jeudi 1 août 2013

Cahier de vacances (VII)

"MÉFIEZ-VOUS DE LA CONTREFAÇON"

Rangez votre cahier de vacances. Optez pour une soirée entre amis.
Les verres s'enchaînent, à cadence plus ou moins élevée, et vous prend alors l'envie d'un jeu à la con. Ce sera un quizz ! Les questions se suivent... Et... Et puis celle-ci :
... Le premier qui citera le nom d'un élevage de toros portugais :
- Palha !
- Palha !
Des réponses identiques, téléphonées. 98% de chances pour que les bestiaux actuellement propriétés de Folque de Mendoça soient les premiers à venir à l'esprit. Au Portugal, cet élevage est le moins "sorti des sentiers battus". Et à Céret, le dimanche 14 juillet au matin, c'était un lot de Palha...

Déjà, il y avait de quoi repenser à l'an dernier, lorsque d'inhabituels organisateurs à Céret avaient désiré monter une corrida de Prieto de la Cal. A écouter certaines voix dissidentes à ce projet, on aurait dit qu'un sort allait s'abattre sur les arènes de Céret de manière impitoyable. De la contrefaçon déversée par litres sur l'édifice inauguré en 1922 ! Et au final... Une course intéressante de Prieto !

L'hiver suivant, l'ADAC annonçait qu'il y aurait un lot de Palha pour Céret de Toros ! Ce fut un choix, certes controversé, mais un choix quand même. Il appartenait ensuite à l'aficionado de se rendre ou non à une telle course. A prendre ou à laisser.
Il n'empêche que la présence des Palha de Folque de Mendoça à Céret avait de quoi étonner, car dans l'arène du Vallespir, le Palha historique, c'est celui de Don Fernando avec ses toros multicolores. Le lot de Palha choisi était également une surprise car il y a tant d'élevages encore inédits au Portugal...

En fin de compte, les Palha combattus le 14 juillet à Céret n'avaient rien d'une contrefaçon, il faut le préciser d'emblée. En revanche, ils étaient à contre-style de l'endroit, c'est une certitude. Le lot avait été remanié après divers incidents au campo et dans les corrales.
Plus terrifiants en photos que dans le ruedo, les pensionnaires du père Folque étaient bien présentés, proportionnés, et armés. Ils eurent un certain allant à la pique, en restant malgré tout plus bravitos que braves, et furent il faut le dire très mal piqués !
On ressentait au-delà des tiers de piques mal exécutés que l'élevage de P+ traversait une période de changements, avec une tendance à la modernité et à la civilisation. Ces dernières années, voir des toros de Palha, c'était devenu comme une loterie. On ne pouvait jamais savoir à l'avance ce que cela allait donner. L'imposante et terrible corrida de Bayonne en 2008 restera un grand souvenir... Si lointain...

Incombant à Iván García, Trovoado, le premier Palha de la matinée, avait tout du toro pour vedettes. D'une noblesse infinie et peu motorisée, je pensais en le regardant à mon ami David Duran. Cet hiver, il écrivait en fantasmant son envie de voir Morante de la Puebla chef de lidia à Céret devant les Palha. Avec ce premier toro, cela aurait très bien pu être le cas ! C'était un toro pour Morante ! Mais c'est Iván García qui l'a affronté, longuement... très longuement.
García toucha un autre toro permettant de quitter les arènes avec un panier d'oreilles. Quita-Miedos (littéralement "qui enlève la peur", ce qui veut tout dire...), le quatrième, était un Palha lourd, âgé de six ans, bravito en trois piques diversement dosées, puis d'une grande noblesse. Accusant son manque de pratique actuelle, le blond García est resté sur le voyage. Tour de piste imaginaire pour le Palha, tandis que le torero quittait Céret les mains vides...

Ce matin-là, Manuel Escribano est passé quasiment inaperçu. On l'a seulement vu briller le temps d'un violin dans les cornes et d'un quiebro. Pour le reste, il ne s'éternisa pas face à un premier très vite éteint et un autre compliqué, brusque et court de charge.
Le troisième Palha, bas et très armé, désarçonna le picador, s'avérant ensuite noble et mobile. La faena d'Alberto Aguilar face à lui aura été plutôt courte, en profitant de la noblesse offerte. Une petite oreille tomba dans l'escarcelle d'Aguilar après une entière verticale.
Enfin Promessa, le dernier Palha qui n'était pas prévu dans le lot initial, représentait un cas d'école en matière de pique assassine... Car la seconde pique hyper-trasera que lui administra Juan Carlos Sánchez causa des dégâts imminents. On vit Promessa vaciller, et s'arrêter net. Alberto Aguilar eut beau prendre ensuite le public à témoin face à un toro arrêté et décomposé, le mal était fait.
Le tiers de piques n'est pas une formalité lors duquel peu importe l'endroit où le toro est châtié... A cet instant-là du combat, il faut souvent se méfier de la contrefaçon.

Florent

(Image : "Político", n°719, negro, né en septembre 2008, de Palha. Écarté du lot (indication sur le sorteo) en raison d'un voile à l'oeil)

2 commentaires:

  1. Pas un mot sur la gendarmerie adjacente ?

    JPc

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  2. Entre celui-ci et le Cuadri ça fait beaucoup de voiles... Histoire de morphologie ? Trop long et trop armé ?

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