samedi 6 avril 2013

La troisième voie

L'aficionado engourdi par les rudesses hivernales attend généralement avec impatience l'apparition des premières affiches. C'est le signe du retour des toros dans son quotidien. Cette année, notre attente fut comblée avec de nombreuses programmations à connotation "torista", et ce même dans des lieux non convertis à la cause. En Espagne, les stars s'annoncent face à des élevages souvent délaissés, voire jamais affrontés. Tout cela sent bon, trop bon à vrai dire...
L'aficionado averti a du mal à croire que le mundillo serait devenu "torista" l'espace d'un hiver. On a du mal à imaginer Don Simon, le producteur de spectacles (et non le jus de fruit espagnol), en chantre du torisme. Un jour, il m'expliquait que les aficionados purs et durs devaient tout au plus représenter 5 % du public remplissant son grand amphithéâtre romain dans les années 90... et qu'en substance nous ne comptions pas pour grand chose. Pas la peine de gesticuler.
Quasiment un quart de siècle plus tard, la crise est apparue dans l'économie taurine. Avec un pouvoir d'achat en baisse, le spectateur occasionnel ne se rendant plus vraiment aux arènes. En Espagne, la première mesure a été la réduction drastique des spectacles. Aujourd'hui on s'attaque à la reconquête du public. En France, cela se traduit par le regain d'intérêt envers ces fameux 5%. Ceux qui hier nous vendaient de l'art, se transforment en "VIP de l'émotion". L'émotion du toro toro, la seule, la vraie, l'unique, qui puisse légitimement favoriser le retour du public aux arènes. Mystère et suspicion quand les arguments des aficionados et ceux du mundillo se rejoignent ! Chat échaudé craint l'eau froide.
A y regarder de plus près, ce torisme-là manque d'envergure, de légitimité. Les figuras font des gestes : El Juli face aux Miuras, Talavante face aux Victorinos. Il suffit de mesurer vers quoi tendent ces deux devises et vous aurez la réponse. Rappelez-vous aussi de l'une des seules prestations du Juli face à des toros de Miura, à Valencia lors d'une feria de juillet.
On nous sert des mano à mano à foison parfois couplés à des défis ganaderos de 2+2+2 toros. Mais quel intérêt ? Pour les mano à mano on réduit les coûts, et dans le défi sous cette nouvelle forme, il n'y a plus de tirage au sort des toros (exemple de Castellón). Où est l'équité ?
De même, on retrouve toujours les mêmes élevages "toristas" dans les grandes ferias : Miura et Victorino hier, Fuente Ymbro aujourd'hui ! Que fait-on pendant ce temps-là pour sauver les Coquillas, Urcolas et autres sangs minoritaires ? Les programmer pour leur permettre de survivre ? Et bien non. Seules les petites structures s'y essaient, accueillant à bras ouverts et sans démagogie nos fameux 5 %.
On remarque aussi que les toreros dits "de deuxième file" ne sont plus programmés pour affronter certaines corridas dures. On met à l'affiche dans ces courses (que certains qualifient d'impossibles), des toreros plus qu'inédits. Certains d'entre eux ne toréant presque jamais. Jolis cadeaux pour ces derniers et pour les aficionados qui risquent de ne pas se précipiter aux guichets. Du coup j'ai l'impression qu'après les "toristas" et les "toreristas", le mundillo a créé cet hiver une sorte de troisième voie : "le torisme discount".

David Duran

1 commentaire:

  1. Il m'avait échappé que Miura, Victorino et Fuente Ymbro soient depuis 5 ans des ganaderias toristas. Les exemplaires des 2 premiers que j'ai vu jusqu'à l'an dernier auraient pu être estamplillés Domecq,pour le 3ème c'est déjà fait.
    En fait, c'est lorsque les figurasses commencent à se rabattre sur un élevage qu'il faut commencer à se poser des questions sur l'état de caste de celui-ci.

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