samedi 21 septembre 2013

Cahier de vacances (XI)

LE RETOUR DES RASO DE PORTILLO

J'ai attendu que les vacances soient terminées pour reprendre le cahier destiné à cet effet. Le cahier s'est jusqu'alors avéré aride et peu garni.
Parmi tant de choses qui se sont déroulées cet été, il y avait bien entendu Parentis. Un fief, un lieu incontournable pour celui qui aime les novilladas et les élevages peu vus le reste de la saison.

Parentis-en-Born, samedi 10 août. Grand beau temps, un été de première catégorie. Sur les gradins, une très belle entrée, et peu de places libres. En arrière-salle, ce sont six novillos de Raso de Portillo qui attendent.
Deux semaines auparavant, les grands frères du même élevage avaient déçu bien des espoirs du côté d'Orthez. Et on aurait très bien pu croire que la novillada parentissoise serait à l'unisson.
A Parentis, pas de commémoration. On aurait très bien pu pourtant, car avec cette course du 10 août, c'était le cinquantenaire d'une activité taurine ininterrompue dans ce village landais. Depuis le 7 juillet 1963, pas une seule année n'est passée à Parentis-en-Born sans cornes et sans hommes pour les affronter.

Venir à Parentis n'a rien à voir avec un séjour de plaisance pour les novilleros qui s'y rendent. Le bétail est costaud, exigeant, et il convient d'aller au charbon comme on dit dans le jargon. Pas de commémoration donc pour le cinquantenaire, mais une nouvelle porte dans les arènes, près du toril. Une nouvelle porte de paseo. Un symbole sûrement pour les cinquante ans.

Ainsi pour 18 heures, ce sont les novillos de Raso de Portillo qui étaient annoncés. Le fier bétail du fer des frères Gamazo revenait dans son fief, avec un lot fort bien présenté. Tout avait pourtant très mal commencé.
Le novillo d'ouverture, très faible, aurait pu être passible du mouchoir vert. Noble mais sans aucune force, sa vie publique dans l'arène a été allongée par le catalan Jesús Fernández qui s'éternisa avec la ferraille. Ce fut le moment de moindre intérêt lors de cette course.
Pour le reste, on vit un lot confirmant la catégorie et la réputation de Parentis, un vrai lot de novillos, intéressant, exigeant, souvent encasté, et se rendant à seize reprises face à la cavalerie.
Au deuxième, bien piqué par le picador (et mayoral) Juan Agudo, Imanol Sánchez fut appliqué tout au long du combat et toréa avec décision le noble Raso de Portillo. Hélas, les aciers furent aux abonnés absents.
Avec Nefasto, le quatrième novillo de l'après-midi, on pensa à un célèbre dicton. Presque une sentence : "Le toro remet chacun à sa place".
Charpenté, Nefasto alla quatre fois à la pique avec force et caste. Sa confrontation avec le picador Miguel Angel Herrero fut très intéressante et intense. Ensuite, Jesús Fernández se retrouva seul en piste avec Nefasto. Face à la caste, le novillero trentenaire connut un cauchemar, et apparut sans confiance. Débordé, il fut même fortement secoué à un moment. Absence de Fernández, remis à sa place et renvoyé à ses chères études. Et un, et deux... Et trois avis ! Nefasto, beau et encasté, eut droit à une mort lamentable, en étant puntillé près des planches. Il reçut une juste ovation à l'arrastre, tandis que Fernández écoutait la bronca en partant à l'infirmerie... et à Millas. Cada uno en su sitio.

Au cinquième, répondant au nom de Melancólico, Imanol Sánchez donna la plus belle image que l'on puisse voir d'un novillero. L'envie et le plaisir d'être là, et le don de soi à chaque instant. Le Raso de Portillo n'était pas évident, prenant les piques sur la défensive, occasionnant un duel en cinq manches aux banderilles avec Imanol, et donnant du fil à retordre de façon permanente. A la muleta, on vit un grand combat, car Melancólico était très encasté, avec du poder et du danger. Imanol livra une vraie bataille, et fut même touché à la jambe. Certes, le novillero ne remporta pas la partie, mais il venait de démontrer un immense mérite. Après une belle épée engagée, une oreille n'aurait vraiment pas été de trop.

Le troisième novillero du jour était Luis Gerpe. Même s'il repartit sous le silence des arènes de Parentis, il ne démérita pas. Aussi bien face à son premier, difficile, et qui sauta dans le callejón à son entrée en piste ; que face au dernier, brave lors de la première pique, compliqué et exigeant. Gerpe est encore un débutant, mais patience, il a le temps.

Si la sortie orthézienne laisse quelques doutes sur le fer de Raso de Portillo à l'âge adulte, il ne fait en revanche aucun doute que cet élevage doive revenir en France en novilladas...


Florent

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