jeudi 16 août 2012

Saint-Vincent

Le train à destination de Cerbère n'était pas encore arrivé au Centre du Monde (d'après Salvador Dalí) que l'idée de vide paraissait déjà inconcevable.
La température était élevée et le ciel bleu, plusieurs dizaines de minutes devaient encore s'écouler avant le démarrage. Et puis en douceur, le train Corail a quitté Perpignan, pour passer notamment à Argelès-sur-Mer, une excellente première étape pour flinguer le moral.
Quelques minutes après ce fut l'arrivée à Collioure, avec une descente du train où il était possible de contempler le vide. Il n'y aura pas de Toros le 16 août prochain.

A Collioure jusqu'au début de cette année, les arènes se dressaient juste à côté de la voie ferrée. Ce ne fut pas le seul endroit taurin dans l'histoire du village. D'ailleurs, cette histoire a plus d'un siècle, et il y a eu des courses chaque année sans interruption de 1949 à 2011 ! Alors forcément, imaginer le vide en 2012, cela fait quelque chose.

La belle plante aux yeux marrons et au regard intense se réjouissait de cette issue, elle qui avait pu admirer Capitán, le dernier bestiau des Héritiers de Christophe Yonnet combattu l'an dernier. "La belle plante", comme le disait le vieil homme à l'accent rocailleux roulant les "r" un jour où nous étions tous vêtus de noir.
La belle plante était contente, tandis que d'autres étaient plus silencieux qu'un film muet. Ils s'en foutaient.
Ils s'en foutaient que les arènes de Collioure soient démontées et que le dos soit tourné à la tradition taurine. Certainement parce que c'est Collioure, une petite arène de plage. Pourtant, on pourrait se dire que n'importe quelle arène est importante, quelle que soit son envergure, et que sa politique taurine, défendable ou perfectible, pourrait un jour nous mener à elle.

On ne réécrira pas l'histoire, mais la fin de la tauromachie à Collioure n'a pas ému grand monde, c'est un fait. Et surtout, elle n'a quasiment pas occasionné de réactions au niveau des organes représentatifs de la tauromachie en France.

Aujourd'hui c'est le 16 août, jour de la Saint-Vincent et des fêtes de Collioure. Il n'y a plus d'arènes, et a fortiori pas de Toros. A la place, c'est un vide, un parking. Comble du cynisme, le parking en question a été baptisé "Parking des arènes"... même Machiavel n'y aurait pas pensé.

Pour le moment, la tradition taurine de Collioure est entre parenthèses. Idéalistes, on rêve qu'un jour une portative jaillisse même temporairement sur ce parking, pour que continue cette tradition des toros de combat et des hommes vêtus de lumières. Un jour peut-être, le stationnement sera provisoirement impossible sur ce foutu parking, car des arènes y siègeront. Possible alors que nous y soyons. Et dans le cas contraire, nous irons banderiller les voitures.

Florent

vendredi 10 août 2012

Automne à Parentis

Temps frais, nuageux et humide. Pas plus de quinze degrés au thermomètre. Le matin, les Raso de Portillo ont gardé leurs secrets.
Secrètement aussi, on aurait aimé au moment du sorteo de l'après-midi un arrangement conduisant à 3 Flor de Jara + 3 Raso de Portillo. Une chose impossible, un pur fantasme.
Ce dimanche 5 août 2012, les Flor de Jara étaient le premier lot de l'histoire des arènes Roland Portalier à être préalablement équipés de fundas au campo. Et dire que bien des arènes réalisent des ferias intégrales avec des toros résinés depuis des années. Juste une anecdote.

Des Flor de Jara, on a de bons souvenirs grâce aux novillos combattus à Vic-Fezensac en 2009 et à Céret en 2008 (sous le nom de Bucaré). Deux novilladas encastées avec du tempérament. C'est en 2008, entre les deux courses citées, que l'ancien matador Carlos Aragón Cancela a fait l'acquisition de l'élevage de Bucaré pour lui donner suite sous l'appellation de Flor de Jara.

Quatre ans plus tard, 5 août 2012, c'est l'automne en plein mois d'août à Parentis. Au sens propre comme au figuré. Hormis le premier Flor de Jara, magnifique de présentation et qui reçut la plus forte ovation de l'après-midi à son entrée, les autres étaient lourds et semblaient accuser une surcharge pondérale. A l'âge adulte, nul doute que certains auraient atteint les 650 ou 670 kg, c'est beaucoup pour du Buendía. De type, ils ressemblaient donc aux gros Santa Colomas que possédait Manolo Chopera sous le nom de Martínez Elizondo jusque dans les années 1990.

La novillada de Parentis : l'automne. Novillos faibles et décastés. On retiendra quelques très beaux gestes de Mario Alcalde, tout comme ses grandes difficultés à l'heure de vérité. Le pire novillo de la course fut le quatrième, faible, manso décasté et fuyard, derrière lequel courut Javier Jiménez. Ce quatrième Flor de Jara, d'origine Buendía donc, portait le nom de Bolichero. Dix ans auparavant à Roquefort-des-Landes, 15 août 2002, un novillo de La Quinta (Buendía) était honoré d'une vuelta posthume après un beau combat. Il s'appelait Bolichero. Pas le même tonneau.

Florent

Le sorteo des novillos de Flor de Jara de Parentis.
1. "Metro y Cuarto" n°32 cárdeno (né en février 2009)
2. "Lagartijo" n°53 cárdeno oscuro bragado meano corrido axiblanco (né en avril 2009)
3. "Vanidoso" n°56 negro mulato bragado meano corrido (né en avril 2009)
4. "Bolichero" n°41 cárdeno oscuro bragado meano corrido (né en février 2009)
5. "Gallinito" n°18 cárdeno oscuro bragado meano corrido axiblanco (né en avril 2009)
6. "Palmeño" n°64 cárdeno oscuro bragado axiblanco (né en février 2009)
Sobrero. "Tremendo" n°32 cárdeno meano (né en février 2009)

jeudi 9 août 2012

Suspendida





Les Raso de Portillo étaient bien à Parentis ce dimanche 5 août, mais les deux portes de torils sont restées closes.
Fabio Castañeda (en blanc et or soutaché de noir) Manuel Cuenca (en bleu roi et or) et le traditionnel sobresaliente Víctor Manuel Rodado (en vert pistache et noir) ont dû rentrer chez eux après avoir contemplé la pluie diluvienne qui s'abattait.
Cinq novillos de Raso de Portillo sont restés dans les corrales et l'on ne peut savoir où ils seront combattus dans le futur... On aurait tellement aimé les voir, mais le ciel en a décidé autrement.

Un jour qui sait, nous verrons peut-être dans une arène :
"Quemedices" n°15 negro (né en mars 2009)
"Quijadito" n°16 negro bragado meano (né en décembre 2008)
"Manzanillo" n°40 negro entrepelado bragado corrido lucero girón listón (né en février 2009)
"Paladino" n°56 negro (né en mars 2009)
"Nefandito" n°71 negro (né en décembre 2008)

Florent

mercredi 8 août 2012

Et Julián López Escobar chantait l'Internationale

"Partidario", le quatrième Valdellán
Se sentant maltraité après les multiples griefs faits par les aficionados à son encontre depuis le début de la saison, Julián ne parvenait toujours pas à comprendre cette situation.
Pour couronner le mois de juillet d'une année riche en rendez-vous périlleux, El Juli a coupé quatre oreilles à des Garcigrande à Santander, et a même obtenu de cette ville le prix décerné par l'hôtel du Palais de la Mer. Il faut dire ausssi que Julián se sent inégalable dans son for intérieur depuis le seul contre six de Bayonne en 2009 (2 Victoriano del Río + 2 Ana Romero + 2 Puerto de San Lorenzo). Et Fernando Robleño à Céret face aux six Escolar alors ?
Robleño un imposteur ! Escolar ? Connais pas ! Et Céret ? C'est où ?

Début juillet, El Juli, ce monstre d'intelligence, de puissance, de courage et de combativité, s'indignait sur Twitter des novilladas combattues à Las Ventas, excessives à ses yeux.
C'est ainsi que Julián s'est vêtu de l'habit de syndicaliste. Pourtant, le bonhomme n'a que peu de points communs avec un Bernard Thibault, ne serait-ce que physiquement parlant. Aussi, en tant que syndicaliste, on imagine Julián bien plus branché MEDEF que CGT.
Et Julián, tu penses qu'il connaît Parentis-en-Born et Valdellán ?
Difficile à dire, probablement pas, il s'offusquerait et se syndicaliserait encore plus rien qu'à la lecture de "La peur aux trousses, histoire taurine de Parentis-en-Born" de Jean-Pierre Fabaron.

Il est également très dur de savoir comment l'ami Julián aurait perçu la novillada de Valdellán en pays de Born samedi dernier. D'un point de vue de torero ? D'un point de vue d'aficionado ? Remarque, ils ne doivent pas en avoir grand chose à cirer de Parentis au G-10.

Pourtant, il y avait ce jour-là ce qui se fait de mieux dans la souche Graciliano de l'encaste Santa Coloma, avec le bétail de Valdellán. Des novillos jolis et agréables à regarder, sans rien de terrifiant, et vêtus d'un pelage noir aussi vif que la couleur du charbon produit par l'usine CECA à quelques encablures des arènes. Les Valdellán, généralement braves à la pique mais très mal piqués, puis possédant pour la plupart une noblesse fort encastée, ont permis de voir une très belle novillada.

Cinq sur six donc furent très mal châtiés lors du premier tiers :
Le premier, noble et juste de forces.
Le deuxième, combatif en deux piques, noble et encasté, auquel fut opposée une tauromachie trop tendre.
Le troisième, excessivement mal piqué et mis en suerte en trois rencontres. Inédit de ce fait lors du premier tiers, puis noble et encasté, récompensé ensuite d'une vuelta posthume inopportune.
Le cinquième, brave en trois piques, puis décomposé et mal abordé.
Le sixième, léger, astifino et bien armé, encasté.

Tour de piste du picador Juan Agudo (Image de Victor Bernadet)
Reste alors à évoquer le point d'orgue de l'après-midi, avec le combat de Partidario, le quatrième Valdellán.
Face à lui, le picador Juan Agudo livra une véritable bataille lors des quatre rencontres, frôlant même la correctionnelle lors de l'ultime. Dans la vie de tous les jours, Juan Agudo est mayoral chez Raso de Portillo.
La suite du combat fut intégralement menée par Imanol Sánchez. Avec tout d'abord une victoire 2 à 1 des paires de banderilles à corne passée sur celles orthodoxes dans le berceau. Après cela, une faena de bûcheron avec la montera sur la tête. Imanol a commencé par des doblones, et a livré une faena courageuse mais limitée et pas très centrée. Un travail plutôt brouillon face à un adversaire encasté, une chose normale et pas choquante en novillada. A l'estocade, Imanol logea une épée basse, mais s'engagea comme un dingue. Partidario mourut debout. Oreille en main, Imanol partagea son tour de piste avec Juan Agudo le picador.

A l'issue de la course, Juan Agudo revenait en piste pour recevoir un prix, tandis que Raúl Conde, mayoral de Valdellán, saluait fort justement pour le lot qui venait d'être combattu. Le triomphe de deux mayorales, de Raso de Portillo et Valdellán. Julián ne doit pas s'intéresser à la vie de ces deux élevages, qui ne fournissent pas de grandes camadas, mais méritent d'être vus le plus possible. Ce qui n'est pourtant pas le cas.

Debout les damnés de la terre.

Florent

Le sorteo des novillos de Valdellán de Parentis.
1. "Cubano" n°30 negro bragado meano corrido axiblanco coletero (né en mai 2009)
2. "Hurón" n°10 negro bragado (né en février 2009)
3. "Torreño" n°21 negro listón (né en mars 2009)
4. "Partidario" n°6 negro bragado meano (né en janvier 2009)
5. "Pies de Lomo" n°5 negro entrepelado bragado meano corrido axiblanco (né en janvier 2009)
6. "Cubano" n°26 negro bragado meano (né en avril 2009)
Sobrero : "Pavito" n°11 negro bragado meano corrido rabicano (né en février 2009)

vendredi 3 août 2012

Raso de Portillo !

A cet instant, Alberto Lamelas attendait à genoux face au toril la sortie du quatrième Raso de Portillo. Dix minutes auparavant, son coreligionnaire d'affiche Julien Dusseing "El Santo" s'était fait cueillir par son premier adversaire, recevant à l'occasion un glaçant coup de corne à la cuisse. Les trois novilleros, Pedro Carrero, Alberto Lamelas et El Santo étaient vêtus de blanc et or.

Carrero fut prudent et repartit le costume intact, El Santo se fit prendre et termina la soirée dans un hôpital de l'agglomération bordelaise. Tandis que Lamelas à la sortie du quatrième, avait déjà de multiples bandages recouvrant son habit. Il était venu à Parentis avec la panoplie du novillero mort de faim : portagayolas, quiebro au centre de la piste, banderilles courtes et engagement total. Lors de son premier combat, il avait volé sur les cornes de son adversaire.

Jamais découragé sous un ciel à la mine orageuse, Lamelas avait combattu en tout trois novillos avec un courage et une volonté exceptionnels. C'était le dimanche 5 août 2007, les novillos de Raso de Portillo furent passionnants à voir, car encastés, combatifs et possédant une prestance magnifique. Avec en point d'orgue le quatrième affronté par Alberto Lamelas. C'était le numéro 79, de pelage salinero, un très grand novillo, brave, encasté et inoubliable, venant avec ses congénères de Boecillo près de Valladolid, des terres encerclées par une immense forêt de pins.
Dimanche 5 août 2007, c'est là que la belle histoire a commencé. Une fois le dernier Raso de Portillo à terre, Lamelas avait effectué un double tour de piste puisqu'il ne pouvait pas prétendre à la sortie en triomphe. Si par hasard dix autres novillos attendaient à ce moment-là dans les corrales, on peut être certain que Lamelas n'aurait pas cherché l'échappatoire, et les aurait tous affrontés, avec à chaque fois un accueil à genoux face au toril. Le dimanche 5 août 2007 à Parentis, on venait de vivre deux heures trente d'une novillada mémorable.

Cinq ans après, également un dimanche 5 août, les Raso de Portillo seront à Parentis.

Florent

mercredi 1 août 2012

Juillettiste (IX)

HASTA PRONTO...

... en el ruedo para otros monumentales pares de banderillas. Pocas veces se puede admirar tanta torería con los rehiletes.
¡ Suerte Chano !

Florent