jeudi 9 mai 2013

Six toros pour survivre

Et puis je me suis délesté de 9 euros pour un paquet de Marlboro Light sur une aire d'autoroute, hier soir, au retour de Saint-Sever. A une autre époque, il paraît que le même paquet – dans un lieu pas autant surtaxé – , coûtait 10 francs, voire moins. Mais je n'ai pas connu cette époque-là.
Je n'ai pas non plus connu l'époque où les toros d'origine Coquilla étaient en vogue, parmi lesquels ceux appartenant à l'élevage de Sánchez-Fabrés. Hier, d'après les dépêches officielles et la volonté de l'éleveur, c'était la dernière corrida du fer de Sánchez-Fabrés. Et j'ai bien du mal à réaliser cela.

Dernièrement, les pensionnaires de Sánchez-Fabrés ont foulé le sable des arènes à un rythme aussi fréquent qu'une année bissextile. Ainsi, rares auront été les dernières occasions de voir ces toros en piste.
Hier, il a plu pendant une bonne partie de la journée à Saint-Sever. Sauf le matin, pour la novillada sans picadors – à laquelle je n'ai pu assister – et pour la corrida du soir. Pour la petite anecdote, lors de la novillada matinale, il y avait un exemplaire de l'élevage landais de Malabat baptisé "Futur" ! Un nom en totale rupture avec ce qui allait se passer l'après-midi.

A 18 heures 15, plus une seule goutte de pluie, et la corrida pouvait commencer avec un petit retard. On aurait dit un ciel de fin de saison, oscillant entre le gris et le blanc. De présentation, les Sánchez-Fabrés étaient très inégaux de par leurs morphologies. Au niveau des armures, elles étaient souvent abîmées, voire astigordas, mais cela, nous le savions bien des semaines avant la corrida. A la pique, les représentants de l'encaste Coquilla n'ont pas montré tellement de bravoure, mais il faut dire aussi qu'ils auront été peu mis en valeur à ce moment du combat. Au final, plusieurs toros furent très intéressants, avec bien des possibilités, et une belle réussite pour cet élevage dont les sorties sont si peu fréquentes.

Et puis il y a eu ce deuxième toro, Condestable, numéro 31, corpulent et peu armé. Luis Bolívar l'a superbement accueilli à la cape, sans jamais reculer. Et il faut le souligner, car les véroniques exécutées par le colombien étaient belles, et ce n'est pas si souvent que l'on voit aussi bien toréer de cape. A la pique, Condestable alla trois fois, promptement et avec un beau galop. Il fut généralement mal piqué et carioqué. Après cela, Raúl Adrada lui posa deux magnifiques paires de banderilles.
Dans la course, Condestable avait succédé à un congénère distrait et orienté par une piètre lidia. Mais Condestable lui, s'est grandi au fil du combat. Luis Bolívar l'a toréé de façon périphérique, sans vraiment s'engager, mais l'on admirait la superbe charge de ce toro, qui venait avec force, caste et émotion. Un grand toro, un vrai, avec de la caste. Son arrastre fut justement ovationné. Et si à ce moment-là, il s'était mis à pleuvoir des cordes, ou à tomber de la grêle, et bien cela n'aurait pas été grave... La seule vue de ce toro méritait le déplacement.

Hier à Saint-Sever, on a vu six toros de Sánchez-Fabrés, un élevage dont j'ose à peine imaginer la fin de parcours. Six toros, dont cet excellent Condestable, et également Español, le sixième, encasté et sans une once de docilité. Six toros, tous très différents, mais d'un intérêt certain. Et il paraît que dorénavant le pavillon qu'ils ont fièrement représenté ne flottera plus...

Florent

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