mardi 31 décembre 2013

Des abreuvoirs d'inculture

L'année 2013 touche à son terme. Une fois de plus, le débat "pour ou contre" la corrida a fait couler beaucoup d'encre. Disons qu'il s'agissait d'une énième fois !
Depuis près d'un siècle et demi, c'est-à-dire depuis la première corrida formelle en France en 1853, des critiques sont systématiquement émises.
Cependant, la corrida a changé, les époques aussi, tout comme les moyens de contestation. De plus en plus, on a l'impression d'assister à un phénomène de sur-médiatisation de la corrida, voire même d'hyper-médiatisation.
Le problème des médias vis-à-vis du sujet, c'est qu'ils le traitent uniquement sous l'aspect du conflit "défenseurs / détracteurs". Quand ces médias montrent la corrida, on dirait que la connaissance en est acquise, et que tout le monde sait ce qu'est. Or, le contenu n'est abordé que de manière superficielle, et encore...

Ainsi, cette hyper-médiatisation conduit à ce que certains placent la corrida au sommet d'une hiérarchie de l'horreur. La première chose à mentionner, c'est une évidence, mais il faudra tout de même l'affirmer systématiquement : c'est que les gens qui s'opposent à la corrida ne savent même pas de quoi il s'agit, et n'y connaissent rien. Ils n'en ont que des images très vagues.
Cette année encore, les discours de haine et le courroux des opposants à la corrida ont été marquants, car totalement disproportionnés et éloignés de la réalité.
On nous dit que la corrida est un simple acte de torture et de barbarie. Or, ces postulats sont erronés, et nous savons tous, nous aficionados, que la réalité est ailleurs, qu'il y a un combat, des explications, une histoire, un culte pour le toro.
La haine contre ce sujet inconnu de ses détracteurs a mené à des mensonges. Au-delà d'une certaine consternation, n'a-t-on pas envie de sourire lorsqu'en voyant un défilé anti-corrida, on remarque des pancartes où il est indiqué : "40.000 toros massacrés chaque année avec nos impôts".
Il est relativement drôle de voir que parfois, ce sont des personnes de nationalité belge (ou autres) qui tiennent ces pancartes. A fortiori, les toros ne sont pas massacrés, et ce sont entre 800 et 900 qui sont combattus chaque année en France.
Quant à la question des impôts, si des subventions viennent à entrer en compte dans le budget des corridas, il s'agit de l'argent des collectivités locales où les courses ont lieu. Ce genre de pancarte peut donc directement trouver sa place en déchetterie ou dans un sac de tri sélectif.
Rappelons enfin à nos opposants que les aficionados qui se rendent aux arènes payent un billet où le taux de TVA est compris. C'est par ailleurs indiqué explicitement sur chaque billet.

En 2013, on a vu une farouche opposition à la corrida, qui en certains endroits a ressemblé à une prise d'otages des aficionados. Je pense notamment à Rion-des-Landes et à Rodilhan.
Parfois, on ne critique même plus la corrida, mais on s'en prend directement aux aficionados. On parle de troubles mentaux et de sujets malades. Pour ma part, du haut de mes 23 ans, j'attends encore le verdict des médecins inquisiteurs. La corrida est une grande partie de ma vie, elle me rend heureux, et sans elle, tout serait certainement très différent.
On parle de troubles psychologiques, mais également d'illégalité. C'est la question du verre à moitié vide ou à moitié plein. On nous dit que la corrida est illégale sur la majeure partie du territoire français et que son existence dans le Sud est anormale et scandaleuse. Les gens qui tiennent ce genre de propos ont le droit de penser ainsi, mais ils peuvent également se référer à la décision constitutionnelle du 21 septembre 2012 qui leur expliquera le reste.

L'opposition à la corrida dans les médias, c'est tenter de savoir qui de Jean-Pierre Garrigues, de Thierry Hély, d'Hubert Montagner ou de Claire Starozinski aura la peau de la corrida.
On essaye par tout moyen de sensibiliser sur un sujet qui serait une horreur à bannir. On tente de l'ériger en question importante, si bien que beaucoup aimeraient un débat national. Mais la question de la corrida n'a rien de national, c'est un domaine mineur en France.

Alors, en 2014, continuera-t-on à nous abreuver de sondages inutiles sur internet où l'on peut voter approximativement 49 fois (pour une même personne) à la question itérative "êtes-vous pour ou contre la corrida ?".
Par ailleurs, mes yeux aimeraient se révulser lorsque j'entends que l'on réclame "l'abolition" de la corrida. Car on a aboli l'esclavage, on a aboli la peine de mort. Mais pour la corrida ? Je ne crois pas.
Je considère la formule "Abolition de la corrida" comme un oxymore. Abolition est un mot beaucoup trop fort, car les opposants ne connaissent pas le sujet en profondeur. "Interdiction" oui, peut-être, mais par pitié, arrêtez d'invoquer "l'abolition".

Mais derrière cette volonté d'interdire la corrida, il y a parfois un projet de société mettant l'animal au même étage que l'être humain. Comme les autres années, il faudra savoir s'en méfier.
En outre, en ce qui concerne les journaux et sites spécialisés en tauromachie, il serait bien de ne pas consacrer tant d'éditoriaux au thème de l'opposition à la corrida.
Ce serait amplifier la chose et donner trop de craintes inutiles. N'autoproclamons pas non plus des "Sauveurs" de la corrida. Personne n'en a le destin en mains.

La corrida existe toujours et nous pouvons pleinement profiter de notre passion. Dès qu'il y aura un litige, des professionnels du droit seront là pour se pencher sur la question, et défendre les courses de toros.
Nous en sommes là, face à beaucoup d'ignorance dans le camp adverse, qui place de manière ridicule la corrida comme un summum de l'horreur.
Je salue donc tous ces gens pour leur patience, et qui ont su être hermétiques, à Rion-des-Landes, à Rodilhan ou ailleurs.

Pour la suite, soyons fiers, et surtout, parlons de toros, en faisant abstraction des fallacieux pourfendeurs.

Florent

vendredi 27 décembre 2013

Cahier de vacances (XV et fin)

NOTES DIVERSES

Aujourd'hui, j'ai décidé d'en finir avec ce cahier de vacances entamé au début de l'été. Et plutôt qu'un texte, voici des notes très variées sur la saison estivale dans le Sud-Ouest...

Mont-de-Marsan. 17 juillet. Pas terribles ces Fuente Ymbro. En revanche, quelle estocade de Fandiño ! Cela contraste avec El Juli tout à l'heure...

Mont-de-Marsan. 17 juillet. Sortie en triomphe de Fandiño pour la première corrida des Fêtes de la Madeleine. Au même moment, en barrera soleil, un hurluberlu sort un drapeau contre le mariage homosexuel. Euh, on lui dit que les arènes doivent être épargnées de ce genre de revendications ? Honteux.

Mont-de-Marsan. 19 juillet. Joselito, Cuvillo et Fuente Ymbro sont sur un bateau... Trois variantes du toro commercial pour les trois premières corridas de feria.

Mont-de-Marsan (encore !). 20 juillet. Novillada matinale de Fuente Ymbro. Quel ennui...

Mont-de-Marsan. 21 juillet. Rafaelillo est (enfin) revenu à son meilleur niveau ! Les Escolar donnent une meilleure impression qu'à Céret.

Orthez. 28 juillet. Matin. Alberto Pozo ne sait pas toréer, mais quel courage...

Riscle. 3 août. Novillada de Pablo Mayoral. Le mayoral (sans jeu de mots) a l'air dépité...

Hagetmau. 4 août. Novillada de Miura. Eurêka !

Hagetmau. 5 août. Un lot de Cebada Gago d'une noblesse infinie...

Villeneuve-de-Marsan. 6 août. Premier toro de Domínguez Camacho. Le torero portugais Víctor Mendes se fait littéralement sécher au moment des banderilles. Comme quoi, à n'importe quel âge, face à n'importe quel toro, et dans n'importe quelle arène, personne n'est à l'abri...

Villeneuve-de-Marsan. 6 août. 21 heures 15. Grêle en vue. Fin des émissions.

Vic-Fezensac. 9 août. Alleluia !

Parentis. 10 août. Ils méritent quand même d'être revus ces Raso de Portillo...

Parentis. 11 août. Matin. Sánchez-Rico de Terrones. Mouais...

Parentis. 11 août. Après-midi. Au cours d'une novillada très décastée de Madrazo, le jeune picador Manuel Quinta vit son pire cauchemar face au cinquième novillo. A chaque assaut du Madrazo, l'apprenti picador se fait promener sur toute la piste, et se retrouve au sol à plusieurs reprises. Cuisant souvenir...

Dax. 15 août. Matin. Et dire qu'ils ont osé nous présenter Fuente Ymbro comme un élevage dit "torista"...

Dax. 15 août. Après-midi. C'est quand même mieux les Cuadri...

Dax. 16 août. Certains toros d'Escolar Gil sont très intéressants. Mais absolument rien à se mettre sous la dent en douze piques, pas une seule poussée...

Dax. 17 août. Pétard majuscule des El Pilar avec Juli, Manzanares et Talavante. Le cinquième bis, de Luis Algarra, est joliment présenté, mais se fait trucider à la pique... #Les-vedettes-dehors

Dax. 18 août. Corrida de Valdefresno. J'aime de moins en moins David Mora...

Bayonne. 31 août. Corrida de Cebada Gago. On a connu ces toros-là plus encastés... Bronca sonore pour David Mora au cinquième.

Saint-Perdon, au Plumaçon. 1er septembre. Mettons une pièce sur José Garrido pour l'avenir...

FIN.

Florent

(Image : Les superbes arènes de Riscle)

jeudi 26 décembre 2013

Le geste de l'année

 Il y a maintenant deux ans, certaines écoles taurines ont été nouvellement baptisées, pour prendre le label de "Centres de haut rendement". Cette appellation, très critiquable, a de quoi poser bien des questions.
Car il est vrai que l'on demande beaucoup de choses à l'heure actuelle aux novilleros. On leur en demande tellement qu'ils en deviennent conformistes, tentant à tout prix de se calquer sur le modèle des vedettes, dès l'échelle des non piquées.
Or, c'est une grave erreur de demander la même chose à un novillero et à un matador.
Le novillero, par définition, doit avoir deux vertus principales : le courage et l'envie de bien faire. La technique elle, devrait venir au fil du temps.

Cette année à Céret, j'ai eu un véritable coup de cœur le 13 juillet pour un jeune novillero que je voyais toréer pour la première fois. Vicente Soler, âgé de 17 ans à ce moment-là, et originaire de la province de Castellón.
Devant son premier adversaire d'Hubert Yonnet, un client sérieux et difficile, Soler avait fait du très bon boulot, ponctuant sa prestation d'une épée engagée. Une oreille lui fut légitimement accordée.
J'ignorais en revanche qu'il récidiverait face au sixième. Car il eut face à lui un autre novillo très astifino. Et une fois de plus, Vicente Soler décida de tout jouer, avec pundonor, énormément de courage et d'envie. Une nouvelle fois, on vit un Novillero, avec un grand N, un vrai de vrai !
Face à ce dernier Yonnet, Soler joua à la roulette russe au moment de vérité, avec tout d'abord un pinchazo très engagé, puis une épée entière avec voltereta monumentale.
Je dois reconnaître pour ma part que si deux oreilles étaient tombées du palco, cela ne m'aurait nullement choqué.
Le seul problème, c'est que pas une seule ne fut accordée. La pétition dura, dura, dura... En vain. Digne, Soler donna deux vueltas triomphales. Mais cette façon de se jouer la vie, pour un gamin de 17 ans, je m'en souviendrai longtemps, quel que soit l'avenir promis à Vicente Soler. Ce fut pour moi le geste taurin de l'année, face à ces Yonnet aux cornes aiguisées.

Un geste qui en appelle un autre.
Dans la catégorie du pire geste taurin, on pourrait bien sûr facilement évoquer les corridas mal présentées et les vedettes. Mais le mieux reste tout de même de cibler les outrages manifestes.
Toujours au cours de cette matinée cérétane du 13 juillet, le pire vint du palco qui ne récompensa pas Vicente Soler. La présidence menée par Pierre Fons s'avéra honteuse, et intégriste au sens péjoratif du terme. On assista ainsi à une injustice notoire, du fait d'une attitude indéfendable.
Car oui ce matin-là, Vicente Soler aurait dû sortir en triomphe, après avoir mis en jeu sa vie pour de vrai. Sa vie de gamin fier d'être dans l'arène. Dans l'échelle des valeurs, la présidence du jour s'est trompée, et c'était une faute grave...

Florent

(Image d'Alexandre Blanco : Sans commentaires)

mercredi 25 décembre 2013

Corridón (de novillos) 2013

Malgré 34 novilladas avec picadors célébrées cette année en France – ce qui constitue un nombre assez faible –, les grands novillos combattus ont été légion !
Par chance donc, plusieurs novillos de bandera ont foulé le sable des arènes françaises en 2013.

Pour en retenir seulement six, le choix est large et cornélien.
On pourrait très bien y mettre l'intégralité du lot de Valdellán combattu le 9 août à Vic-Fezensac. Dans la liste qui va suivre, des novillos n'apparaîtront pas, mais ils pourraient très bien y figurer ou être des numéros complémentaires. Je pense notamment à un novillo de Miguel Zaballos (dénommé "Rumboso") combattu le 28 juillet à Orthez.
Alors, s'il fallait faire le choix d'en retenir six, la liste s'établirait ainsi :
(Vous noterez au passage qu'aucun des six novillos cités n'a été honoré d'un tour de piste... Étrange...)

PIES DE PLOMO, n°22, negro mulato listón, né en mai 2010, de VALDELLAN, combattu par César Valencia le 9 août à Vic-Fezensac.
La novillada des Gracilianos de Valdellán à Vic-Fezensac a été un moment majeur de l'année en France. Ce soir-là, le troisième novillo émerveilla les yeux des présents.
Il s'appelait Pies de Plomo, et n'avait rien d'impressionnant en présentation. A la première rencontre à la pique, il poussa la cavalerie sur plus de 25 mètres avec une caste et une bravoure extraordinaires. S'il ne partit pas promptement à l'assaut lors des deux autres rencontres, il fut tout de même d'une bravoure exceptionnelle dans le matelas.
Ensuite, il mit le novillero vénézuélien en échec aux banderilles puis fit preuve de caste jusqu'à sa mort, et garda la gueule fièrement fermée. Le mouchoir bleu aurait dû être de mise, mais l'on dut se contenter d'une immense ovation à l'arrastre...

NEFASTO, n°2, negro bragado meano corrido, né en novembre 2009, de RASO DE PORTILLO, combattu par Jesús Fernández le 10 août à Parentis.
Charpenté, ce quatrième Raso de Portillo du 10 août à Parentis alla quatre fois à la rencontre du picador Miguel Angel Herrero. A chaque fois, les impacts furent rudes et puissants. Il ne s'agissait pas de bravoure à proprement parler, mais l'intensité était grande.
La suite du combat fut déplorable de la part du novillero catalan. Effectivement, Fernández s'avéra aux abonnés absents, totalement débordé par la caste de Nefasto. Trois avis et bronca sonore pour le novillero (qui coupera deux oreilles à un Valdefresno le lendemain à Millas...), et ovation au beau combattant de Raso de Portillo.

ESTRIBERO, n°16, cárdeno claro salpicado mulato bociblanco listón, né en février 2010, de MIURA, combattu par César Valencia le 4 août à Hagetmau.
Avec Estribero, le dernier novillo du 4 août à Hagetmau, on a pleinement retrouvé la "magie" des Miura ! Cet exemplaire haut et imposant commença par prendre quatre piques sur l'ensemble de la piste en étant très mobile, encasté et peut-être même un peu fuyard.
La caste, Estribero la confirma tout le combat, en mettant en difficultés César Valencia, qui ne démérita jamais. Le Miura était d'une combativité redoutable et belle à voir, mettant fin à une notable novillada. Ovation à l'arrastre.

MISTERIOSO, n°36, cárdeno oscuro, né en octobre 2009, de JOSÉ ESCOLAR GIL, combattu par Tomás Angulo le 23 juin à Saint-Sever.
La novillada d'Escolar à Saint-Sever fut particulière, puisque les six exemplaires d'origine Albaserrada et Santa Coloma parcoururent l'encierro de midi dans les rues du village.
Le soir, le deuxième d'entre eux donna de l'émotion en piste. Misterioso, échu au sorteo à Tomás Angulo, prit trois piques mal administrées, mais avec puissance et une certaine bravoure. A la muleta, l'Escolar était encasté et possédait une excellente corne droite. Face à lui, le jeune Tomás Angulo fut souvent mis en difficulté et soulevé, connaissant ainsi de nombreuses sueurs froides. Tour de piste du novillero et grande ovation à l'arrastre de Misterioso.

TAPADO, n°114, tostado chorreado listón, né en janvier 2010, de PALHA, combattu par Rafael Cerro le 1er septembre à Mont-de-Marsan.
A l'occasion de la novillada-concours des fêtes de Saint-Perdon, le ganadero portugais Joao Folque de Mendoça avait envoyé un magnifique exemplaire au pelage châtain.
C'est par ailleurs ce dernier qui aurait mérité le prix au meilleur novillo, mais le jury décida de l'attribuer au représentant de Pedraza de Yeltes.
Tapado fut brave et beaucoup châtié lors de ses trois assauts face à la cavalerie. Néanmoins, il garda ensuite une noblesse encastée dont ne sut pas profiter Rafael Cerro. Ovation à l'arrastre.

GALAPIAN, n°8, negro, né en février 2010, d'HUBERT YONNET, combattu par Jesús Fernández le 13 juillet à Céret.
Issu du légendaire élevage basé à Salin-de-Giraud, Galapian donna une belle impression sous le soleil cérétan le 13 juillet. Effectivement, le Yonnet prit trois piques avec bravoure et puissance, et permit bien des choses à la muleta. Un bon novillo... complètement gâché par Jesús Fernández.

Florent

(Image : Le A de Miura sur la piste d'Hagetmau)

Corridón 2013

Le temps est venu de jeter un dernier coup d'oeil à l'année 2013. Par la même occasion, je souhaite à tou(te)s ceux/celles qui passeront par ce blog de bonnes fêtes de fin d'année !

Certes, les bilans de la saison taurine ont été nombreux depuis le mois d'octobre. Mais il est toujours plaisant d'évoquer une dernière fois ce que nos rétines ont trouvé de mieux, et c'est un beau cadeau à notre époque, aussi moderne soit-elle, de pouvoir se délecter de la splendeur des toros de combat, et de cette chose unique qu'est la corrida.

Aujourd'hui, un "corridón" des toros combattus en France cette année. Une sorte de top 6 si vous préférez, formant un lot de très haute tenue. Un peu comme les quotidiens sportifs réalisent des "équipes-type", voici un "lot-type" de la saison 2013.
Je tiens par ailleurs à m'excuser d'avance de la subjectivité de son contenu. Et j'ai également quelques regrets, comme le fait de ne pas avoir assisté à la corrida de Dolores Aguirre de Saint-Martin-de-Crau, pour laquelle tous les aficionados ont été unanimes. Aucun des toros combattus ce jour-là ne figurera donc dans ce "Corridón 2013".

Alors, par leur présence, leur puissance, leur bravoure, leur caste, et l'émotion qu'ils ont donné, je retiendrai surtout les six toros suivants.

TANQUISTO, n°10, negro listón, 556 kg, né en janvier 2009, de CUADRI, combattu par Javier Castaño le 15 août à Dax.
C'était un toro sérieux, détenteur du physique typique et unique des Cuadri. Sorti en première position le 15 août à Dax, il fut un toro donnant de l'émotion dès la cape. En quatre rencontres avec la cavalerie, il fut malheureusement mal piqué et on ne put le voir tel qu'on l'aurait aimé à cet instant.
En revanche, ce Tanquisto fut présent en piste du début à la fin. Et dans la muleta de Javier Castaño, il possédait une charge vibrante, brave et encastée, digne des plus grands toros. Un toro qui permettait de se tailler un triomphe d'importance, mais Castaño ne fut pas en réussite avec l'épée.
Grande ovation à l'arrastre de Tanquisto.

CONDESTABLE, n°31, negro entrepelado bragado meano corrido, né en décembre 2008, de SANCHEZ-FABRÉS, combattu par Luis Bolívar le 8 mai à Saint-Sever.
Le 8 mai à Saint-Sever, sous un temps humide, étaient combattus les derniers Coquillas de Juan Sánchez-Fabrés. Le deuxième d'entre eux, Condestable, était haut et charpenté. Certes peu armé, il avoisinait les 600 kilos d'après les dires du boucher les jours suivant la corrida.
Condestable donc, un toro de respect, qui alla a más au cours du combat. Par trois fois, il se rendit promptement à la pique, mais il aurait tout de même pu être mieux mis en valeur.
Au troisième tiers, c'était un toro puissant, encasté et exigeant. Il impressionnait, car il mettait tout son corps dans chaque passe du colombien Luis Bolívar. Le torero donna par ailleurs une faena trop timorée et distante. A Saint-Sever, Condestable fut lui aussi fortement ovationné à l'arrastre.

LAGARTO, n°4, castaño oscuro salpicado listón, 545 kg, né en août 2007, de CEBADA GAGO, combattu par Marco Leal le 31 mars à Arles.
Toro de cinq ans et demi, Lagarto arborait très joliment le type Núñez. Il eut la chance d'avoir sur sa route Marco Leal, qui désira le mettre en valeur à tous les instants. Et c'est ainsi que nous vîmes quatre rencontres entre ce magnifique toro et le picador Gabin Rehabi. Un grand moment, Lagarto partant tout d'abord trois fois avec bravoure et caste vers le châtiment. A la quatrième rencontre, qui fut la plus belle, le toro fut placé au centre de la piste, et le cheval devant la porte des cuadrillas.
Malgré un tiers de piques exigeant beaucoup de forces, Lagarto était encore vif à la muleta. Un grand toro, honoré d'un tour de piste.

VIDENTE, n°33, negro, 622 kg, né en décembre 2008, de CUADRI, combattu par Javier Castaño le 15 août à Dax.
Vidente fut probablement le toro le plus impressionnant de la saison française. Et c'est lui qui occasionna le tiers de piques le plus épique !
Ce Cuadri à la présence extraordinaire dévasta deux fois la cavalerie menée par le célèbre picador Plácido Sandoval. Lors des deux autres rencontres, Vidente confirma sa caste et son poder.
C'était un vrai toro de premier tiers, qui s'avéra ensuite âpre et difficile à la muleta.
Le souvenir de sa puissance et de son poder restera encore longtemps dans les mémoires.

CANTARERO, n°14, cárdeno bragado meano, né en novembre 2008, de JOSÉ ESCOLAR GIL, combattu par Rafaelillo le 21 juillet à Mont-de-Marsan.
Si la ganadería d'Escolar Gil n'a pas connu le triomphe comme en 2012, elle a néanmoins fourni quelques toros très intéressants en 2013.
Parmi eux, Cantarero, combattu sous une forte chaleur (près de 40 degrés) aux arènes du Plumaçon. Après trois piques et une lidia moyenne, Cantarero démontra toute sa caste face au courageux Rafaelillo. C'est d'ailleurs ce jour-là que l'on retrouva le torero de Murcie sous son meilleur jour.
Toro très encasté, peu évident et exigeant, Cantarero permit de voir un beau combat. Il fut honoré d'un mouchoir bleu tandis que Rafaelillo obtint une oreille avec forte pétition de la seconde.

DISPARATE, n°4, cárdeno oscuro, né en janvier 2009, de VICTORINO MARTIN, combattu par Alberto Aguilar le 20 juillet à Mont-de-Marsan.
S'il ne fut pas un toro particulièrement brave, Disparito fut une véritable alimaña dans le type de la maison Victorino. Fortement piqué en deux occasions, cette épreuve n'entama pas son moral.
Et ce fut un combat sous haute tension, entre ce Victorino dur et dangereux, et le matador Alberto Aguilar, très courageux.

A venir, prochainement... Le "Corridón de novillos 2013"...

Florent

(Image de Laurent Larrieu : Tanquisto de Cuadri, à Dax)

lundi 23 décembre 2013

Toréer comme Ayrton Senna

Bientôt, l'année 2014 apparaîtra. Au début de l'été, l'évènement sportif majeur se déroulera au Brésil, à l'occasion de la Coupe du Monde de football.
Aussi, cette année 2014 coïncidera avec les vingt ans de la disparition de l'un des sportifs brésiliens les plus illustres. Ayrton Senna.

En se plongeant dans les archives à l'époque de ce tragique accident, le plus impressionnant était certainement la réaction dans les stades de football le soir du 1er mai 1994. On aurait pu croire au silence profond et invincible. Or à la place, les supporters de clubs brésiliens chantèrent et déployèrent des drapeaux à la gloire d'Ayrton Senna. Un peu comme si leur champion venait de remporter un titre supplémentaire ! Tandis qu'il venait de passer de vie à trépas.

N'étant pas passionné de sport automobile, je ne pourrais enchaîner les descriptions techniques inhérentes à ce domaine. En revanche, la réputation de Senna allait au-delà du simple cercle des férus de ce sport.
Dans les années 1980, Ayrton Senna est sorti de l'anonymat car il était courageux et prenait des risques. Champion du monde à plusieurs reprises, il l'a été car il s'avérait téméraire et sans peur.
En s'intéressant à la carrière de ce coureur automobile, on réalise les risques pris, cette façon de toréer les virages et de vaincre les situations les plus dantesques.

Chez Mc Laren, Senna était vêtu de rouge. Le rouge ! La couleur des toreros vaillants, dit-on par tradition.
Bien qu'elle n'ait pas de rapport direct avec le monde de la tauromachie, la trajectoire d'Ayrton Senna laisse à réfléchir. Certes, le point final de cette histoire fut dramatique pour cet homme adulé, mais c'est l'ensemble de son œuvre qu'il faut mesurer.

Avant de verser son sang et de laisser sa vie dans l'arène de Saint-Marin en 1994, Senna avait montré tant de courage pour se hisser au meilleur niveau.
Aujourd'hui, les toreros les plus adulés ne sont pas ceux qui prennent le plus de risques. Cela ne concerne pas seulement le choix des toros qu'ils affrontent, mais aussi leurs plans de carrière.
Et si être le plus passionnant des toreros n'était pas en fin de compte (hormis le fait de varier les types de toros affrontés) démontrer quelque chose de novateur, et fasciner en prenant plus de risques que les autres ?
Le monde de la tauromachie est à l'opposé de la Formule 1 des années de Senna. Les toreros les plus cotés sur le marché sont ceux qui choisissent soigneusement leurs opposants, tandis que ceux que l'on dénomme maladroitement les "seconds couteaux" ne disposent pas de cette possibilité.

C'est dommage, car voir un torero extraordinaire s'adapter à tout type d'adversaire donnerait une part de rêve supplémentaire. Sans se poser de questions, toréer avec vérité, comme Ayrton Senna toréait les circuits du monde entier...


Florent

samedi 21 décembre 2013

Amigo Joaquín

Peut-être avez-vous déjà eu l'occasion de le rencontrer à Las Ventas, à Céret ou ailleurs. Ce madrilène qui portait fièrement la moustache était d'une gentillesse extraordinaire.

C'était Joaquín Monfil. Il est mort hier matin, à Madrid, aux portes de l'hiver. Et l'annonce de sa disparition nous a donné beaucoup de peine.
Si mes souvenirs sont exacts, j'ai eu la chance de rencontrer Joaquín à Céret, un jour de pluie torrentielle où une corrida de Prieto de la Cal n'était pas allée à son terme.

Très ami avec la famille Florenza de Collioure, il était un aficionado hors du commun. Chaque année à Céret, il nous offrait les cahiers de la prestigieuse association El Toro de Madrid. A l'intérieur, ses chroniques, sur la feria de San Isidro qui s'était terminée.
Les lire était un grand plaisir tellement cela contrastait avec le consensualisme à la mode.
Joaquín avait une afición extraordinaire, austère, sans concessions, mais sans mauvaise foi non plus.
Le genre de passionné décrié par le système, mais jamais inféodé, payant toujours sa place, et parlant sans langue de bois.

Les conversations pouvaient s'avérer interminables, tellement cet homme avait de l'afición, et savait également parler de la chose avec un certain humour. Un humour et une belle imagination, puisque c'est lui qui fut le premier à utiliser le concept ironique de "Julipié".

Les soirs de corridas cérétanes, à Collioure, nous restions parfois de longs moments en terrasse du Café Sola, tard dans la nuit. Le bar le plus connu du village portuaire, et qui faisait toujours sourire Joaquín... puisque son patronyme complet était Joaquín Monfil Sola !

De longues discussions, pas uniquement de toros, et des souvenirs partagés.
Parmi eux, une périlleuse course de son ami Benjamín Gómez (qui élève du Santa Coloma dans la région de Tolède) à Sotillo de la Adrada. Une novillada qui avait débuté à 18 heures pour se terminer aux alentours de minuit.
Sotillo de la Adrada, c'est la Valle del Tiétar, à une centaine de kilomètres à l'Ouest de Madrid. La fameuse Vallée de la Terreur, avec beaucoup de villages redoutés par les hommes vêtus de lumières : Casavieja, Cenicientos, Cadalso de los Vidrios, Pedro Bernardo... Une identité unique, mais des villages qui se sont essoufflés et dont le nom résonne beaucoup moins avec les effets de la crise. Résultat : plus de courses, ou alors une réduction significative.
Mais c'est surtout Casavieja que Joaquín connaissait bien, puisqu'il s'agissait de sa résidence secondaire.

A l'heure qu'il est, les souvenirs se font nombreux, et les paroles manquent. Car Joaquín Monfil va beaucoup nous manquer.

Ce fut une chance de connaître ce passionné madrilène. La passion, entière et dévorante, pour le toro de combat dans toute sa splendeur, et les hommes courageux dignes de les affronter.

Un abrazo Joaquín, siempre estarás en nuestros recuerdos.

Florent

(La traducción está AQUI)

(Image : Joaquín Monfil dans les travées de Las Ventas. Cliché issu du site "Opinión y Toros", auquel il contribuait régulièrement)

samedi 7 décembre 2013

Cahier de vacances (XIV)

PANTHÉON ESCOLAR

Si le froid et l'hiver ont beau s'instaurer en fin d'année, ils ne refroidiront et ne refermeront jamais un cahier de vacances. Au terme d'une saison taurine, les souvenirs restent, de manière plus ou moins diffuse, et sont soit réjouissants, soit cuisants. La banalité pour sa part est rapidement oubliée.

Le froid et l'hiver n'empêchent pas non plus d'écouter des Sardanes. Un genre musical ô combien nostalgique qui peut s'écouter à toutes saisons. La mélodie la plus célèbre en terre catalane reste la Santa Espina, pour laquelle Louis Aragon avait consacré quelques vers dans son "Crève-Coeur" :
"Je me souviens d'un air qu'on ne pouvait entendre
Sans que le coeur battît et le sang fût en feu
Sans que le feu reprît comme un coeur sous la cendre
Et l'on savait enfin pourquoi le ciel est bleu..."

Le 14 juillet dernier, à Céret, la Cobla Mil.lenaria interprétait à merveille la Santa Espina. Et ce fut peut-être le moment majeur de la corrida de clôture de la feria. La Cobla catalane triomphait, avec des mélodies du cru ou bien des pasodobles hispanisants revisités avec ses instruments.
Le 14 juillet dernier, c'était la fête nationale. Pas celle des Escolar. Car ce soir-là, l'aficionado a los toros eut peut-être un des souvenirs les plus amers de la temporada française. Et pourtant, les toros à l'affiche étaient de José Escolar Gil !

Oui les Escolar ! Revenus à Céret en 2008 avec un extraordinaire Mimoso, en 2010 avec un lot d'anthologie marqué par Cuidadoso, en 2011 avec un lot sérieux et encasté, et en 2012 pour le solo de Robleño, et Caloroso, l'ultime adversaire de Fernando pour son seul contre six. Ailleurs, Escolar n'était pas en reste ces dernières années. A Mont-de-Marsan, en 2012 là-encore, on vit Mirlito et surtout Canario. Tant de toros exceptionnels (et j'en oublie...), pour lesquels les superlatifs manquent. Tous porteurs du même fer, tous dignes de rentrer au Panthéon des toros extraordinaires.

2012 fut marquée par le triomphe de Robleño. 2013, c'était l'année d'après. D'habitude, Escolar fournit au moins un toro hors normes chaque saison. En 2013, il y eut de bons Escolar, des novillos et des toros encastés... Des choses au-dessus de la moyenne, mais rien d'exceptionnel pouvant prétendre à la postérité.

Le 14 juillet à Céret, la Cobla s'est chargée de la nostalgie de ces toros d'Escolar qui ont ces dernières années brillé sous nos yeux et dans nos têtes. On revoyait toutes ces estampes portant la caste à fleur de peau...
On en oubliait les toros que l'on était en train de voir ce 14 juillet 2013 à Céret. Des bêtes d'Escolar Gil à la présentation plus que moyenne. Aussi, les sobreros se sont succédés cet après-midi là, si bien que neuf cornus ont foulé le sable. Il y avait aussi du Fidel San Román en réserve...

Loin du festin habituel, la déception du moment était cruelle. Les lidias ont été minables.
Fernando Robleño a coupé une oreille à la saveur très éloignée de son triomphe de l'année passé. Fernando n'inscrira pas cette corrida de 2013 sur son cahier de vaillance.
Fernando Cruz, lui, semblait diminué physiquement, car il est un torero qui a beaucoup souffert dans un passé récent. Impossible pour lui de revenir au niveau qui avait été le sien au milieu des années 2000.
Rubén Pinar enfin, ne restera pas dans les souvenirs après sa première prestation cérétane.

La devise rouge et blanche d'Escolar venait de s'échouer durement dans l'arène catalane. Et l'on avait seulement envie d'enfouir loin dans sa mémoire cette course du 14 juillet 2013. Un jour à oublier.

Cet automne, les membres de l'ADAC ont dû repartir au campo. Ils sont certainement repartis pour prospecter et chercher les toros qui fourniront leur prochaine cuvée.
Les Escolar seront cette fois-ci aux abonnés absents. Dommage que cette histoire récente et idyllique s'achève ainsi. Car à Céret et ailleurs, mais surtout à Céret depuis 2008, les toros de José Escolar Gil ont fait rêver.

L'année prochaine, d'autres toros fouleront le sable cérétan. Peut-être le début de belles et nouvelles histoires ?

En tout cas, suerte et longue vie à l'ADAC. Car il faut toujours savoir repartir.


Florent

mercredi 13 novembre 2013

Les vedettes font l'Amérique

Morante de la Puebla le 2 novembre à Aguascalientes
(Photo de Joaquín Arjona pour Aplausos)
Le mois de novembre venu, les habits de lumières se font de plus en plus rares sur le sable des arènes d'Europe. On y célèbre encore quelques festivals et novilladas sans picadors.
Les moments majeurs de la saison sont écoulés, les toros de guerre sont morts, les toreros vaillants ont rangé – temporairement – leurs armes, et les vedettes sont ailleurs. Parmi elles, il y a l'incontournable Morante de la Puebla.
Ce dernier est peut-être actuellement l'un des toreros qui suscitent le plus l'émotion et la fascination parmi tous les types de publics pouvant remplir les arènes. Et d'ailleurs, c'est une bonne chose que la tauromachie puisse préserver ses multiples aspects mystiques.

La semaine dernière, Morante de la Puebla étrennait sa saison taurine américaine. A l'heure où l'aficionado européen trouve d'autres distractions, les courses de taureaux battent leur plein sur le Nouveau continent.
Il est par ailleurs intéressant de suivre la saison taurine d'Amérique latine, avec des pays (Mexique, Colombie, Équateur, Pérou, Venezuela) ayant fourni bien des toreros intéressants venus se jouer la couenne de l'autre côté de l'Atlantique, chez nous. Et la liste des hommes valeureux serait longue à établir. En outre, la tauromachie d'Amérique latine révèle de bien belles histoires, avec parmi les plus récentes, celle du miraculé Juan Luis Silis qui eut l'immédiate visite de Padilla dès son arrivée au Mexique.

Morante de la Puebla le 3 novembre à Mexico (Photo :
Emilio Mendez pour le site www.suertematador.com)
Mais il y a malheureusement un autre type de corridas qui sévit sur ce continent. Les protagonistes de celles-ci sont souvent connus en Europe. Et parmi eux, il y a bien évidemment Morante de la Puebla. Il n'est cependant pas le seul, car bon nombre de ses coreligionnaires y affrontent les mêmes corridas imprésentables.
En ce moment, les vedettes de la tauromachie font l'Amérique, un peu comme jadis les Charlots faisaient l'Espagne. Quel dommage de voir Morante de la Puebla s'immiscer dans des courses à l'allure grotesque. Tout d'abord à Aguascalientes le 2 novembre où il entendit cinq avis et des broncas, puis à la Monumental de Mexico le lendemain. Les images des adversaires de piètre gabarit parlent d'elles-mêmes.

En juin 2012 à Alicante, Morante avait saisi une paire de lunettes pour la montrer ostensiblement au président qui venait de lui refuser un trophée. Aujourd'hui, on pourrait montrer les mêmes paires de lunettes à Morante, et lui conseiller de les faire voir à ses veedors, et à ceux qui s'affairent pour lui en coulisses.

Alors certes, on dira éternellement qu'Antonio Bienvenida est mort face à une vache de tienta en 1975, que Paquirri a été mortellement blessé par un toro modeste de 420 kilos en 1984. Certes, tout cornu de sang brave peut provoquer le drame.
Mais cela ne saurait justifier les corridas imprésentables que l'on voit chaque année en Europe... et aussi en Amérique.
El Juli le 25 octobre à Juriquilla (Mexique) (photo : Emilio Mendez)
En allant de l'autre côté de l'Atlantique, les vedettes donnent l'impression d'effectuer une saison-basse, un peu comme un grand club de football ferait des matches amicaux. Or, une "corrida de toros" annoncée en ces termes n'a rien d'un match amical, quel que soit l'endroit. La vérité et l'authenticité doivent y régner.

Voir Morante affronter de tels animaux, cela brise quand même le mythe.
Mais le pire, c'est que les vedettes se contentent toujours de la même adversité. Toujours du calcul, et la recherche du cornu le plus toréable, le plus collaborateur. Leur évoquer un toro qui combat du début jusqu'à la fin ferait froncer des sourcils. Cette logique de carrière, c'est du "gagne-petit".
En définitive, l'aficionado assidu aura toujours plus de respect pour le matador valeureux n'ayant jamais le choix de ses adversaires. Des adversaires qui bien souvent sont des toros de premier plan.

Florent

dimanche 3 novembre 2013

Incarner la vérité (II)

Lundi 14 octobre, 1 heure 15 du matin. A ce moment-là, le cher Jean-Pierre Garrigues doit certainement dormir, et rêver de sa horde de manifestants et des sirènes qui pourront résonner quelques jours plus tard. Mais peut-être n'est-il pas encore plongé dans son lit, et déguste une salade de mâche nantaise.
Qui sait ! Et s'il n'était pas en fait en train de manger (en douce) des bonbons à la gélatine bovine, en serrant fort dans ses bras son ours en peluche. L'énigme plane toujours.
Il n'empêche qu'à cette heure-là, l'Europe est plongée dans la nuit et dort sur ses deux oreilles.

A 1 heure 15, en plein bouclage du numéro 862 de Semana Grande, je reçois ce texto :
"Terrible coup de corne de Juan Luis Silis au Mexique".
Je ne connais pas ce Juan Luis Silis, hormis de nom. Je sais juste qu'il est matador, mais je ne sais pas où il torée et quelle est l'ampleur de sa blessure. De l'autre côté de l'Atlantique, c'est toujours le 13 octobre à ce moment-là.
J'essaye de me renseigner, et savoir ce qu'il s'est passé.
Au moment où je réalise la gravité de la blessure de ce torero, je décide de ne rien modifier au numéro de Semana Grande. Ne serait-ce que par honnêteté, et parce que tous les éléments d'informations ne pouvaient être réunis pour réaliser une brève complète.

C'est dans les arènes de Pachuca, au Mexique, que la tragédie a eu lieu. Vêtu d'un habit fuchsia et noir, et sous le vent, Juan Luis Silis, matador aztèque de 32 ans, s'est fait prendre au niveau du cou. En tentant d'en savoir davantage, j'apprends que la carotide a été touchée. Peu de temps après, on nous dit que la plaza a arrêté tout mouvement, et comme un seul être, s'est mise à respecter une prière !
C'est alors que je mesure le terrible coup de froid jeté sur cette arène du Mexique. Peut-être que Juan Luis Silis, torero inconnu sur le sol européen, a déjà ajouté son nom à la liste la plus obscure, mais que l'on se garderait de dévoiler cette information pour le moment.
J'arrive par le biais d'internet à récupérer la retransmission en direct de cette longue course (8 toros au total), mais plus aucune nouvelle information n'est énoncée. On sait juste que le coup de corne est gravissime, et que le pronostic vital est engagé.

Sous le vent froid d'une arène du bout du monde, Juan Luis Silis est venu jouer sa passion à fond, comme il voulait la vivre. Un peu comme tous les torerazos qui peuplent cette Terre.
Quelques temps après, on apprend que la corne n'a pas sectionné la carotide, mais qu'elle a tout de même traversé le visage sur une vingtaine de centimètres.
Dans l'unité des soins intensifs, et entre diverses chambres d'hôpitaux, Juan Luis Silis voyagera les semaines suivant la blessure. Sa vie elle, est sauve. Il est comme un miraculé.
On imagine la balafre qui régnera sur son visage pendant pas mal de temps. En revanche, on ne peut réaliser l'extraordinaire envie qu'ont ces hommes de revenir malgré les blessures les plus épouvantables. C'est peut-être ça incarner la vérité...

Florent

mardi 29 octobre 2013

Incarner la vérité (I)

Dimanche 27 octobre. A Rodilhan, petit village du Gard, des opposants à la corrida partent une fois de plus à la recherche de la médiatisation à outrance. On leur a pourtant dit – par l'intermédiaire d'arrêtés préfectoraux et municipaux – de rester à distance. Ces gens-là défilent sous la bannière d'une association appelée "Comité Radicalement Anti-Corrida", alors que "Comité Anti-Corrida" aurait pu largement suffire !
Que vient donc faire ce "Radicalement" ? Un adverbe inutile, qui résonne dans nos oreilles comme le vulgaire bruit d'un crachat. Comité Radicalement Anti-Corrida, ou "CRAC" si vous préférez, une association officiellement pacifiste. Mais c'est pas du peace and love...
A 600 kilomètres de là, je me doute que ces braves gens sont prêts à tout type d'exaction pour faire parler de leur cause. A l'intérieur, la colère monte, car je commence sérieusement à en avoir marre de ces types qui viennent chaque jour nous traiter de "sanguinaires", de "barbares", de "sadiques", d'"assassins", de "dégénérés", de "tortionnaires" et j'en passe... Alors qu'ils ne connaissent strictement rien à la corrida, que ce soit ses tenants ou ses aboutissants. Ils ne nous connaissent pas davantage nous aficionados, et nos motivations qui nous font aller aux arènes, avec calme, sérénité, et espoir de voir des courses d'anthologie.

L'automne sonne, et l'hystérique cacophonie des anti-corridas est là. Je préférerais ne pas en parler. Normalement, on ne devrait pas en parler. Mais toutes ces chaînes d'information en continu, ces sites où l'on publie des brèves sans même vérifier l'info, et autres, constituent un cocktail parfois surprenant, qui peut conduire à de sérieuses désinformations. Et les coups de sabre donnés à la déontologie journalistique sont légion depuis pas mal de temps.
Rodilhan, dimanche 27 octobre. Les copains sur place me racontent un peu la scène par textos. Dans le village, le périmètre ressemble à la prison des Baumettes, juste parce que des illuminés ont décidé qu'ils mèneraient autour de celui-ci une sorte de "révolte"... contre quelque chose qu'ils ne connaissent pas. Iront-ils un jour manifester devant les abattoirs et les employés qui abattent à la chaîne des animaux ?

Les médias sont dangereux à l'heure actuelle, et ils ont leur part de responsabilité dans bien des dérives. On médiatise n'importe quel sujet, pourvu que l'on suscite l'indignation et surtout l'audience !
A Rodilhan, les antis-corridas cherchaient un sursaut médiatique après leur "glorieux exploit" de Rion-des-Landes fin août. La palme revient quand même à leur chef auto-proclamé, le fameux Jean-Pierre G., dont le charisme est comparable à celui d'un guichetier au péage d'une autoroute. Le brave homme multiplie les recours administratifs et autres pour mettre à mal la corrida, il aime recourir le plus possible au droit... Mais rappelons qu'à la radio, après la décision du Conseil constitutionnel en 2012, ce même Jean-Pierre G. décrivait la France comme une "dictature tauromachique". Son envie de faire de la corrida un sujet de société ne fonctionne pas, alors lui et sa bande de bras-cassés foncent droit dans le mur. Jusqu'où iront-ils ?
Et pourtant, ils ont toujours le culot de définir la corrida comme un "trouble à l'ordre public", ils ont encore plus de culot d'évoquer leur "désobéissance civile". Des concepts totalement éloignés de la réalité. Quelle vérité ces gens-là peuvent-ils incarner ?
Et que dire de leurs insultes et de leurs invectives ? Si ce n'est qu'elles sont lassantes ? En fin de compte, leurs actions ressemblent fortement à une parodie de micro-société.

Et Michel Audiard disait "Les cons ça ose tout, c'est même à ça qu'on les reconnaît".

A suivre...

Florent

lundi 23 septembre 2013

Cahier de vacances (XIII)

L'INCONTOURNABLE

Quand chaque année vient l'heure de la novillada de Saint-Perdon, le crépuscule de l'été débute. Les touristes ayant fait du littoral landais leur villégiature commencent à s'en aller. C'est la fin du mois d'août, et l'été se fait plus frais. Parfois, la pluie s'invite et ce beau Sud-Ouest revient à la vie normale. Ceux qui s'en vont enterrent ou ferment leurs cahiers de vacances. Les enfants eux, optent pour d'autres cahiers et classeurs, scolaires cette fois-ci. On commence à songer aux stylos, et aussi à la gomme, au Blanco et au Tipp-ex, pour effacer les erreurs et inepties.
Des putains de cahiers et classeurs, c'est ce qui aura coûté l'existence aux merveilleuses arènes de Saint-Perdon. Un après-midi de juin 2009, des enfants décidèrent de mettre le feu à leurs outils scolaires. Chacun connaît la suite. Heureusement, il n'y eut aucune victime humaine. Mais la brûlure laissée à cette occasion ne s'effacera jamais.

Courageux sont les organisateurs de Saint-Perdon, d'avoir continué à organiser leur traditionnelle course coûte que coûte. Cette année, c'était le trentième anniversaire de leur entreprise aficionada, depuis leur première novillada sans picadors en 1983.
La brume s'était emparée des routes landaises ce dimanche 1er septembre au matin. Les pensionnaires de Miura, Palha, Pilar Población, Guardiola Fantoni, Murteira Grave et Pedraza de Yeltes auraient eu belle gueule dans l'arène boisée et rectangulaire de Saint-Perdon. Mais pour la cinquième fois, cette course avait lieu au Plumaçon.

On parlera toujours de Saint-Perdon, car c'est une date incontournable dans le calendrier taurin. La novillada-concours se déroulait donc à dix kilomètres de là, dans les arènes de Mont-de-Marsan. Passage du village à la ville, de l'arène rectangulaire et pittoresque au grand rond du Plumaçon. Les anciens et moins anciens auraient certainement aimé voir cette course sur la piste des arènes de Saint-Perdon.

Au programme, six novillos d'une présentation irréprochable, et beaucoup de sérieux dans l'organisation de la course. Des élevages prestigieux et intéressants à voir. Le concours débuta avec un Miura charpenté et très noble dont le novillero Manuel Dias Gomes ne sut s'accomoder. Il continua avec un magnifique exemplaire de Palha, qui aurait mérité de recevoir le prix. Hélas, il ne put aller a más. Ce novillo encasté fut fortement (et mal) piqué en trois fois, mais c'est bien lui qui démontra le plus de bravoure lors de cette matinée. Noble et encasté, il finit par s'éteindre dans la muleta d'un Rafael Cerro très peu inspiré. Ovation à la dépouille de ce "Tapado" de Palha.

Dans ce panel de novillos hétéroclites, on eut aussi deux cornus moins en vue. Tout d'abord le Guardiola Fantoni sorti en quatrième position, très typé Villamarta, mais juste de forces et noble à l'extrême limite de la sosería. Il y eut également le Murteira Grave, un colorado faible et manquant de race.

Ce matin-là, on vit également l'une des plus grandes prestations de novillero de la saison. C'était celle de José Garrido, en grande forme. Dans un habit tabac et or, le jeune n'a commis aucune erreur face à son premier adversaire de Pilar Población, haut, noble mais distrait, et qui regardait souvent l'homme. Garrido a réalisé face à lui une belle faena des deux côtés, avec de superbes détails à chaque fin de série. Il termina par une épée engagée.

Et si c'est le novillo de Pedraza de Yeltes qui remporta le prix, la responsabilité de José Garrido y était pour beaucoup. Ce novillo imposant provoqua deux chutes de la cavalerie, davantage par maladresse de l'équipage que par la puissance de l'assaut. Ensuite, c'était un novillo noble, mobile et exigeant face auquel Garrido a confirmé sa verve. Deux oreilles pour le novillero, tour de piste et prix pour le Pedraza de Yeltes. C'est ainsi...

Au cours de cette matinée riche, on remarqua aussi beaucoup d'autres choses, comme la prestation d'un jeune et prometteur banderillero portugais, Claudio Miguel, déjà remarqué à Hagetmau un mois auparavant.

Ce rendez-vous est probablement l'une des meilleures choses pour mettre un terme à ses vacances. En tout cas, il y aura toujours en toile de fond les superbes petites arènes de Saint-Perdon.

Florent


(Image de Laurent Larroque : Les arènes de Saint-Perdon)

dimanche 22 septembre 2013

Millas : Merci aux cuadrillas !

Les cuadrillas sont souvent remarquées par l'aficionado quand elles ne brillent pas, ou pire, quand elles desservent leur maestro. Aujourd'hui, je voulais dire merci aux cuadrillas. Merci pour vos interventions lors de la novillada-concours du dimanche 11 août à Millas. Certes aux yeux du grand public, elles seront passées inaperçues, et pourtant...
On annonçait une novillada-concours, avec différents prix mis en jeu : un au meilleur piquero (attribué à Oscar Bernal), un au meilleur novillo (à Manzano de Valdefresno) et un au meilleur novillero (Jesús Fernández).

En voyant les comportements des novilleros, on avait l'impression qu'ils étaient focalisés sur le nom des fers et sur les animaux, oubliant l'aspect concours de la novillada. Incapables de mettre les novillos correctement en suerte au cheval.
Merci à Javier Gil d'être parti trois fois au quite pour empêcher le novillo encasté du Laget de prendre trois rations sans mise en suerte.
Merci à Pablo Saugar "Pirri" d'avoir transpiré pour essayer de tordre un Victorino Martín qui connaissait d'entrée le grec et le latin et mit en panique Brandon Campos.
Enfin aux palos, Vicente Osuna brilla par son entrega et Curro Vivas (triomphateur ici-même en 1992 face à une novillada de Sotillo Gutiérrez) par son efficacité. Les picadors essayèrent d'imposer la monopique mais eux aussi comprirent la chose, et mesurèrent les piques pour qu'on puisse profiter de plusieurs rencontres. C'est à signaler.
Quand les cuadrillas connaissent les arènes et leurs publics et veulent jouer le jeu, elles y parviennent. Elles aident alors vraiment les jeunes à se maintenir à flot.
Ce 11 août, ils en avaient vraiment besoin pour ne pas sombrer. Ils essayèrent comme souvent de dérouler une tauromachie stéréotypée face à des bestiaux n'en voulant pas. Aucun d'eux ne s'imposa aux animaux.
Jesús Fernández sera gagnant car il tomba sur le seul animal à la charge conventionnelle permettant le toreo d'école. Le seul qu'ils pratiquent...
Dommage, car dans ces conditions le Laget et l'Urcola resteront à jamais inédits. Eux qui sortirent avec cet entrain et cette caste rustique que seuls les vaillants lidiadores peuvent encore faire briller, mais nous manquons aussi de ces derniers...
Encore merci aux cuadrillas.

David Duran

(Images : Paseo avec Jesús Fernández, Jesús Chover et Brandon Campos / Novillo de Victorino Martín / Novillo d'Urcola)

L'ordre de sortie des novillos combattus lors de la novillada-concours du dimanche 11 août à Millas : 1/ "Guindaleto", n°34, cárdeno salpicado (né en mars 2010) de Miura.
2/ "Guapo", n°447, negro listón (né en mars 2010) du Laget.
3/ "Vencedor", n°59, cárdeno (né en mars 2010) de Victorino Martín.
4/ "Manzano", n°52, negro (né en novembre 2009) de Valdefresno.
5/ "Astillero", n°402, negro listón (né en novembre 2009) des Frères Jalabert.
6/ "Parillo", n°21, negro bragado meano corrido girón axiblanco calcetero lucero (né en mars 2010) d'Urcola.

samedi 21 septembre 2013

Cahier de vacances (XII)

VIDENTE ET L'ÉVIDENCE

A Dax le 15 août, ils ont joué Carmen quelques instants avant l'inédite corrida matinale. Une mélodie avec un chanteur lyrique en accompagnement. 
Un paseo à 11 heures et des poussières avec au moins une vedette à l'affiche, et "Toréador" comme fond sonore. Je n'irai pas jusqu'à dire qu'à cet instant précis on se serait cru dans la préfecture du département du Gard. Mais on n'en est pas loin.
Je ne me souviens même plus de ce qu'a donné la Fuente-Ymbrade de ce matin-là. Une parmi tant d'autres dans le calendrier taurin 2013.

L'après-midi toujours à Dax, c'est une corrida de Cuadri. A une période charnière de l'été, le 15 août, jour de l'Assomption nous dit-on.
Peu après 19 heures 30, la vérité éclate au grand jour sur le sable landais. La vérité porte le nom de Vidente, littéralement "voyant". C'est un toro de Cuadri, d'une présence extraordinaire, un colosse portant magistralement les 622 kilogrammes accusés sur la balance. Peut-être le toro le plus impressionnant de la temporada. D'emblée, il semblait vouloir passer sa tête et regarder derrière les burladeros, et renifler ce qui pouvait bien s'y cacher. Voyant et voyeur ? Et puis les clarines dacquoises ont sonné...

Première pique, et Vidente est venu mettre un missile sorti du fond des âges à la cavalerie. Le batacazo fut une explosion. Le plus impressionnant, c'était de voir le Cuadri monter sur le cheval une fois ce dernier à terre. Un peu comme un soldat criant sa victoire à la fin d'un combat.
D'habitude, la pression retombe et les choses redeviennent plus calmes dans ce genre de circonstances...
Mais à la deuxième rencontre, Vidente est revenu encore plus fort. La cavalerie était de nouveau au tapis, et le picador coincé sous la tête de l'équidé. Et ce n'était pas n'importe quel picador ! Le plus célèbre à l'heure actuelle : Tito Sandoval.
C'était terrible de le voir coincé sous ce cheval. Son arrogance et sa confiance habituelles venaient de laisser place à la fragilité. Le picador Tito Sandoval était redevenu homme, à la merci d'un guerrier d'anthologie de chez Cuadri.
A la troisième pique, l'équipage ne fut pas catapulté, mais Vidente venait de démontrer une fois de plus son poder extraordinaire. On avait là face à nous une sorte de bravoure primaire, rugueuse, sèche comme les terres de la province de Huelva en plein été. Un été sec et d'enfer, rien à voir avec une éventuelle douceur. Une quatrième rencontre, et Tito Sandoval put regagner les stands dans la douleur, après avoir oeuvré pour un salaire de la peur.
Vidente, c'était un toro de guerre, et cela ne faisait aucun doute. Sa puissance avait de quoi faire pâlir les maillots du XV de Nouvelle-Zélande, titulaires et remplaçants réunis. Ce toro venait de démontrer sur la piste de Dax quelque chose de rarissime, et même impossible à retranscrire.

Heureusement que c'est Javier Castaño et sa cuadrilla qui furent charger de combattre un tel toro. Certes, ils ont parfois tendance à en faire trop, mais tout de même, quel luxe dans la lidia ! Adalid et Sánchez ont salué après les banderilles, et Marco Galán a été bon dans la brega. A la muleta, Vidente était un toro très dur, en gardant la tête en haut. Une mission périlleuse pour Javier Castaño, qui écouta ensuite des sifflets (assez durs il faut le reconnaître) après un échec à la mort. Castaño a donc entendu des sifflets excessifs, et Vidente également. Le Cuadri a été en partie conspué par des gens qui ne pouvaient le cataloguer dans la catégorie des "toros complets". Ceux qui ne jurent que par ce concept abstrait de "toros complets", considérant les autres comme mauvais.
L'ironie du sort, c'est que ces personnes-là adulent parfois des toreros comme Morante. Ils acceptent de Morante que celui-ci rende copie blanche sept ou huit fois sur dix. En revanche, ils n'acceptent pas ce qui s'assimile pour eux à un "toro incomplet". Victimes de leur propre incohérence, ils se mettent à gueuler dès qu'ils ne voient pas leur toro standard de référence.

Vidente méritait l'ovation, et nous fûmes quand même beaucoup à lui donner. Cependant, l'ovation n'aurait jamais pu être aussi forte que la puissance qu'il venait de répandre. Un toro de premier tiers, un toro de guerre.

Il y avait Vidente, mais également Tanquisto, le premier Cuadri de l'après-midi. Et Tanquisto fut... un grand toro ! Mal piqué et assez inédit en quatre rencontres lors du tiers initial, ce toro d'ouverture alla a más au cours du combat, avec caste, offrant dans la muleta une charge vibrante et d'une grande intensité. Il y eut deux autres toros exploitables (mais qui sont partis sans être toréés), les deuxième et troisième, ainsi que deux autres d'un moindre ton, cinquième et sixième bis, faisant terminer la course sur un sentiment d'inachevé. Avec les quatre premiers Cuadri de Dax et les deux derniers combattus à Céret, vous aviez là et de loin le lot de TOROS de l'année.

Florent

(Image de Laurent Larrieu : La fureur de Vidente lors du tiers de piques)

Cahier de vacances (XI)

LE RETOUR DES RASO DE PORTILLO

J'ai attendu que les vacances soient terminées pour reprendre le cahier destiné à cet effet. Le cahier s'est jusqu'alors avéré aride et peu garni.
Parmi tant de choses qui se sont déroulées cet été, il y avait bien entendu Parentis. Un fief, un lieu incontournable pour celui qui aime les novilladas et les élevages peu vus le reste de la saison.

Parentis-en-Born, samedi 10 août. Grand beau temps, un été de première catégorie. Sur les gradins, une très belle entrée, et peu de places libres. En arrière-salle, ce sont six novillos de Raso de Portillo qui attendent.
Deux semaines auparavant, les grands frères du même élevage avaient déçu bien des espoirs du côté d'Orthez. Et on aurait très bien pu croire que la novillada parentissoise serait à l'unisson.
A Parentis, pas de commémoration. On aurait très bien pu pourtant, car avec cette course du 10 août, c'était le cinquantenaire d'une activité taurine ininterrompue dans ce village landais. Depuis le 7 juillet 1963, pas une seule année n'est passée à Parentis-en-Born sans cornes et sans hommes pour les affronter.

Venir à Parentis n'a rien à voir avec un séjour de plaisance pour les novilleros qui s'y rendent. Le bétail est costaud, exigeant, et il convient d'aller au charbon comme on dit dans le jargon. Pas de commémoration donc pour le cinquantenaire, mais une nouvelle porte dans les arènes, près du toril. Une nouvelle porte de paseo. Un symbole sûrement pour les cinquante ans.

Ainsi pour 18 heures, ce sont les novillos de Raso de Portillo qui étaient annoncés. Le fier bétail du fer des frères Gamazo revenait dans son fief, avec un lot fort bien présenté. Tout avait pourtant très mal commencé.
Le novillo d'ouverture, très faible, aurait pu être passible du mouchoir vert. Noble mais sans aucune force, sa vie publique dans l'arène a été allongée par le catalan Jesús Fernández qui s'éternisa avec la ferraille. Ce fut le moment de moindre intérêt lors de cette course.
Pour le reste, on vit un lot confirmant la catégorie et la réputation de Parentis, un vrai lot de novillos, intéressant, exigeant, souvent encasté, et se rendant à seize reprises face à la cavalerie.
Au deuxième, bien piqué par le picador (et mayoral) Juan Agudo, Imanol Sánchez fut appliqué tout au long du combat et toréa avec décision le noble Raso de Portillo. Hélas, les aciers furent aux abonnés absents.
Avec Nefasto, le quatrième novillo de l'après-midi, on pensa à un célèbre dicton. Presque une sentence : "Le toro remet chacun à sa place".
Charpenté, Nefasto alla quatre fois à la pique avec force et caste. Sa confrontation avec le picador Miguel Angel Herrero fut très intéressante et intense. Ensuite, Jesús Fernández se retrouva seul en piste avec Nefasto. Face à la caste, le novillero trentenaire connut un cauchemar, et apparut sans confiance. Débordé, il fut même fortement secoué à un moment. Absence de Fernández, remis à sa place et renvoyé à ses chères études. Et un, et deux... Et trois avis ! Nefasto, beau et encasté, eut droit à une mort lamentable, en étant puntillé près des planches. Il reçut une juste ovation à l'arrastre, tandis que Fernández écoutait la bronca en partant à l'infirmerie... et à Millas. Cada uno en su sitio.

Au cinquième, répondant au nom de Melancólico, Imanol Sánchez donna la plus belle image que l'on puisse voir d'un novillero. L'envie et le plaisir d'être là, et le don de soi à chaque instant. Le Raso de Portillo n'était pas évident, prenant les piques sur la défensive, occasionnant un duel en cinq manches aux banderilles avec Imanol, et donnant du fil à retordre de façon permanente. A la muleta, on vit un grand combat, car Melancólico était très encasté, avec du poder et du danger. Imanol livra une vraie bataille, et fut même touché à la jambe. Certes, le novillero ne remporta pas la partie, mais il venait de démontrer un immense mérite. Après une belle épée engagée, une oreille n'aurait vraiment pas été de trop.

Le troisième novillero du jour était Luis Gerpe. Même s'il repartit sous le silence des arènes de Parentis, il ne démérita pas. Aussi bien face à son premier, difficile, et qui sauta dans le callejón à son entrée en piste ; que face au dernier, brave lors de la première pique, compliqué et exigeant. Gerpe est encore un débutant, mais patience, il a le temps.

Si la sortie orthézienne laisse quelques doutes sur le fer de Raso de Portillo à l'âge adulte, il ne fait en revanche aucun doute que cet élevage doive revenir en France en novilladas...


Florent

mercredi 21 août 2013

Cahier de vacances (X)

CENT SECONDES A NOUS TOISER

Les courses ont beau s'enchaîner à un rythme endiablé lors de cette dernière quinzaine, il y a bien un souvenir qui en surpasse d'autres. Bien entendu, certains moments qui ont eu lieu depuis ont été d'un grand intérêt. J'y reviendrai...
On dirait qu'internet et les nouvelles technologies donnent parfois un nouveau sens à la tauromachie. Une nouvelle perception, comme si on en oubliait que le toro mourait dans l'arène. La première préoccupation à l'heure actuelle, c'est la performance, de savoir si El Niño del Pico a fait "silence et silence" ou si El Rey del Atraco a coupé quatre oreilles et une queue. Jusqu'à en oublier le trépas du cornu dans l'arène, qui ne serait en fait qu'un simple objet de spectacle. C'est peut-être l'époque qui veut ça...

Je pense encore à Pies de Plomo, le troisième Valdellán, immatriculé 222. Notre ami vicois Yann Bridonneau a eu la chance de le côtoyer lui et ses congénères pendant une semaine précédant la novillada. Yann en a même ressorti ce magnifique cliché, où le beau Graciliano regarde fixement l'horizon.

En définitive, peu de personnes ont vu Pies de Plomo mourir dans l'arène. Car Pies de Plomo est mort, tandis que d'autres mille fois moins braves sont revenus à leurs pâturages de naissance. Pour cette course de Valdellán, les chanceux présents pourraient très bien se prévaloir d'un "j'y étais". Mais cela n'a aucun intérêt.

En piste, Pies de Plomo n'a pas eu le droit à un tour de piste final. C'est ainsi. Paraît-il qu'il a trop tardé lors du tiers de piques. Qu'importe, on ne pourra réécrire le moment, et il a déjà été ovationné à la hauteur de sa grandeur.
Je me souviens de ce novillo exceptionnel, s'arrêtant en plein centre de la piste, nous toisant, puis repartant donner l'assaut au cheval pour des rencontres d'une intensité monumentale. Nous avions le temps, il fallait être patient. Novillo de caste brave, Pies de Plomo aurait mérité la vuelta al ruedo. La nuit tombait sur Vic-Fezensac, et l'on savait encore pourquoi on tenait tant aux courses de toros. Certainement pour des moments comme celui-là.

Et dire qu'il y a des personnes qui ne voient dans le toro que noblesse, faiblesse ou vices. Dramatique...

Tu seras torista mon fils.


Florent