lundi 26 novembre 2012

As de piques

Certaines idées, rares mais excellentes, passent souvent inaperçues.
En tauromachie, les prix aux triomphateurs de ferias existent quasiment partout, à l'instar des prix aux meilleures faenas. En revanche, pour le prix au meilleur toro, cela dépend des endroits. Et pour celui au meilleur tiers de piques... Il faut bien chercher, car les arènes où il existe ne sont pas légions.

Depuis une dizaine d'années maintenant, l'association des aficionados de Parentis-en-Born remet à chaque novillada un prix au meilleur tiers de piques. Ce prix porte par ailleurs le nom de Jean-Pierre Fabaron depuis la saison 2010, en hommage à cet aficionado, auteur du livre sur la tauromachie à Parentis-en-Born.

Les saisons précédentes, il y avait eu à Parentis des tiers de piques d'une intensité exceptionnelle. Si bien que pour la novillada de Raso de Portillo du 10 août 2008, ce sont les six picadors du jour qui se sont partagés le prix et ont salué en piste à la fin de la course.

En 2009, le prix au meilleur tiers de piques fut attribué à Miguel Angel Herrero qui a affronté le pensionnaire de Moreno de Silva lors de la novillada-concours. Le lendemain, le prix ne fut pas décerné pour la novillada de Raso de Portillo.

Remettre un prix au meilleur tiers de piques est une excellente idée. Encore faut-il ne pas le galvauder ou le brader. Ce qui n'est pas le cas à Parentis, puisque si l'on se penche sur les dernières novilladas, on voit que le prix est attribué de manière rigoureuse et correspond à chaque fois à un moment que l'on a toujours en tête.

Pour prendre l'exemple le plus récent, on se souviendra du magnifique tiers de piques de Juan Agudo cette année face à un novillo de Valdellán. Un grand moment de la saison, car la tauromachie ne saurait se limiter au troisième tiers au niveau de l'importance et des émotions. Les tiers de piques pourraient simplement relever de l'anecdote, mais fort heureusement, il y a encore des arènes qui le respectent, en le mettant en valeur, et en choisissant des toros ou des novillos aptes à le surmonter.

De 2010 à 2012, le prix Jean-Pierre Fabaron a été attribué quatre fois sur sept. En voici le palmarès.

Samedi 7 août 2010 : Prix non attribué lors de la novillada de Prieto de la Cal.
Dimanche 8 août 2010 : Prix attribué à Luis Carlos Pedrosa qui a officié face au deuxième Moreno de Silva.
Samedi 6 août 2011 : Prix attribué à Manuel Vicente qui a officié face à "General", premier novillo de Murteira Grave.
Dimanche 7 août 2011 (Matin) : Prix non attribué lors de la novillada de Francisco Madrazo.
Dimanche 7 août 2011 : Prix attribué à Roberto Barriga qui a officié face à "Leones", quatrième novillo de Valdellán.
Samedi 4 août 2012 : Prix attribué à Juan Agudo qui a officié face à "Partidario", quatrième novillo de Valdellán.
Dimanche 5 août 2012 : Prix non attribué lors de la novillada de Flor de Jara.

Florent

vendredi 2 novembre 2012

Le sable orphelin

C'est au cours du mois d'Octobre tout juste achevé qu'une époque a pris fin.
Une époque, oui, et pas seulement quelques pages d'un livre.
C'est donc en ce mois que l'admirable José Pedro Prados "El Fundi" a étrenné pour la dernière fois un habit de lumières. Et la carrière du Fundi, ce n'est pas rien...

Pour tenter de résumer cette histoire colossale, on pourrait dire que le Fundi a été celui qui aura inspiré à la sérénité dans l'adversité. On dira de lui qu'il était le spécialiste des "corridas dures". Pourtant, ce terme de "corridas dures" possède quelque chose de réducteur, et serait en fait un pot-pourri rassemblant tous les élevages braves autres que ceux qui ont pignon sur rue.
Avec toutes ses corridas devant des adversaires de respect, El Fundi a vu défiler des toros braves et grandioses, d'autres très difficiles, et j'en passe, car El Fundi aura en fait affronté toutes les sortes de toros existant sur cette planète.

Depuis maintenant pas mal de temps, on voit la carrière du Fundi comme un historique simplement respectable. Et pourtant, combien de fois cette homme a-t-il dû garder la sérénité avant de se rendre aux arènes pour livrer combat ?

Dès l'an prochain, le sable des nombreuses arènes qui l'ont vu défilé sera orphelin, car il y avait en ce matador une grande part de sérénité, comme si tous les autres hommes en piste se sentaient rassurés de ce fait.
Au delà de l'analyse de la simple carrière du Fundi, ses triomphes, ses échecs, ses blessures, on oublie souvent de repenser qu'il y eut depuis le début une adversité située au-delà du raisonnable.

Vers l'âge de quinze ans, Fundi était en vogue en tant que novillero avec ses camarades José Luis Bote et Joselito de l'école taurine de Madrid.
Une fois devenu matador, le destin n'eut aucune concession pour José Pedro Prados.
Le jour de sa confirmation d'alternative à Madrid, le 22 mai 1988, le banderillero Antonio González "El Campeño" se fit encorner de manière effroyable par un toro d'Antonio Arribas, et succomba neuf jours plus tard. El Fundi avait vingt-et-un ans ce jour-là, et cela devait être comme une sorte de "bienvenue au front"... Tandis que partageaient l'affiche avec lui ses éternels camarades Joselito et José Luis Bote.

En tant que matador en France, il se présenta le 29 octobre 1989. Là non plus, ce n'est pas une date anodine, puisqu'il s'agissait de la première course aux arènes d'Arles à peine un mois après la tragique rencontre entre Christian Montcouquiol "Nimeño II" et "Pañolero" de Miura. Sur un sable encore fortement marqué par le drame du plus grand des toreros français, El Fundi allait commencer à écrire les premières pages d'une formidable histoire.

Une histoire où chaque après-midi, il s'est vêtu de lumières, et a attendu longtemps avant le début des hostilités. Tous ces jours où il partait affronter ce que bien d'autres préféraient ignorer...
Le Dimanche de Pâques 1990 à Arles, l'expérimenté Víctor Mendes fit la rencontre du fameux "Lamparillo" de Miura, et finit sonné après son combat face à ce toro dantesque. Le même jour, "El Fundi" coupa trois oreilles. Et pêle-mêle, El Fundi face aux Miura à Arles, cela a donné une série impressionnante : deux oreilles en 91, deux oreilles en 92, deux oreilles en 93 et également deux oreilles en 94.

Parler intégralement de la carrière du Fundi est impossible puisqu'il faudrait y consacrer une éternité. Il y a tant de choses à raconter. Aujourd'hui, il a décidé de s'en aller, lui qui souvent s'habillait avec des costumes de lumières aux broderies noires. Il aura marqué une époque de plus de vingt-cinq ans, par son humilité, son courage et sa grandeur. Il triompha bien souvent avec panache.
En outre, El Fundi n'aura pas seulement été un trompe-la-mort dans l'arène, mais un matador généreux, un grand combattant, et tout simplement un type que l'on n'a pas envie de voir partir à la retraite.

Florent