samedi 21 septembre 2013

Cahier de vacances (XII)

VIDENTE ET L'ÉVIDENCE

A Dax le 15 août, ils ont joué Carmen quelques instants avant l'inédite corrida matinale. Une mélodie avec un chanteur lyrique en accompagnement. 
Un paseo à 11 heures et des poussières avec au moins une vedette à l'affiche, et "Toréador" comme fond sonore. Je n'irai pas jusqu'à dire qu'à cet instant précis on se serait cru dans la préfecture du département du Gard. Mais on n'en est pas loin.
Je ne me souviens même plus de ce qu'a donné la Fuente-Ymbrade de ce matin-là. Une parmi tant d'autres dans le calendrier taurin 2013.

L'après-midi toujours à Dax, c'est une corrida de Cuadri. A une période charnière de l'été, le 15 août, jour de l'Assomption nous dit-on.
Peu après 19 heures 30, la vérité éclate au grand jour sur le sable landais. La vérité porte le nom de Vidente, littéralement "voyant". C'est un toro de Cuadri, d'une présence extraordinaire, un colosse portant magistralement les 622 kilogrammes accusés sur la balance. Peut-être le toro le plus impressionnant de la temporada. D'emblée, il semblait vouloir passer sa tête et regarder derrière les burladeros, et renifler ce qui pouvait bien s'y cacher. Voyant et voyeur ? Et puis les clarines dacquoises ont sonné...

Première pique, et Vidente est venu mettre un missile sorti du fond des âges à la cavalerie. Le batacazo fut une explosion. Le plus impressionnant, c'était de voir le Cuadri monter sur le cheval une fois ce dernier à terre. Un peu comme un soldat criant sa victoire à la fin d'un combat.
D'habitude, la pression retombe et les choses redeviennent plus calmes dans ce genre de circonstances...
Mais à la deuxième rencontre, Vidente est revenu encore plus fort. La cavalerie était de nouveau au tapis, et le picador coincé sous la tête de l'équidé. Et ce n'était pas n'importe quel picador ! Le plus célèbre à l'heure actuelle : Tito Sandoval.
C'était terrible de le voir coincé sous ce cheval. Son arrogance et sa confiance habituelles venaient de laisser place à la fragilité. Le picador Tito Sandoval était redevenu homme, à la merci d'un guerrier d'anthologie de chez Cuadri.
A la troisième pique, l'équipage ne fut pas catapulté, mais Vidente venait de démontrer une fois de plus son poder extraordinaire. On avait là face à nous une sorte de bravoure primaire, rugueuse, sèche comme les terres de la province de Huelva en plein été. Un été sec et d'enfer, rien à voir avec une éventuelle douceur. Une quatrième rencontre, et Tito Sandoval put regagner les stands dans la douleur, après avoir oeuvré pour un salaire de la peur.
Vidente, c'était un toro de guerre, et cela ne faisait aucun doute. Sa puissance avait de quoi faire pâlir les maillots du XV de Nouvelle-Zélande, titulaires et remplaçants réunis. Ce toro venait de démontrer sur la piste de Dax quelque chose de rarissime, et même impossible à retranscrire.

Heureusement que c'est Javier Castaño et sa cuadrilla qui furent charger de combattre un tel toro. Certes, ils ont parfois tendance à en faire trop, mais tout de même, quel luxe dans la lidia ! Adalid et Sánchez ont salué après les banderilles, et Marco Galán a été bon dans la brega. A la muleta, Vidente était un toro très dur, en gardant la tête en haut. Une mission périlleuse pour Javier Castaño, qui écouta ensuite des sifflets (assez durs il faut le reconnaître) après un échec à la mort. Castaño a donc entendu des sifflets excessifs, et Vidente également. Le Cuadri a été en partie conspué par des gens qui ne pouvaient le cataloguer dans la catégorie des "toros complets". Ceux qui ne jurent que par ce concept abstrait de "toros complets", considérant les autres comme mauvais.
L'ironie du sort, c'est que ces personnes-là adulent parfois des toreros comme Morante. Ils acceptent de Morante que celui-ci rende copie blanche sept ou huit fois sur dix. En revanche, ils n'acceptent pas ce qui s'assimile pour eux à un "toro incomplet". Victimes de leur propre incohérence, ils se mettent à gueuler dès qu'ils ne voient pas leur toro standard de référence.

Vidente méritait l'ovation, et nous fûmes quand même beaucoup à lui donner. Cependant, l'ovation n'aurait jamais pu être aussi forte que la puissance qu'il venait de répandre. Un toro de premier tiers, un toro de guerre.

Il y avait Vidente, mais également Tanquisto, le premier Cuadri de l'après-midi. Et Tanquisto fut... un grand toro ! Mal piqué et assez inédit en quatre rencontres lors du tiers initial, ce toro d'ouverture alla a más au cours du combat, avec caste, offrant dans la muleta une charge vibrante et d'une grande intensité. Il y eut deux autres toros exploitables (mais qui sont partis sans être toréés), les deuxième et troisième, ainsi que deux autres d'un moindre ton, cinquième et sixième bis, faisant terminer la course sur un sentiment d'inachevé. Avec les quatre premiers Cuadri de Dax et les deux derniers combattus à Céret, vous aviez là et de loin le lot de TOROS de l'année.

Florent

(Image de Laurent Larrieu : La fureur de Vidente lors du tiers de piques)

1 commentaire:

  1. Tout est ici pratiquement dit.
    La preuve par ..Cuadri.!
    Merci.
    p.a
    p.a

    RépondreSupprimer