jeudi 23 mai 2013

Roi de pique

Parti un jour pluvieux du mois de mai, André Floutié, dit "Fritero", était l'archétype du picador.
L'archétype oui, du fait de sa carcasse imposante, de sa corpulence, et de sa façon d'être dans l'arène.
En le voyant, on se disait – sans savoir l'expliquer de manière rationnelle – que cet homme était certainement plus picador que beaucoup d'autres.
Fritero a passé sa vie à piquer des toros, de la fin de la décennie des 70's jusqu'à l'an dernier. Il aura accompagné beaucoup de toreros aussi, et des français de toutes générations, que ce soit Robert Pilès, Nimeño, Richard Milian, Stéphane Fernández Meca ou Denis Loré.
A le voir dans l'arène, et à l'entendre parler, on remarquait bien que "picador" était un métier à part entière. Fritero lui, représentait pour de vrai cette profession, celle d'hommes dont le coeur bat aussi vite que les piétons au moment du paseo.

André Floutié était un personnage pittoresque, LE picador dans toute sa splendeur. Il est une évidence d'affirmer que cet homme, assis sur sa selle, a affronté tous les toros de la création, les plus braves, les plus durs, les plus mansos, et tous les autres. Souvent, l'incompréhension pouvait être au rendez-vous, et Fritero disait même qu'il était un "mal-aimé" de la corrida.
C'est vrai que le tiers de piques est probablement le moment le plus compliqué à appréhender pour le grand public lors d'une course.
Pour être picador, il doit falloir une sacrée force physique et mentale, et bien du courage. Lors des tardes de toros jonchant sa carrière, Fritero a tout connu, les batacazos avec de graves blessures parfois, les sifflets, les broncas interminables, mais également les ovations, les tours de piste, et aussi des trophées primant le tercio de varas.
Avec Fritero, c'est une page qui se tourne, une philosophie du tiers de piques, une façon d'affronter les toros assis sur la selle d'un cheval. Fritero n'était pas le premier picador français de l'histoire, mais il fut en tout cas une sorte de précurseur, forçant le respect et incitant les vocations.

Un souvenir d'après-tienta chez François André me revient alors. Ce jour-là Fritero parlait, l'oeil défiant les Alpilles aux alentours, un verre de boisson anisée à la main, une Gitane sans filtre dans l'autre, en évoquant avec une précision implacable une course d'il y a une vingtaine d'années : l'arène, le torero aux ordres duquel il officiait, la ganadería, la cavalerie, et le nom du cheval qu'il montait !
Grand picador, Fritero était un homme passionné comme on en voit peu. Picador, il l'aura en fait été jusqu'au bout.
Un jour, dans un reportage audiovisuel, il avait énoncé une phrase prêtant à réflexion : "Dans l'arène, le picador est le seul homme à pouvoir mesurer la véritable force du toro, car il l'a au bout de son bras". Oui, le tiers de piques est une épreuve de force, primordiale, comme les propos de cet homme l'illustrent. Une épreuve grâce à laquelle on assiste parfois à des moments grandioses...

Une chose est sûre, Fritero était un Roi de pique. Et dans nos mémoires, il le sera encore longtemps.

Florent

(Image de François Bruschet : Fritero face à un manso de Miguel Zaballos en 2007 à Arles)

3 commentaires:

  1. Merci pour ce bel hommage à André en lisant ce texte je l'ai revu une dernière fois - Qu'il repose en paix au Paradis avec ses amis toreros et toros.

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  2. Merci pour ce bel hommage à cet homme si riche, si professionnel, si combattant jusqu'au bout. Il a mérité la vuelta dans les arènes avant d aller rejoindre les étoiles. Il nous laisse tant de bons souvenirs . Fritero mérite le Royaume des grands. HV

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  3. Gracias por tu "toreria" que descanses en paz

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