mercredi 13 mars 2013

Soleil Levant

En Espagne métropolitaine, Valencia et sa région sont les premières à voir le soleil se lever le matin. On appelle par ailleurs cette contrée "Levante", tandis qu'à l'Est, seul l'archipel des Baléares a le privilège de voir apparaître le jour un peu plus tôt.
Valencia, mardi 12 mars, le soleil ne s'est pas levé. On se demande d'ailleurs (au figuré) quand se lèvera-t-il pour cette région touchée de plein fouet par le désastre économique et social. La morosité se ressent là-bas, et que dire alors du remplissage des tendidos...
Samedi, dimanche et lundi, il y avait des novilladas à la sauce Jandilla. Elle était plutôt mièvre d'ailleurs, cette Salsa Jandilla qui a rythmé le début de feria.
Et mardi, c'était au tour des Albaserradas. Au programme, une corrida d'Adolfo Martín, à la présentation sérieuse. Disons-tout de suite qu'à Valencia, la lidia n'est pas le sport national, puisqu'en cet après-midi : seul un puyazo sur douze fut acceptable, à mettre au crédit de Francisco Tapia face au cinquième. Pour le reste, ce fut un festival de piques hyper-traseras, dont ne se sauva même pas le prestigieux Tito Sandoval devant le dernier toro. Des lidias escamotées donc, des épées mal logées aussi, et peu de monde sur les gradins pour voir tout cela.
Du lot d'Adolfo Martín, tous les toros étaient âgés d'au moins cinq ans, et trois d'entre eux s'appelaient Aviador.

Sous un ciel voilé, le bal s'est ouvert avec un toro austère. Il portait le nom de Madroño, un negro entrepelado dur, âpre et dangereux face auquel Antonio Ferrera dut livrer bataille. Dans la grisaille, les hostilités étaient explicitement lancées.
Côté toros, il y en eut certains difficiles à divers degrés, comme l'avisé deuxième ou encore le cinquième. Et deux autres Adolfos au comportement encore différent, puisque le quatrième était distrait avec un manque de race sous-jacent, et le dernier s'éteignit vite. En plus, ils furent tous mal lidiés.

Dans ce lot de toros âgés, il y en avait un autre aux portes des six ans. Aviador, le troisième. Un toro au pelage gris et aux armures larges. Enfermé lors de sa première rencontre à la pique, on ne put le voir comme on l'aurait aimé lors du tiers initial. Et puis, malgré une piètre lidia, on vit le grand toro qu'il était en fin de combat. Face à lui, dans un sombre habit violet et noir, David Esteve aurait pu quitter l'anonymat. Esteve est un matador de Valencia, qui de temps à autres doit s'exiler au Pérou pour combler l'aridité de son agenda. David Esteve aurait pu frapper un grand coup et tendre à la prospérité. Car sur ses deux cornes, Aviador possédait quelque chose de pas banal. C'était une bravoure sans niaiserie, avec de la transmission. Un vrai toro de triomphe. Pour le bagage qui est le sien, Esteve n'a pas fait une mauvaise faena. Courageux, il a été nettement en-dessous d'Aviador. Le museau de ce dernier volait bas, et l'on avait envie d'entonner des "olés" rien que pour cette charge somptueuse... Aviador n'était pas un bonbon. Par ailleurs, l'innocent Esteve commit plusieurs erreurs durant sa faena, mais grand seigneur, Aviador le pardonna à chaque fois. C'était un toro gris, portant fièrement ses six ans, et il ne fut que discrètement ovationné au moment de quitter l'arène. Vite... Que le soleil se lève...

Florent

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire