jeudi 8 août 2013

Cahier de vacances (VIII)

LA CASTE DES MIURA

Se rendre à une course de Miura, c'est prendre le risque de regarder vers le passé à l'excès. Mais quel passé ?
A trop y penser, on se fait une image très homérique du pensionnaire de Zahariche. "Où sont donc passés les Miura d'antan ?" se dit-on bien souvent. Car voir un Miura prendre un minimum de dix passes serait actuellement une anomalie pour la conscience collective. Il y a là matière à débat.
Je suis pour ma part très mal placé en ce qui concerne ce sujet, ayant vu "mes premières" Miuradas dans les années 90.

Quant aux lots envoyés par cette enseigne en novillada, ils surprennent souvent par leurs cornes défectueuses et orientées vers le bas. Le soir de la Miurada d'Hagetmau, je me suis surpris à feuilleter des livres et des revues taurines des années 80. Le constat ?
Les Miura combattus en novilladas à l'époque avaient exactement les mêmes armures qu'aujourd'hui, à savoir pointées vers le bas. Miura envoie ainsi en novillada ce qu'il ne peut présenter comme toros de quatre ans et plus. Pas de nouveautés.

En ce qui concerne les Miura d'Hagetmau, le terme "passionnant" serait le plus approprié pour parler d'eux. Car nous vîmes ce dimanche 4 août une bien belle course !
Les novillos du jour possédaient de grandes et fortes carcasses, avec trois d'entre elles marquées du A en haut de la cuisse, et trois autres en bas. Patas Chulas, Jarrero, Inquisidor, Arenero, Navegante et Estribero ont vendu chèrement leur peau à Hagetmau. En tout cas, ils permettaient de faire des choses à des degrés divers.

Sous un ciel d'été, c'est Patas Chulas qui est entré le premier. Imposant de présence, il alla trois fois à la pique avec bravoure et puissance. Mais hélas, le bonheur fut de courte durée puisqu'il se brisa un sabot lors des banderilles. Imanol Sánchez eut la lucidité et l'honnêteté d'abréger face à cet adversaire prometteur.
Le deuxième Miura prêtait à discussion, puisqu'il portait une vilaine boule en haut de la patte avant-gauche. Jarrero, c'est son nom, s'avéra le plus faible du lot. Et face à lui, Cayetano Ortiz accumula les passes sans transmission. Le sobriquet ou le nom de Cayetano ne semble d'ailleurs pas porter chance dernièrement dans le monde de la tauromachie. Au cinquième, brave et encasté, Cayetano n'a pas été bon, étouffant le Miura et tuant de manière catastrophique.
Néanmoins, cette novillada fut entretenue de bout en bout. Inquisidor, le troisième, montrait des signes de faiblesse mais se récupéra au fil du combat. Le vénézuélien César Valencia le banderilla en utilisant une chaise, puis proposa une faena courageuse avec ce cornu pourvu d'un sentido pas évident à manoeuvrer. Valencia coupa la première oreille du jour après une entière à tendance delantera.

Imanol Sánchez reçut également une oreille. Celle du quatrième. Imanol, c'est le cœur avant la technique, l'image d'un novillero à l'ancienne présent dans toutes les parties du combat. Débutant à portagayola, banderillant ensuite, il affronta son second Miura avec cran, faisant face à la caste avec générosité lors d'un combat intéressant. Imanol donna des muletazos de face en fin de parcours, et tua d'une épée engagée. Un "novillero bravo" dans le ruedo d'Hagetmau.

Enfin, le bouquet de cette belle et surprenante Miurada s'appelait Estribero, le sixième. Cárdeno salpicado porteur du numéro 16, il prit quatre piques sans fléchir. C'était un tourbillon de caste, débordant et désarmant le jeune César Valencia à chaque occasion. Valencia n'a pas démérité, car Estribero était un véritable adversaire de respect. Ovation à l'arrastre, quel régal !

Florent


(Image : Le combat d'Imanol Sánchez face à Arenero, le quatrième Miura)

1 commentaire:

  1. magnifico articulo para comentar una gran novillada. Joaquín Monfil

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