mercredi 19 juin 2013

Piètres de la Cal

Les mathématiques de la tauromachie comportent un certain nombre de théorèmes invisibles, implicites mais rarement démentis. Par exemple :
Lorsqu'une corrida dite "torista" s'avère être un fiasco, l'échec est encore plus retentissant que pour une corrida dite "commerciale". D'ailleurs, personne n'a inventé cet état de fait, et c'est ainsi. Pourquoi ? Peut-être car les toros dits "commerciaux" n'ont pas vocation à "tout casser" et que leur faiblesse est plus attendue que celle des toros réputés pour leur caste et leurs exigences.

Dimanche à Aire, jour de fête des pères, on cramait sous la grosse trentaine de degrés ensoleillés. Le cartel avait de quoi fonder des espoirs – et comment ! –, puisque c'était quasiment le même que celui du 15 septembre 2012 à Céret. Au paseo, on s'aperçut que les gradins du soleil étaient quasiment vides, et cela donna lieu à des interrogations loin d'être infondées sur les places mises en vente. 40 euros à débourser au minimum le jour même pour voir cette course. Un tarif plutôt dissuasif.

En tauromachie, il existe bien peu de garanties, et assister à une course désolante, c'est l'un des risques à prendre lorsque l'on se rend aux arènes. Tout d'abord, les Prieto de la Cal d'Aire ne faisaient pas peur, et ne possédaient pas pour la majorité un physique plaisant. Et pourtant, lorsqu'un Prieto entre en piste, il devrait donner des frissons, du haut de ses cinq ans bien sonnés, avec une carcasse imposante et profonde, un regard de feu. On pense alors – et c'est assez récent – à Aguardentero combattu à Arles, à Limpias Botas quelques mois plus tard dans le même amphithéâtre, sous les yeux d'un Javier Valverde paniqué et en déroute. Il y en eut quelques autres, comme Vinatero, un toro castaño de cauchemar, combattu fièrement par Alberto Aguilar du côté de Saint-Martin-de-Crau...
Avec de tels toros, la fournaise d'Aire-sur-l'Adour aurait été encore plus forte, moite et stressante. A la place, on eut des Prietos qui ne faisaient pas peur, et il n'y avait là rien de nouveau, puisque l'élevage a aussi connu pas mal d'échecs ces dernières saisons. Tous âgés de quatre ans et quelques mois, ils ne portaient ni caste ni forces vives. Le troisième, berrendo en negro, au physique excessivement creusé ne devait sa présence dans ce lot que grâce à son pelage atypique. Autrement, aucune commission taurine au monde n'aurait pris le risque d'embarquer un tel toro, qui a fortiori s'avèra invalide en piste. Les toros ont été mauvais. Piètres de la Cal, et piètre jeu de mot pour ceux qui de temps à autres s'aventurent à lire les lignes de ce blog !

Les toreros, pour leur part, ont été à l'unisson. En s'accordant un tour de piste à la mort du premier toro, Marc Serrano nous a pris pour des jambons. Mais il est excusé, car cette corrida ne passera pas à la postérité. Javier Castaño et Manuel Escribano eux non plus n'ont pas été bons, dans cette corrida prometteuse qui tourna à la galère.

En outre, il fut douloureux de voir que la superbe et la valeur de la cuadrilla de Javier Castaño se transforment de jour en jour en autosatisfaction. Remarquons tout de même que le plus humble de cette équipe est probablement le plus efficace : Marco Galán et sa bonne brega. Quant à l'inévitable picador Plácido Sandoval, il officia face au cinquième bis de l'après-midi. Ce toro donna la seule véritable poussée de la course face au cheval, à la première rencontre, lors d'une ration de fer des plus traseras ! A la deuxième, Sandoval donna un puyazo rectifié et plutôt léger. Et puis à la troisième et dernière rencontre, un regatón ! A ne pas en croire ses yeux, un regatón totalement inapproprié, après un tiers de piques banal voire médiocre. Sandoval a été mauvais, et le jury chargé de remettre un prix au meilleur tiers de piques également, puisqu'il aurait selon toute logique dû le laisser désert. A noter que Sandoval est venu en piste récupérer son prix avant que la dépouille du dernier toro de l'après-midi ne soit arrastrée. Une image déplorable...

En plus d'accumuler des erreurs de parcours, Aire semble être une arène à tendance maudite, que l'on soit superstitieux ou non. En a témoigné le magnifique berrendo en castaño sorti en cinquième position, et qui dans le ruedo landais ne put faire que quelques mètres, sous nos yeux consternés. Il était le plus prometteur. Sans lui, cette course fut un ennui sous la chaleur...

Florent

4 commentaires:

  1. Peux-tu préciser, cher Florent, quelle éternelle
    sommité nullissime officiait au palco? Ce monde est et demeure bien petit, à se complaire dans son égocentrisme imbécile

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  2. Hidalgo avec à sa gauche Lanati.

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  3. Oui enfin la présidence technique n'était pas le problème majeur lors de cette course...

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  4. Moi, j'aurais bien aimé cramer en tendido sol, mais il paraît que toutes les places bon marché étaient vendues!!!
    Pourtant, seul les tendidos ombre et O/S semblaient fréquentés.
    Bizarre, non?

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