jorge Manrique, El Fundi, Domingo Valderrama.
Alès. 28/05/1995. 6 Toros de Valverde pour José Antonio Campuzano, Richard Milian, Domingo Valderrama.
Saint-Martin-de-Crau. 31/03/1996. 3 Toros de Valverde et 3 de Tardieu pour José Luis Gonçalves, Gilles Raoux, Ruiz Manuel.
Alès. 24/05/1998. 6 Toros de Valverde pour El Fundi, Stéphane Fernández Meca, Ruiz Manuel.
Céret. 15/07/2000. 4 Toros de Valverde, 1 de San Martín (2ème) et 1 de Rocío de la Cámara (6ème) pour Frascuelo, Richard Milian, Fernando Robleño.
Alès. 12/05/2002. 6 Toros de Valverde pour El Fundi, José Ignacio Ramos, José Antonio Iniesta.
Céret. 9/07/2006. 5 Toros de Valverde et 1 de Rekagorri (3ème bis) pour Luis Francisco Esplá, Fernando Robleño, Sánchez Vara.
Céret. 15/07/2007. 6 Toros de Valverde pour Luis Francisco Esplá, Juan José Padilla, Sánchez Vara.
Vergèze. 2/03/2008. 6 Toros de Valverde pour Guillermo Albán, Marc Serrano, Sergio Aguilar.

NOVILLADAS
Alès. 15/05/1999. 5 Novillos de Valverde et 1 des Frères Jalabert (6ème) pour Diego Urdiales, El Lobo et Fernando Robleño.

TOROS ISOLÉS
Alès. 10/05/1992. 1 Toro de Valverde en corrida-concours pour José Luis Galloso.
Alès. 19/05/1996. 1 Toro de Valverde en corrida-concours pour Juan Carlos García.
Vic-Fezensac. 15/05/2005. 1 Toro de Valverde en corrida-concours pour Domingo López-Chaves.
Céret. 10/07/2005. 2 Toros de Valverde (sobreros, 2ème bis et 3ème bis) et 4 de Hernández Pla pour Luis Miguel Encabo, Fernando Robleño et Fernando Cruz.
Vic-Fezensac. 4/06/2006. 1 Toro de Valverde en corrida-concours pour José Ignacio Ramos.
Vic-Fezensac. 27/05/2007. 1 Toro de Valverde en corrida-concours pour Julien Lescarret.
Céret. 14/07/2007. 1 Toro de Valverde (sobrero) lors d'une corrida de Charro de Llén, pour Iván Fandiño.
Arles. 9/09/2007. 1 Toro de Valverde en corrida-concours pour Sánchez-Vara.

NOVILLOS ISOLÉS
Arles. 29/08/93. 1 Novillo de Valverde en novillada-concours pour José Luis Gonçalves.

samedi 23 juin 2012

Le banquet de Javier Castaño

Le 26 mai dernier, la corrida d'Escolar Gil à Vic-Fezensac a été le désastre que l'on connaît malgré une affiche fort intéressante. Si le don d'ubiquité existait, nous aurions été nombreux présents à Vic ce jour-là à vouloir avoir un oeil sur ce qui se déroulait simultanément aux arènes de Nîmes. Javier Castaño y affrontait seul six toros de Miura, un élevage dont bien peu de choses sont espérées par les aficionados de nos jours. Cela aurait été intéressant d'avoir le don d'ubiquité, puisque cette affiche était la plus curieuse et singulière des six journées de la feria nîmoise.

Bien évidemment, il est impossible d'émettre un avis sur le contenu des corridas que l'on n'a pas pu voir. On ne peut que froidement se fier aux images et à l'avis de ceux qui étaient présents. Au sortir des arènes de Vic le 26 mai, un murmure faisait état d'un "Javier Castaño fantastique" là-bas à Nîmes. Au fil des minutes et des heures, ce bruit se confirmait puisque Castaño venait de faire l'unanimité. Il paraît que les Miuras avaient plus bougé que d'habitude et portaient en eux une certaine caste. C'était là le plus étonnant à apprendre, et disons tant mieux, car sans cela le succès d'un matador est une quête presque impossible. Moins étonnant : le triomphe de Castaño.

L'an dernier à Céret, face à son premier adversaire d'Escolar Gil, brave et encasté, Castaño avait montré durant vingt minutes l'image d'un torero invincible, dans une très grande forme, avec un sitio phénoménal et réussissant tout ce qu'il pouvait entreprendre. Même son passage à genoux muleta en main n'avait rien de vulgaire tellement il était en verve. Et il avait obtenu les deux oreilles de cet Escolar. Par ailleurs, aucun matador ou novillero n'avait coupé deux oreilles à un même adversaire pendant Céret de Toros depuis huit ans. 

L'exemple de ce combat de Javier Castaño à Céret démontre son potentiel, ses capacités, et ce que l'on peut attendre de lui. A Nîmes, le 26 mai, il a été plus légendaire que les toros de Miura qu'il affrontait. Il a été vedette de cette feria à la place des vedettes et de leurs opposants commodes. Javier Castaño a ce jour-là fait l'unanimité devant l'assistance.

Pourtant, un détail lui a été reproché. Celui d'avoir utilisé une chaise lors de son combat face au cinquième Miura. Non pas du fait d'avoir donné quelques passes assis, mais à cause des caractéristiques de la chaise. Une chaise de fête de quartier ou de salle polyvalente un soir de mariage.
Une chaise sans aucune valeur, mais qui semblait être comme un symbole. Cette chaise bas de gamme, c'était le fauteuil du banquet de Javier Castaño. Il était seul contre six, et altruiste, il aurait invité ses picadors, ses banderilleros, et en guise de couverts, aurait utilisé une seule muleta, une seule cape, une seule épée. La lidia et les gestes rares étaient également conviés paraît-il. Face au premier des six, il tua effectivement à recibir en se plaçant à sept ou huit mètres de distance.

Ce sont seulement des images, car il est impossible d'évoquer le contenu sans y avoir assisté. Mais il y avait ce fauteuil, cette chaise humble. Et les plus grands sont bien souvent les plus humbles.

Florent

(Image d'Alexandre Blanco : Javier Castaño à Nîmes)

mercredi 20 juin 2012

L'Atlantique

C'est vrai que cette question revient souvent, mais elle ne me torture pas pour autant et ne m'empêche pas de dormir...

L'aficionado est un spécimen étrange, bizarre, difficile à définir et à cerner. Il est d'ailleurs inutile de philosopher longuement sur ce terme puisque cela n'aboutira pas à grand-chose.
Toutefois, force est de constater que l'individu "aficionado" est remis en question de manière surprenante et récurrente par les temps qui courent. On a parfois l'impression qu'il est une sorte de coupable désigné pour on ne sait quelles raisons.
Récemment, on a vu au travers de certains éditos de plumes autorisées fleurir le concept de "bon aficionado". Ca, c'est un bon aficionado ! Ce qui insinue obligatoirement par la même occasion qu'il y en aurait des mauvais.
J'ai eu beau chercher, mais à mon grand dam, je n'ai trouvé aucun dictionnaire donnant une définition du "bon aficionado".
A partir de là, on ne peut faire que des spéculations sur ce terme et simplement émettre des hypothèses. Cela dépend aussi de celui qui utilise le concept. Qu'est-ce qu'un bon aficionado ? Peut-être le consommateur silencieux qui se rend le plus possible aux arènes sans murmurer aucun bruit ni aucun avis ? Peut-être autre chose ?
Les "bons aficionados", et de l'autre côté, une "certaine partie du public" telle qu'elle est décrite dans pas mal d'éditos et comptes-rendus. On ne sait d'ailleurs pas à quoi correspond cette partie du public et qui elle est réellement. Généralement, elle est désignée comme aigrie, fielleuse, trop méchante avec les professionnels de la tauromachie qui exercent leur métier.
C'est en voyant naître tous ces concepts que l'on remarque qu'il est tentant pour bon nombre de plumes autorisées de s'adonner à une forme de division sociologique avec des catégories bien distinctes, mais invisibles puisqu'il n'existe aucune liste officielle. Aux renseignements généraux peut-être ? Nous ne le saurons jamais.

Parfois, on arrive même à rire et à bondir devant des raccourcis très simplifiés. On dit de certains aficionados (bons ou mauvais ?) qu'ils sont des frustrés puisqu'ils auraient rêvé de revêtir l'habit de lumières, et que tous leurs avis inhérents à la corrida sont guidés par une forme de jalousie. Entre plusieurs sonores "t'as qu'à y aller toi devant", il est possible d'entendre ce genre de discours.
Il est vrai aussi que certains aficionados – je ne partage pas ce point de vue – affirment se sentir toreros quand ils marchent dans la rue ou bien lorsqu'ils vont aux arènes. Ils disent, et c'est leur point de vue, que la forme la plus aboutie de l'afición est "d'y aller devant". Ceux-là se sentent toreros, et je trouve cela très beau, car il n'est pas interdit de rêver. Je les imagine secrètement dans leur for intérieur, s'imaginer vedette, idole de tout un peuple, triomphant partout où ils iraient fouler le sable. Je les imagine également redescendre brutalement sur terre le jour où leur belle-mère, ayant ouvert la porte de la salle de bain par inadvertance, les aurait découverts toréant de salon serviette à la main, en tenue de plagiste du Cap d'Agde.

Certains aficionados parviennent donc à se mettre dans la peau du matador. Un statut fort respectable.
Un jour, j'ai entendu un "tu n'es qu'un aficionado" qui m'a irrémédiablement mis la puce à l'oreille. Cela voudrait donc dire que matadors et aficionados se situeraient sur une même échelle ? Ces derniers se situant tout en bas de la hiérarchie ?
Peut-être faudrait-il alors se questionner, se remettre en question, et au moins une fois, commettre le sacrilège de s'imaginer matador ?

Et si j'avais été torero ?

Cela aurait été dans une autre vie, avec un tout autre courage, un tout autre entourage, et une mentalisation bien différente. Si j'avais été torero, j'aurais très certainement écrit beaucoup moins de conneries.

Déjà, il aurait fallu trouver un sobriquet avant que l'histoire ne commence, puisque le très commun "Florent Moreau" n'a pas tellement de connotation hispanique. Mais trouver un surnom à partir de quoi ? Une caractéristique physique ? Une caractéristique comportementale ? Un rapport géographique ? Va pour cette dernière...
"El de La Rochelle" peut-être ? Ou bien "El Charentés Maritimo" ? Non, c'est nul tout ça, et puis ce n'est pas ma terre initiale. "El Norteño" alors ? Non plus, et il suffit de plier la carte de France en deux pour s'assurer du contraire.
Et "El Atlántico" ? Parfait !
Voilà quelque chose d'un peu plus spirituel, un sobriquet derrière lequel on peut deviner aisément un torero faussement intellectuel, une sorte de parodie de poète disparu reconverti en torero. Un sentimental à deux balles, et prétentieux ultra-maladroit puisqu'allant jusqu'à s'approprier le nom d'un Océan.
Mais si j'avais choisi ce surnom "El Atlántico", cela n'aurait pas été pour une éventuelle passion envers l'Océan Atlantique, mais plutôt par amour du masochisme. J'aurais en effet apprécié tout au long de ma carrière (par ailleurs peut-être plus courte que longue) l'habileté des revisteros face à un tel surnom. Qui aurait trouvé la métaphore la plus brillante ? Ou au contraire, qui aurait choisi l'allusion la plus téléphonée ? Pour tous les goûts, j'aurais probablement pu avoir droit à "l'océan de désespoir", "un océan d'écart entre lui et son adversaire", "face à deux bestiaux nobles, l'Atlantique s'est noyé dans un verre d'eau", "L'Atlantique à la nage", "L'Atlantique boit la tasse", et j'en passe. Il y aurait même pu y avoir un "il est juste bon pour Fort Boyard" offrant de cette manière la palme au mauvais goût audiovisuel pour celui qui aurait écrit une telle sentence.
Un jour, dépassé par les évènements et armé par la mauvaise foi, j'aurais souhaité au ganadero que son troupeau choppe la tuberculose pour qu'il puisse tout envoyer à l'abattoir. On aurait dit de moi que j'étais détenteur "d'un Q.I inférieur au volume d'un mollusque en mètres cubes". "L'Atlantique se situe dans les profondeurs de l'escalafón" aurait probablement été la goutte de trop...

Face à tant de méchancetés et de lynchages verbaux, j'aurais mis fin à mon escapade et à mes pérégrinations en terres taurines. A La Rochelle, je me serais plaint du manque de contrats des toreros du cru dans la région ! J'aurais créé un syndicat avec je ne sais combien de membres pour contester cette injustice. Peut-être aurais-je entamé une grève de la faim devant la mairie de La Rochelle ? Indigné et en signe de protestation, je serais allé pourrir les corrales ostréicoles des environs.

Totalement décomposé, je serais parti de là. J'aurais été à Mimizan et j'en aurais fait mon fief ! Malheureusement, trop de personnes médisantes m'auraient soupçonné de connivence avec l'organisateur, par ailleurs doublé d'un critique taurin hors pair et extraordinaire. A Mimizan toujours, mon chez-moi par défaut, j'aurais fait immatriculer ma voiture "40". Une alternative départementale à la clé peut-être ? Pour me dézinguer, les revisteros auraient dit que je venais de prendre l'alternative à Disney-Landes. Ils m'auraient traité de "matador de deux toros" ! Non pas qu'ils bégaient, mais parce qu'à leurs yeux j'aurais été incapable de faire davantage.

Nouvelle déconvenue. Moi "El Atlántico", quoi de mieux que d'aller aux Açores ? C'est en plein milieu de l'Atlantique ! Là-encore, et même à distance, on m'aurait frappé d'invectives pour le fait de cautionner la tauromachie des Açores et ses spectacles taurins sans mise à mort.

Peut-être une reconversion ?
Ce qui est fort probable, c'est que j'aurais depuis longtemps été marabouté, afin d'être méfiant envers tous ces gens qui viennent peupler les gradins des arènes. Je serais revenu en paria ? Je serais devenu organisateur de courses en mettant du bétail acheté au prix de la viande et des jeunes novilleros non défrayés ? J'aurais été un ganadero bien mauvais ? J'aurais même tenté une expérience avec mon propre rôle à la télé dans une série B ? Peut-être aurais-je été ratero ? Ou bien comme d'autres, j'aurais décerné des diplômes virtuels de "bons aficionados", tout en affirmant parallèlement mon désir de représenter toute personne s'intéressant de près ou de loin à la tauromachie dans mon pays...

Trêve de conneries, tout cela n'est que pure fiction.

L'autre soir, j'ai vu un reportage où à propos de cette profession si singulière, Antoñete disait "para mi antes, un matador de toros era como un Dios". Maestro, j'ai des Marlboro Light sur ma table de nuit, je vous en offrirais une bien volontiers.

Tous doivent être respectables...

Florent

samedi 16 juin 2012

Le compas dans l'oeil

Cette expression, avoir le compas dans l'oeil, signifie le fait de percevoir une juste mesure sans pour autant recourir à un instrument prévu à cet effet. A n'en pas douter, Monsieur Núñez del Cuvillo fait partie de ces rares personnes qui détiennent le don d'avoir le compas dans l'oeil.

A Istres hier, il envoya un lot de toros qui  soyons-en certains, permit de voir un spectacle sublime. Cependant, certaines choses attirent l'attention au détour d'un compte-rendu...

Poids des toros : 492, 490, 498, 490, 489, 488 kg

A l'énoncé de cette simple information, on constate avec des yeux émerveillés que cinq des six Cuvillo estoqués hier se tenaient à quatre kilos d'écart (entre 488 et 492 kg), la moyenne des six revenant précisément à 491,166666...
Et c'est là qu'il faut saluer l'immense talent de Monsieur Núñez del Cuvillo, capable d'envoyer un lot très homogène en poids et à simple vue d'oeil. A moins que la balance des arènes d'Istres... Passage autocensuré.

Non franchement, on ne peut que s'incliner devant la grandeur de Monsieur Núñez del Cuvillo, orfèvre en matière de toros combat, puisqu'il parvient à s'accaparer de grandes parts de marché. Il a en outre le talent de mesurer à l'oeil nu le poids de ses toros pour envoyer un lot ultra-homogène, et de savoir à l'avance que le total des rencontres à la pique sera de six. Vraiment très fort ce Monsieur Cuvillo !

Et la corrida en question dans tout ça ? Extraordinaire il paraît ! Non je rigole...

Florent

vendredi 8 juin 2012

Garapito

C'était à Vic-Fezensac, le 8 Juin 1992.

Vingt ans plus tard, l'élevage de Palha connaît l'une des saisons les plus désertiques de son histoire. Jusqu'à maintenant, un seul toro de Joao Folque Mendoça est sorti en 2012 dans les arènes d'Espagne et de France. Ce fait est certainement une sanction due aux deux dernières années, où l'on vit des toros de Palha décevants, tant en présentation qu'en comportement, et avec certains probablement issus de croisements douteux. Les aficionados ont déchanté quant à cet élevage, mais l'on espère qu'il saura revenir  sur le devant de la scène et redorer son blason.

Vingt ans plus tard, les arènes de Vic-Fezensac ont changé, puisqu'elles ont été agrandies en 1998...

Le 8 Juin 1992 au matin se tenait donc à Vic-Fezensac une corrida de Palha, reportée la veille à cause de la pluie. Cette corrida est restée dans les mémoires, puisqu'elle a vu le combat de l'un des plus grands toros de l'histoire taurine de France, "Garapito" de Palha. 

Pour ceux qui n'ont pas eu la chance d'être à cette corrida, il existe une vidéo du combat intégral de "Garapito" grâce à laquelle on peut se faire une idée. Ces images laissent un ressenti intense, mais ne peuvent en aucun cas transmettre ce que cela devait être ce fameux matin du 8 Juin 1992 sur les tendidos de Vic...

Florent


(Image du livre "Palha, 150 años de historia" : le tour de piste posthume de "Garapito")

Vic-Fezensac. Lundi 8 Juin 1992. Matin. 6 Toros de Palha (tour de piste posthume au deuxième "Garapito") pour José Pedro Prados "El Fundi" (vuelta et une oreille) Juan Cuéllar (bronca et ovation) Stéphane Fernández Meca (silence après avis et ovation). Corrida reportée la veille à cause de la pluie. Vuelta du mayoral.

lundi 4 juin 2012

Quai Ventas

Cette période de l'année est celle où presque quotidiennement, les clarines sonnent à Las Ventas sur les coups de 19 heures. Deux ferias sont officiellement annoncées, la plus célèbre de San Isidro, puis celle de l'Anniversaire (récemment rebaptisée feria "Arte y Cultura").
Dans l'esprit des pourfendeurs de la tauromachie à l'ancienne, il y aurait même trois ferias plutôt que deux. San Isidro, l'Anniversaire, et entre les deux, celle de la "Préhistoire". Cette dernière, la plus courte, semble être une hérésie pour celui qui ne jure que par la tauromachie moderne et contemporaine. Que soient bannis les toros poderosos !
En fin de semaine dernière donc, il y eut un triptyque à Las Ventas avec Escolar, Cuadri et Adolfo. Que je sache, Madrid n'est pas réputée comme étant une ville littorale, mais bien des choses intéressantes se passèrent au Quai Ventas.

31/05. LE NAVIRE ESCOLAR

Le navire Escolar Gil avait quitté quelques jours plus tôt la cité gersoise de Vic-Fezensac après avoir semé une grande déception. Cette fois-ci, le rendez-vous à Las Ventas n'avait pas le même aspect, puisqu'il y avait des éléments sérieux, plus ou moins légers, détenteurs d'armures pointues et incommodes. Le ciel était bleu, le soleil tapait fort, et les Escolar ont vendu chèrement leur peau.

Premier homme, le moussaillon Domingo López-Chaves a connu des difficultés, tout d'abord avec un adversaire andarín qui réfléchissait tout en restant sur la défensive. Le quatrième Escolar fut un toro qui ne s'employa pas à la pique, mais qui au troisième tiers s'avéra encasté, exigeant et avec du poder. Un cornu face auquel il ne fallait pas douter une seule seconde. Ce n'était pas évident, et Chaves a rapidement été gagné par le doute. En fin de compte, il plaça sa lame dans la soute de l'Escolar pour être débarrassé au plus vite. Ovation pour le toro, sifflets pour Chaves.

En habit de docker sang et or, José María Lázaro a été le plus épargné du jour par la dureté des Escolar. Son premier sembla amoindri après avoir fortement frappé aux planches, ce qui parut changer pas mal de choses. Il s'appelait Confitero, comme deux de ses congénères combattus à Vic, et malgré son invalidité, il parvint tout de même à déborder Lázaro.
Au dernier de l'après-midi, ce même Lázaro a été vaillantasse et volontaire, face à un toro maniable, pourvu d'un petit fond de caste sans pour autant être extraordinaire. On ressentit le peu de métier et de courses de Lázaro. Forcément, cela pèse à Las Ventas et avec une telle opposition.

Cette saison, Fernando Robleño et le navire Escolar ont prévu de croiser leurs routes à plusieurs reprises. A Las Ventas, l'épisode ressemblait à une bataille navale, du genre "je te touche, je te coule". Palomito, le premier de Robleño, était un toro veleto provoquant de l'émotion dès le début car rugueux dans ses assauts à la cape. Il poussa à la première pique. C'était un Escolar exigeant  avec du poder et une caste dure. Robleño est parti au combat alors que le vent soufflait fort, il cherchait les passes, tandis que l'Escolar cherchait ses chevilles. Une entière engagée de côté mit fin au combat.
Il n'y eut pas de répit pour Robleño puisque le cinquième, très armé, fut difficile, mal lidié et instruit par de trop nombreux capotazos. Robleño fut même averti dès la première passe de muleta. Le toro se retournait vite et était vraiment dur, alors que Robleño apparut courageux une fois de plus, sans jamais être déboussolé.
Avec ce toro, c'était le quatrième Escolar de la saison de Fernando Robleño. La prochaine étape sera à Céret, et Robleño en aura six face à lui. Les Escolar de Madrid n'étaient pas les mêmes que ceux de Vic. Et à Céret, cela sera peut-être encore bien différent. Toujours est-il qu'à la fin de saison, Robleño pourra peut-être prétendre au titre de Commandant Cousteau du navire Escolar.

01/06. CUADRI EN ZONE PORTUAIRE

Tous les Cuadris étaient arrivés à bon port, mais plusieurs incidents et accrochages au débarquement firent que certains durent être remplacés. Le jour de la course, les six éléments qui attendaient de sortir à Las Ventas battaient tous pavillon Celestino Cuadri.

- Jusqu'à combien de noeuds peuvent-ils naviguer mon capitaine ?
- Aucune idée, mais ils en imposent c'est une certitude !

Muñeco, celui qui rentre en premier, est très lourd et imposant, on dirait un cargo ! On peut par ailleurs admirer sa belle puissance lors de trois piques. C'est un Cuadri avec du poder et de la caste, face auquel Rafaelillo ne réalise absolument rien de marquant...

Au deuxième, c'est le tour de Javier Castaño, dont la couleur de l'habit est aussi claire que la Mer des Caraïbes. Sur une erreur d'inattention, Castaño se fait prendre de manière effroyable par le cargo Aragonés, il se retrouve sur le pont, puis se fait même percuter par la coque. L'affaire aurait pu prendre une tournure dramatique.
En bon capitaine, Castaño est revenu pour affronter ce Cuadri violent et difficile. Il a officié avec beaucoup de métier, de courage, et commença même avec des cites de loin. Malgré tout, on sentait Castaño sonné. Il en termina difficilement avec Aragonés, puis partit pour l'hôpital. On lui souhaite par ailleurs un prompt rétablissement, car il est l'un des tous meilleurs face aux "Corridas de Toros" actuellement.

Le reste de la course n'a vraiment pas été étincelant pour les matelots Rafaelillo et Bolívar. Déjà qu'ils ne sont pas dans une bonne période de leur carrière, rajoutez le fait qu'ils étaient certainement refroidis par le terrible accrochage de Castaño.
Bolívar a été distant avec le troisième, mobile et exigeant, et n'a pas bien exploité le cinquième qui mettait la tête.
Quant aux quatrième et sixième Cuadris, ils sont quasiment restés inédits. Rafaelillo s'est de suite mis en difficulté face à Huelvano, sorti en 4, et a fait descendre l'ultime à la pique, qui par la suite s'est avéré compliqué et tardo. Rafaelillo semblait aussi pressé d'en terminer qu'un chalutier voulant regagner son port de pêche. En ce jour, Rafaelillo aurait préféré faire de la plaisance.

A l'issue de la course, le mayoral José Escobar, qui contribue depuis bien longtemps à mener la barque de Cuadri, fut appelé à saluer par le public. Non pas parce qu'il était question d'une extraordinaire course de toros, mais parce que les aficionados ont eu le sentiment d'avoir vu des toros de combat, des vrais, sans rien de fallacieux dans leur appellation. Les six toros de Cuadri étaient exigeants, avec du poder, de la fiereza, et sans rien de facile. Ils furent par ailleurs quasiment tous applaudis ou ovationnés à l'arrastre.

02/06. ADOLFOS D'EAU DOUCE

Une course en deux parties, avec un intérêt distinct, le tout contrastant avec l'intensité des deux jours précédents.

Et pourtant, le premier Sevillanito, a d'emblée semé l'émotion en provoquant un spectaculaire batacazo. On pourrait même appeler cela un "bateau-cazo", l'équipage du picador venant sombrer contre les planches. Malheureusement, cet Adolfo était encasté mais éteint, il croisa le chemin d'un José Luis Moreno peu inspiré.

Plus le combat du deuxième avançait, plus on se disait que ce toro venait de loin. Un exemplaire gris, très noble, très franc et chargeant avec douceur. On aurait dit un toro mexicain qui avait traversé l'Atlantique pour l'occasion. C'était peut-être un bonbon mexicain venant de loin, mais Juan Bautista ne lui donna aucune distance.

Le moment de l'après-midi le plus captivant fut le combat du troisième Adolfo, au berceau de cornes ouvert et teint d'une noblesse encastée. A la manière d'un phare guidant une embarcation, Iván Fandiño se plaça parfois très loin pour le citer. Il le fit presque exclusivement à tribord, avec des hauts et des bas, et plus rarement à bâbord, où le toro était compliqué. Iván Fandiño aurait pu prétendre à une récompense, mais il pêcha à l'heure de vérité.

Quant aux trois derniers Adolfos du lot, ils étaient plutôt à ranger dans la catégorie "rafiots". Le quatrième, juste de forces, et en plus de cela très mal piqué, fut l'Amoco Cadiz parmi ses congénères. Le cinquième manqua de race et de forces, et le sixième fut sur la défensive, compliqué et sans jamais transmettre.

L'armateur estampillant ses produits au fer d'Adolfo Martín avait envoyé un lot inégal.

C'est sur cette course, la dix-neuvième corrida de feria, que s'achevait la San Isidro. Il est vrai que la comptabilité n'a pas vraiment de rapport avec la tauromachie. Mais tout de même, seulement trois pavillons en dix-neuf courses, c'est bien peu. Face au succès, on peut dire que les matadors sont restés à quai.

Florent

Lignes


A chaque fois que je les vois, j'ai l'impression qu'un gamin est passé en vélo avec des stabilisateurs...

Florent

samedi 2 juin 2012

Vic-Fezensac 2012 : Tri sélectif

Je ne rendrai pas compte sur ce blog de la novillada matinale du 26 mai ainsi que de la corrida (matinale elle aussi) du 28 mai, pour la simple raison que je n'y étais pas.

Pour la "novillada 2+2" du samedi matin, le concept était étrange. Cette course s'est au final avérée  être une "novillada 3+2-1". Ce match matinal bizarroïde "département du Gers contre ville d'Espartinas" (cela pourrait très bien être le nom d'une jurisprudence du Conseil d'État) fut le choix des organisateurs, plutôt qu'une novillada formelle avec six cornus âgés de trois à quatre ans.

Quant à la corrida de Flor de Jara, je n'y fondais personnellement pas d'espoir, compte tenu du comportement plutôt endormi des pensionnaires de cet élevage à l'âge adulte. Compte tenu aussi du cartel piéton initial (Juan Bautista, Iván Fandiño, David Mora). Par ailleurs, à titre personnel, je n'ai pas compris la répétition de Juan Bautista après les Victorinos du Lundi de Pentecôte 2010 (salut au tiers et silence) et les Alcurrucén du Lundi de Pentecôte 2011 (salut au tiers avec division d'opinions et salut au tiers).

Florent

(Image : le lot de Flor de Jara aux corrales)

vendredi 1 juin 2012

Les mobylettes de Granier

Il n'est guère fréquent de pouvoir assister à une corrida d'un élevage français d'encaste Santa Coloma.
De ce fait, la corrida de Granier "La Cruz" de dimanche à Vic revêtait un caractère expérimental, une sorte d'essai. Si mes archives ne me trahissent pas, le dernier lot intégral combattu avec picadors provenant de cet élevage remonte au 13 avril 2003 à Fourques (au bord du Rhône), c'était une novillada. Un peu plus loin de nous, on retrouve la trace d'une corrida dans les anciennes arènes de Saint-Martin-de-Crau le 5 avril 1998, avec trois toros de "La Cruz" et trois de José Escolar Gil mis en compétition. Une coïncidence, puisque les élevages d'Escolar et de Granier étaient à l'affiche de la feria de Vic 2012.

A Vic ce dimanche 27 mai, les toros de Granier ont divisé l'opinion des aficionados présents, si bien que diverses lectures de cette course paraissaient possibles. En revanche, tout le monde fut d'accord pour saluer la mobilité de ce lot de toros. 
Malgré tout, j'eus l'impression (et cela n'engage que moi) que ces toros étaient à géométrie variable dans leurs comportements, composant un ensemble hétéroclite, avec même des réactions singulières pour du bétail d'origine Buendía. En début de corrida, plusieurs toros laissèrent une impression étrange de sauvagerie décastée, fuyant la pique au premier tiers, puis se laissant manoeuvrer à la muleta sans pour autant afficher de poder ou de caste.

Ce fut le cas du premier toro de l'après-midi, un manso perdido en début de combat, s'en allant directement à la moindre morsure de fer. Et comme sur Facebook, ce toro passa du statut de manso perdido à celui de mobile et maniable pendant la faena. Face à lui, on a vu un Julien Lescarret plus serein qu'à l'accoutumée, livrant une prestation très honnête et vaillante, avec de nombreux cites de loin. Le toro afficha lui une mobilité sans caste.

Le deuxième Granier aurait pu être candidat aux banderilles noires, avant de rentrer finalement dans la cavalerie menée par Plácido Sandoval à la troisième rencontre. Devant cet adversaire manso, mobile et maniable, Joselillo a réalisé une faena de peu d'émotion. 
Ensuite, ce fut le tour de Raúl Velasco, qui perdit totalement les papiers et connut une véritable déroute face à l'avisé troisième. De plus, Velasco tua de manière catastrophique.
Pas grand chose à dire non plus du quatrième exemplaire de l'après-midi. Défensif à la pique, puis manso et bronco qui posa des difficultés à Julien Lescarret.

Puis vint le tour du cinquième, Sonador, numéro 46. Ce toro venait tout juste d'être acheminé depuis Saint-Martin-de-Crau, car un exemplaire titulaire s'était blessé dans les corrales de Vic. A la pique, Sonador fut plus spectaculaire que brave. Bravucón est le terme exact, puisqu'en trois rencontres, il afficha une bravoure sans continuité, en poussant parfois, en se défendant à d'autres moments, et en sortant seul à d'autres. Le picador Antonio García fut désarçonné à la troisième rencontre, et le cheval de Bonijol alla comme un grand s'emballer de manière impressionnante dans les planches.
Il est vrai qu'à la muleta, ce toro était intéressant par sa mobilité, mais il termina toutes ses charges avec la tête dans les airs. Il faut noter que face à lui, Joselillo fit preuve de beaucoup de volonté malgré son bagage technique restreint. On sent chez ce torero beaucoup d'afición, et il réalisa là un travail valeureux et méritoire. Hélas, il tua mal.
Une fois le Granier à terre, une partie de l'assistance demanda la vuelta posthume et sembla ainsi avoir un élan de bienveillance, comme jadis le public de Saint-Cyprien ou d'Argelès-sur-Mer dans les années soixante-dix. Ouais, enfin on va peut-être éviter de parler d'Argelès-sur-Mer...

A titre personnel, j'ai préféré le dernier toro de l'après-midi, un beau cinqueño typé Buendía. Il fut le seul du lot de Granier à ne montrer aucun signe de mansedumbre durant le combat. A la première pique, longue et mauvaise, il fut brave et poussa bien sous le matelas. Malheureusement, il s'avéra moins étincelant à la seconde rencontre, faute à une première pique beaucoup trop longue. Aussi, il sembla s'esquinter légèrement une patte pendant la lidia, à cause d'une faute des hommes en piste.
Pourtant, ce sixième Granier était un bon toro, pourvu d'un vrai fond de caste et de possibilités à exploiter. Mais comme face à son premier adversaire, Raúl Velasco a rendu copie blanche.

C'est sur cette note que s'achevait la corrida de Granier, qui laissa les aficionados sur des avis divergents. La Fédération des Sociétés Taurines de France a remis son prix au meilleur picador à Antonio García qui officia face au cinquième toro, et son président Roger Merlin annonça dans la foulée que quatre des six piques de cette course étaient montées à l'envers...

Florent