dimanche 3 novembre 2013

Incarner la vérité (II)

Lundi 14 octobre, 1 heure 15 du matin. A ce moment-là, le cher Jean-Pierre Garrigues doit certainement dormir, et rêver de sa horde de manifestants et des sirènes qui pourront résonner quelques jours plus tard. Mais peut-être n'est-il pas encore plongé dans son lit, et déguste une salade de mâche nantaise.
Qui sait ! Et s'il n'était pas en fait en train de manger (en douce) des bonbons à la gélatine bovine, en serrant fort dans ses bras son ours en peluche. L'énigme plane toujours.
Il n'empêche qu'à cette heure-là, l'Europe est plongée dans la nuit et dort sur ses deux oreilles.

A 1 heure 15, en plein bouclage du numéro 862 de Semana Grande, je reçois ce texto :
"Terrible coup de corne de Juan Luis Silis au Mexique".
Je ne connais pas ce Juan Luis Silis, hormis de nom. Je sais juste qu'il est matador, mais je ne sais pas où il torée et quelle est l'ampleur de sa blessure. De l'autre côté de l'Atlantique, c'est toujours le 13 octobre à ce moment-là.
J'essaye de me renseigner, et savoir ce qu'il s'est passé.
Au moment où je réalise la gravité de la blessure de ce torero, je décide de ne rien modifier au numéro de Semana Grande. Ne serait-ce que par honnêteté, et parce que tous les éléments d'informations ne pouvaient être réunis pour réaliser une brève complète.

C'est dans les arènes de Pachuca, au Mexique, que la tragédie a eu lieu. Vêtu d'un habit fuchsia et noir, et sous le vent, Juan Luis Silis, matador aztèque de 32 ans, s'est fait prendre au niveau du cou. En tentant d'en savoir davantage, j'apprends que la carotide a été touchée. Peu de temps après, on nous dit que la plaza a arrêté tout mouvement, et comme un seul être, s'est mise à respecter une prière !
C'est alors que je mesure le terrible coup de froid jeté sur cette arène du Mexique. Peut-être que Juan Luis Silis, torero inconnu sur le sol européen, a déjà ajouté son nom à la liste la plus obscure, mais que l'on se garderait de dévoiler cette information pour le moment.
J'arrive par le biais d'internet à récupérer la retransmission en direct de cette longue course (8 toros au total), mais plus aucune nouvelle information n'est énoncée. On sait juste que le coup de corne est gravissime, et que le pronostic vital est engagé.

Sous le vent froid d'une arène du bout du monde, Juan Luis Silis est venu jouer sa passion à fond, comme il voulait la vivre. Un peu comme tous les torerazos qui peuplent cette Terre.
Quelques temps après, on apprend que la corne n'a pas sectionné la carotide, mais qu'elle a tout de même traversé le visage sur une vingtaine de centimètres.
Dans l'unité des soins intensifs, et entre diverses chambres d'hôpitaux, Juan Luis Silis voyagera les semaines suivant la blessure. Sa vie elle, est sauve. Il est comme un miraculé.
On imagine la balafre qui régnera sur son visage pendant pas mal de temps. En revanche, on ne peut réaliser l'extraordinaire envie qu'ont ces hommes de revenir malgré les blessures les plus épouvantables. C'est peut-être ça incarner la vérité...

Florent

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire