vendredi 12 juillet 2013

Cahier de vacances (II)

BELLE DE PRINTEMPS

Cela fait pas mal de temps que je n'ai pas alimenté les lignes blanches sur fond noir de ce blog. Pourtant, je ne l'ai pas oublié, puisque j'y pense chaque jour. Mais le manque de temps et parfois d'envie en ont décidé ainsi.
Je n'ai pas évoqué pour le moment la novillada d'Escolar Gil de Saint-Sever d'il y a déjà trois semaines... Mais je repensais dans un autre contexte à un bonhomme excédé (toujours à Saint-Sever) un mois et demi plus tôt, à la fin de la corrida de Sánchez-Fabrés. Dans un élan de colère (je ne me souviens plus de l'origine du différend), il s'était exclamé de manière pathétique : "Va falloir qu'on en parle !".

Alors oui, pour reprendre cette formule si triviale, les Escolar de Saint-Sever : va falloir qu'on en parle !
Mais tout d'abord, je ne peux m'empêcher de songer à elle, charmante, belle, et au regard intense. Les années passent, et également, les filles se cassent, les unes après les autres. J'ai donc une pensée pour elle et ses douces étreintes. Ce souvenir a hanté ce printemps si pluvieux marqué par la grisaille.

Avant d'être combattu l'après-midi, le bétail couleur grisaille de Don José Escolar Gil devait courir l'encierro dans les rues de Saint-Sever. Cette course fut effective sur les coups de douze heures et douze minutes. Pendant plusieurs dizaines de secondes, les rues de ce village landais habituellement si paisibles se sont transformées en coupe-gorge.
Chacun connaît ses risques lorsque l'on fait circuler en pleine rue un taureau de combat avec des piétons. Dimanche 23 juin, 12 heures 20, bilan de l'escarmouche : un blessé par corne. Il s'en est remis.

Le ciel couleur plomb surplombant les Landes à cette période de l'année nous faisait dire qu'il n'était guère plus possible de s'y retrouver dans les saisons. Nous étions pourtant le 23 juin. Le ciel, lui, était hors-saison.
La maison d'Escolar Gil avait envoyé comme artillerie les pensionnaires suivants (dans l'ordre) : Caminante, Misterioso, Armensito VI, Bustillo, Castellano II et Cobrador II. Loin d'être terrifiants de présentation, ils étaient inégaux en type et en charpentes, et pour le point négatif, on retiendra la corne droite sanguinolente du cinquième. Ils étaient des novillos que José Escolar ne souhaitait pas faire combattre à quatre ans et plus.
En comportement, les cárdenos et negros entrepelados ont été d'un intérêt majeur, tous sont allés a más ! Par ailleurs, plusieurs d'entre eux ont montré de la bravoure lors du premier tiers, mais tous ont été mal piqués par des picadors trop souvent maladroits et peu expérimentés.
La novillada est vraiment très bien sortie, et on attendait peut-être pas autant des Escolar à cet âge-là.

Pour rester pudique vis-à-vis du travail des novilleros ce jour-là, on dira qu'ils n'ont pas tiré la quintessence du lot proposé. Un lot de caractère, doté d'une mobilité et d'une noblesse sans docilité. Tous ont démontré de l'intérêt, même le premier, faible et noble, et qui semblait récupérer au cours du combat.
Pour la rétine de l'aficionado, il y eut surtout le deuxième, Misterioso. Un cárdeno oscuro qui déborda dès le début le jeune Tomás Angulo, à qui le métier semblait manquer, ce qui n'est pas du tout une honte à cet échelon-là. Misterioso a été piqué trois fois de mauvaise manière, et d'une belle caste, il est allé a más. Angulo a été dépassé par ce novillo encasté et de triomphe, avant de jouer les cascadeurs à l'heure de vérité. Le novillero est ressorti accroché, le costume et le visage tâchés de sang. L'arrastre de Misterioso a quitté la piste landaise sous une grande ovation.
Face au cinquième Escolar, Tomás Angulo démontra de beaux gestes et donna espoir le temps de quelques naturelles. Il fut encore soulevé au moment de l'estocade.

Quant au français Cayetano Ortiz, il est passé à côté du premier lors d'une faena trop longue, et a coupé une petite oreille du quatrième, un très bon novillo.
Pour ce qui relève de Borja Jiménez, on put constater qu'il avait tendance à toréer encore plus "fuera de cacho" que son frère Javier (ce qui est pourtant une chose peu évidente !). D'un ennui colossal face à son premier adversaire (qui avait des possibilités), il frôla les trois avis. Au sixième, Jiménez se rattrapa quelque peu lors d'une faena bercée par le mélancolique "Concerto d'Aranjuez".
Dans les cuadrillas, parmi le peu de choses remarquables, on détachera Javier Rodríguez, ancien torero de Valencia d'une certaine corpulence, qui salua au quatrième après deux excellentes paires de banderilles. Rodríguez avait toréé l'une de ses dernières courses de matador sous le froid d'Ajalvir, dans la région madrilène, un 31 janvier 2009. Sa reconversion semble réussie.

Pour débuter cette période estivale, c'était donc une novillada avec picadors, un type de course qui se raréfie. Aussi, on a tendance à exiger des novilleros les mêmes choses qu'aux matadors. C'est faire erreur, compte tenu de l'expérience et du métier. Pour celui qui torée en novillada, l'important c'est "d'être en novillero", sans jamais se calquer sur les vedettes ou prétendues telles.

L'été commençait ainsi, et la belle de printemps n'était pas là...

Florent

4 commentaires:

  1. Bien que qulesuqes semaines ont passé depuis cette novillada, je partage cette analyse....surtout le deuxième toro, quel toro mal dont le potentiel a été mal exploité...mal piqué puis Tomas angulo débordé.

    Par contre je ne partage pas du tout ton point de vue sur Borja Jimenez, que j'ai trouvé très bon sur son premier (de mémoire), toujours croisé toréant avec sincérité mais mauvais au moment de le tuer.....Moi je vois du David Mora dans Borja Jomenez

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  2. Je ne sais pas pourquoi mais j'ai l'impression que tu as pris un coup de vieux mon cher Florent.
    Faut qu'on en parle.

    JPc

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  3. Espero leer tus impresiones de la feria de Céret a la que no puedo asistir personalmente, según te habrán comentado los Florenza. Un abrazo.
    Joaquín Monfil.

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  4. S'il y a du Mora dans Borja, c'est que c'est mal barré.

    SKB

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