mardi 16 juillet 2013

Cahier de vacances (IV)

SOLERAZO !

Vendredi 12 juillet, veille de Céret de Toros, un train déraille en région parisienne et alimente copieusement la rubrique "faits divers". Ce genre d'accident est devenu très rare, et il étonne car le train est l'un des moyens de transport parmi les plus sûrs. D'emblée, la compassion quasiment morbide et surabondante a été de mise, comme souvent dès qu'un drame se produit. Pourtant, cela fait quelque chose de savoir qu'un train a quitté les rails.
Et c'est vraiment un thème fascinant le train, ces convois qui parfois empruntent des passages improbables, entre montagnes, bords de mer ou forêts. Si je n'avais pas connu les toros, je me serais certainement passionné pour les trains, les vieilles locomotives et les sentiers ferrés éloignés de toute civilisation.

Se rendre en train à Céret est une chose impossible, puisque le chemin de fer reliant cette petite ville est désaffecté depuis belle lurette. Pour débuter la feria cette année, c'était une novillada d'Hubert Yonnet, le plus grand élevage français de l'histoire.
Les pensionnaires de la Bélugue avaient été acheminés dans la nuit. Sérieux, fins de type et d'armures, ils se comportèrent diversement sur le sable catalan. Affirmer qu'ils ont été mal piqués (en dix-sept rencontres) ne constitue pas une surprise. C'est quasiment (et partout) une norme par les temps qui courent.
Des Yonnet, le deuxième bis (remplaçant un novillo invalide du même fer) fut le plus faible. Le premier, assez brave à la pique mais fortement châtié, s'éteignit vite. Enfin, deux autres novillos furent en vue. Le quatrième, "Galapian", puissant et avec une certaine bravoure en trois piques, encasté et ovationné à l'arrastre. Le cinquième "Briscon", fut lui aussi intéressant. Malheureusement, ces cornus ont croisé la route de Jesús Fernández et Cayetano Ortiz, à côté de leur sujet ce samedi matin.

Avec Vicente Soler – venu en remplacement du colombien Castrillón –, on a retrouvé le sourire et le véritable esprit des novilladas ! A l'échelon des courses avec picadors, il s'est présenté en France le dernier jour du mois de juin, à Rieumes, avec une imposante novillada de Couto de Fornilhos, avoisinant les 550 kilos. Il coupa ce jour-là deux oreilles.
A Céret, le décor n'avait pas changé, car le bétail d'Hubert Yonnet lui aussi avait une présentation redoutable. "Escaludo", le troisième, était un novillo haut et très armé, qui alla trois fois à la pique. Soler le banderilla (chose rare chez les novilleros à l'heure actuelle), et s'illustra surtout avec une deuxième paire exposée. A la muleta, ce fut un beau combat, car "Escaludo" était difficile et baissait rarement la tête. Soler l'a affronté sans complexe, avec patience, courage et confiance. La faena se termina par des passes de poitrine, et s'en suivit une estocade aussi magnifique que fulgurante au centre de la piste. Une oreille de catégorie tombait dans l'escarcelle de Soler !
Cela aurait très bien pu s'arrêter là... Mais le jeune Vicente montra très vite ses intentions au sixième, avec un bon accueil cape en main. Les banderilles furent posées dans le berceau des cornes, et les cites de loin fleurirent, tandis que les deux autres novilleros n'avaient jamais donné de distance.
L'ultime Yonnet avait des possibilités mais rien d'évident. Malgré son peu d'expérience, Soler a affiché un certain métier, et réalisa de superbes muletazos sur la corne droite. Vaillant et d'une envie indiscutable, le novillero donna en fin de faena une passe changée dans le dos, alors que les aiguilles du Yonnet semblaient caresser son costume. A la première tentative avec l'épée (un pinchazo), Vicente Soler se fit prendre au niveau de la cuisse... Second essai, une estocade sensationnelle, avec un accrochage violent, puisque le Yonnet le chercha longuement au sol avant de s'écrouler !
Soler aurait dû sortir en triomphe, sur les épaules et sous les acclamations. Il réalisa seulement deux tours de piste sans récompense, car l'oreille lui fut refusée malgré une pétition unanime. Dans n'importe quelle arène, Soler pouvait prétendre au trophée sans contestation. Quelle prestation ! Quel engagement ! Et quelle médiocrité de la part d'une présidence aux abois et sans critères. Comment peut-on se comporter ainsi face à un jeune au courage hors du commun, venu à deux reprises offrir son artère fémorale pour estoquer un novillo ?

Vicente Soler a triomphé, c'est une certitude. Il aurait en tout cas dû être le premier novillero à sortir sur les épaules depuis que l'ADAC organise des courses à Céret. La dernière fois qu'un novillero a quitté ainsi les arènes de Céret, c'était en 1986 ! Il s'appelait Luis Parra "Jerezano".

Il y avait de quoi être enthousiaste avec la prestation de Vicente Soler. Peut-être que les lendemains seront moins prometteurs et moins heureux... Espérons simplement que ce jeune continuera sur de bons rails. L'espoir est revenu, il y a encore des Novilleros...


Florent

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