mercredi 13 novembre 2013

Les vedettes font l'Amérique

Morante de la Puebla le 2 novembre à Aguascalientes
(Photo de Joaquín Arjona pour Aplausos)
Le mois de novembre venu, les habits de lumières se font de plus en plus rares sur le sable des arènes d'Europe. On y célèbre encore quelques festivals et novilladas sans picadors.
Les moments majeurs de la saison sont écoulés, les toros de guerre sont morts, les toreros vaillants ont rangé – temporairement – leurs armes, et les vedettes sont ailleurs. Parmi elles, il y a l'incontournable Morante de la Puebla.
Ce dernier est peut-être actuellement l'un des toreros qui suscitent le plus l'émotion et la fascination parmi tous les types de publics pouvant remplir les arènes. Et d'ailleurs, c'est une bonne chose que la tauromachie puisse préserver ses multiples aspects mystiques.

La semaine dernière, Morante de la Puebla étrennait sa saison taurine américaine. A l'heure où l'aficionado européen trouve d'autres distractions, les courses de taureaux battent leur plein sur le Nouveau continent.
Il est par ailleurs intéressant de suivre la saison taurine d'Amérique latine, avec des pays (Mexique, Colombie, Équateur, Pérou, Venezuela) ayant fourni bien des toreros intéressants venus se jouer la couenne de l'autre côté de l'Atlantique, chez nous. Et la liste des hommes valeureux serait longue à établir. En outre, la tauromachie d'Amérique latine révèle de bien belles histoires, avec parmi les plus récentes, celle du miraculé Juan Luis Silis qui eut l'immédiate visite de Padilla dès son arrivée au Mexique.

Morante de la Puebla le 3 novembre à Mexico (Photo :
Emilio Mendez pour le site www.suertematador.com)
Mais il y a malheureusement un autre type de corridas qui sévit sur ce continent. Les protagonistes de celles-ci sont souvent connus en Europe. Et parmi eux, il y a bien évidemment Morante de la Puebla. Il n'est cependant pas le seul, car bon nombre de ses coreligionnaires y affrontent les mêmes corridas imprésentables.
En ce moment, les vedettes de la tauromachie font l'Amérique, un peu comme jadis les Charlots faisaient l'Espagne. Quel dommage de voir Morante de la Puebla s'immiscer dans des courses à l'allure grotesque. Tout d'abord à Aguascalientes le 2 novembre où il entendit cinq avis et des broncas, puis à la Monumental de Mexico le lendemain. Les images des adversaires de piètre gabarit parlent d'elles-mêmes.

En juin 2012 à Alicante, Morante avait saisi une paire de lunettes pour la montrer ostensiblement au président qui venait de lui refuser un trophée. Aujourd'hui, on pourrait montrer les mêmes paires de lunettes à Morante, et lui conseiller de les faire voir à ses veedors, et à ceux qui s'affairent pour lui en coulisses.

Alors certes, on dira éternellement qu'Antonio Bienvenida est mort face à une vache de tienta en 1975, que Paquirri a été mortellement blessé par un toro modeste de 420 kilos en 1984. Certes, tout cornu de sang brave peut provoquer le drame.
Mais cela ne saurait justifier les corridas imprésentables que l'on voit chaque année en Europe... et aussi en Amérique.
El Juli le 25 octobre à Juriquilla (Mexique) (photo : Emilio Mendez)
En allant de l'autre côté de l'Atlantique, les vedettes donnent l'impression d'effectuer une saison-basse, un peu comme un grand club de football ferait des matches amicaux. Or, une "corrida de toros" annoncée en ces termes n'a rien d'un match amical, quel que soit l'endroit. La vérité et l'authenticité doivent y régner.

Voir Morante affronter de tels animaux, cela brise quand même le mythe.
Mais le pire, c'est que les vedettes se contentent toujours de la même adversité. Toujours du calcul, et la recherche du cornu le plus toréable, le plus collaborateur. Leur évoquer un toro qui combat du début jusqu'à la fin ferait froncer des sourcils. Cette logique de carrière, c'est du "gagne-petit".
En définitive, l'aficionado assidu aura toujours plus de respect pour le matador valeureux n'ayant jamais le choix de ses adversaires. Des adversaires qui bien souvent sont des toros de premier plan.

Florent

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