mardi 21 mai 2013

La douche écossaise

Rares sont devenues les belles affiches de corridas à admirer sans arrière-pensée, puisqu'elles ont progressivement été remplacées par des illustrations d'art abstrait dont on a parfois du mal à comprendre les tenants et les aboutissants. Celle de Vic-Fezensac 2013 est belle, composée du haut d'un cornu au premier plan, et au second d'un dessin représentant les gradins de la plus emblématique arène gersoise.
Tout au fond, c'est un ciel bleu printanier voire estival que le peintre a désiré représenter. Mauvais présage, car pour cette feria vicoise, le ciel n'était pas à la fête. L'horizon bleu paraissait si lointain.
Il y a un mois, lors d'un séjour en Écosse, et en allant voir par curiosité une rencontre footballistique entre les Hibernian's d'Édimbourg et Aberdeen, je m'étais dit que jamais dans la saison taurine à venir, il n'y aurait pires conditions climatiques. Mais voilà, depuis le début de saison, nombreuses ont été les villes taurines à connaître pendant leurs ferias un contexte en proie à l'air océanique...
Pour le match de Division 1 écossaise – par ailleurs d'un faible niveau –, le vent et la bruine de la Mer du Nord congelaient jusqu'aux plus infimes os du corps.
En Écosse, on pourrait penser au caractère rude des gens, comme l'illustre par exemple le jeu de rugby de l'équipe nationale. Pourtant, ce côté rugueux est contrebalancé par des filles charmantes et à la voix douce. Nostalgie d'Outre-Manche.
Je m'étais trompé en pensant qu'il ne pourrait y avoir pires conditions climatiques que le lundi 22 avril à l'Easter Road Stadium d'Édimbourg. A Vic-Fezensac, le samedi 18 mai, c'était la pluie, le vent, et le froid avec ses 7 maigres degrés. Douche écossaise. Corrida-concours reportée, et n'étant pas Alain Gillot-Pétré, de météo je cesserai de parler...

Dimanche matin, trente minutes avant la course, l'horizon bleu est toujours absent. Le ciel a triste mine, et l'on m'annonce avant de monter sur les gradins la disparition d'André Floutié, dit "Fritero". Un grand picador, un personnage haut en couleurs, génial et unique en son genre, témoin tout au long de sa carrière de l'évolution du tiers de piques, et de la corrida par la même occasion. Fritero aura marqué une grande page de l'histoire taurine française, et sa mort nous a affectés.

Face au premier toro matinal, du fer de Mauricio Soler Escobar, c'était Rafaelillo, qui de loin faisait penser à Jean-Pierre Papin vêtu de lumières. Le pensionnaire d'Escobar, un magnifique Graciliano, âgé de cinq ans et aux armures pointues, ne fut pas ménagé à la pique, avec à trois reprises de fortes et médiocres rations de fer. Malgré quelques assauts sournois en début de parcours, ce "Rociero" était un très bon toro, gardant jusqu'au bout la gueule fermée sans jamais accuser le lourd châtiment initial. Face à lui, Rafaelillo JPP ne parvint pas à concrétiser les nombreuses occasions de but, car il était question d'un bon et intéressant toro.
Après ce combat, la corrida s'est éteinte progressivement. Au deuxième, Manuel Escribano, courageux, banderillero périlleux et d'une envie incomparable, donna une belle impression, et coupa une oreille fêtée après une faena se déroulant à la Pointe du Raz en Bretagne. Les autres toros, de José María Escobar ou de Mauricio Soler Escobar, étaient tous de belle présentation, avec certains très mansos, d'autres manquant de race, et la plupart recevant globalement une mauvaise lidia. Même s'il est d'un métier très limité, il faut saluer le grand courage de Paco Ureña face au dernier toro de la matinée, tandis qu'il n'y avait aucune récompense à récolter.

L'après-midi, quatre des six toros de Cebada Gago furent très intéressants, avec certains vraiment braves au cheval. Quel bonheur de voir Fernando Robleño monter sur le ring vicois face au quatrième toro, puissant, encasté, mobile et agressif. D'entrée de jeu, à la cape, Robleño avait décidé de ne pas reculer. Dolorido prit deux piques qui n'entamèrent en rien son tempérament, il aurait même pu en recevoir une troisième. Après, ce fut un grand combat, avec une tauromachie vivante et intense. Des séries de la main droite et de la main gauche comme des rounds de boxe, avec un Robleño en verve, courageux et aguerri. De nombreuses fois, le toro de Cebada aurait pu accrocher Fernando, mais ce dernier ne céda jamais, et coupa une belle oreille après une entière tombée (mais engagée) au second essai. Fernando Robleño est parti pour conserver sa ceinture encore longtemps.
Fernando Cruz lui, a perdu sa ceinture depuis des lustres, à l'époque de sa gloire de novillero dans le Sud-Ouest, c'était il y a quasiment dix ans. Il n'est pas à accabler, car les forces physiques semblent lui manquer, amoindries par des blessures récurrentes.
Enfin, David Mora ne donna jamais de distance face à un premier adversaire très armé, encasté et exigeant, puis fit un beau début de faena avec le sixième, avant d'accumuler les séries et de perdre le fil. Ce sixième, brave à la pique, fut très noble avec de la vivacité dans la muleta. Et David Mora venait de passer à côté d'un lot pour couper trois voire quatre oreilles...

Tard le dimanche soir, l'horizon bleu était toujours absent, et il était temps de quitter Vic, avec les billets du samedi après-midi légués à un ami...

Florent

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