samedi 7 décembre 2013

Cahier de vacances (XIV)

PANTHÉON ESCOLAR

Si le froid et l'hiver ont beau s'instaurer en fin d'année, ils ne refroidiront et ne refermeront jamais un cahier de vacances. Au terme d'une saison taurine, les souvenirs restent, de manière plus ou moins diffuse, et sont soit réjouissants, soit cuisants. La banalité pour sa part est rapidement oubliée.

Le froid et l'hiver n'empêchent pas non plus d'écouter des Sardanes. Un genre musical ô combien nostalgique qui peut s'écouter à toutes saisons. La mélodie la plus célèbre en terre catalane reste la Santa Espina, pour laquelle Louis Aragon avait consacré quelques vers dans son "Crève-Coeur" :
"Je me souviens d'un air qu'on ne pouvait entendre
Sans que le coeur battît et le sang fût en feu
Sans que le feu reprît comme un coeur sous la cendre
Et l'on savait enfin pourquoi le ciel est bleu..."

Le 14 juillet dernier, à Céret, la Cobla Mil.lenaria interprétait à merveille la Santa Espina. Et ce fut peut-être le moment majeur de la corrida de clôture de la feria. La Cobla catalane triomphait, avec des mélodies du cru ou bien des pasodobles hispanisants revisités avec ses instruments.
Le 14 juillet dernier, c'était la fête nationale. Pas celle des Escolar. Car ce soir-là, l'aficionado a los toros eut peut-être un des souvenirs les plus amers de la temporada française. Et pourtant, les toros à l'affiche étaient de José Escolar Gil !

Oui les Escolar ! Revenus à Céret en 2008 avec un extraordinaire Mimoso, en 2010 avec un lot d'anthologie marqué par Cuidadoso, en 2011 avec un lot sérieux et encasté, et en 2012 pour le solo de Robleño, et Caloroso, l'ultime adversaire de Fernando pour son seul contre six. Ailleurs, Escolar n'était pas en reste ces dernières années. A Mont-de-Marsan, en 2012 là-encore, on vit Mirlito et surtout Canario. Tant de toros exceptionnels (et j'en oublie...), pour lesquels les superlatifs manquent. Tous porteurs du même fer, tous dignes de rentrer au Panthéon des toros extraordinaires.

2012 fut marquée par le triomphe de Robleño. 2013, c'était l'année d'après. D'habitude, Escolar fournit au moins un toro hors normes chaque saison. En 2013, il y eut de bons Escolar, des novillos et des toros encastés... Des choses au-dessus de la moyenne, mais rien d'exceptionnel pouvant prétendre à la postérité.

Le 14 juillet à Céret, la Cobla s'est chargée de la nostalgie de ces toros d'Escolar qui ont ces dernières années brillé sous nos yeux et dans nos têtes. On revoyait toutes ces estampes portant la caste à fleur de peau...
On en oubliait les toros que l'on était en train de voir ce 14 juillet 2013 à Céret. Des bêtes d'Escolar Gil à la présentation plus que moyenne. Aussi, les sobreros se sont succédés cet après-midi là, si bien que neuf cornus ont foulé le sable. Il y avait aussi du Fidel San Román en réserve...

Loin du festin habituel, la déception du moment était cruelle. Les lidias ont été minables.
Fernando Robleño a coupé une oreille à la saveur très éloignée de son triomphe de l'année passé. Fernando n'inscrira pas cette corrida de 2013 sur son cahier de vaillance.
Fernando Cruz, lui, semblait diminué physiquement, car il est un torero qui a beaucoup souffert dans un passé récent. Impossible pour lui de revenir au niveau qui avait été le sien au milieu des années 2000.
Rubén Pinar enfin, ne restera pas dans les souvenirs après sa première prestation cérétane.

La devise rouge et blanche d'Escolar venait de s'échouer durement dans l'arène catalane. Et l'on avait seulement envie d'enfouir loin dans sa mémoire cette course du 14 juillet 2013. Un jour à oublier.

Cet automne, les membres de l'ADAC ont dû repartir au campo. Ils sont certainement repartis pour prospecter et chercher les toros qui fourniront leur prochaine cuvée.
Les Escolar seront cette fois-ci aux abonnés absents. Dommage que cette histoire récente et idyllique s'achève ainsi. Car à Céret et ailleurs, mais surtout à Céret depuis 2008, les toros de José Escolar Gil ont fait rêver.

L'année prochaine, d'autres toros fouleront le sable cérétan. Peut-être le début de belles et nouvelles histoires ?

En tout cas, suerte et longue vie à l'ADAC. Car il faut toujours savoir repartir.


Florent

2 commentaires:

  1. Tu penses que les aficionados cérétans vont regretter les années qui ont précédé le seul contre six ?

    JPc

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  2. Les histoires sont faites pour être racontées ou écrites; les pages sont faites pour être tournées. Ceret était sans doute arrivée en bas de la page. La décision de ne pas reconduire Escolar Gil était prise bien avant cette corrida du 14 juillet et elle fut annoncée publiquement par le Président de l'ADAC. Peut-être même avait-elle été annoncée ou en tout cas suggérée à bas bruit au ganadero? Peut-être à tort. Mont-de-Marsan en 2 toros et surtout Dax ont montré qu'il y avait encore de bons produits chez Jose Escolar, mais avertissement quand même.
    Robleño a vécu l'année d'après. Peut-être fatigué; peut-être désabusé de voir qu'en 2013 il avait exactement le même nombre de contrats qu'en 2012... anomalie et injustice d'un système bien huilé. Pourtant il n'a pas droit à l'erreur, les " toreristes " lui renverront toujours au mieux de l'indifférence, les " toristes " lui sont presque unanimement tombé dessus à bras raccourcis; et presque tous les sites dits intègres et toristes l'ont aveuglément et sauvagement éreinté; pendant ce temps-là d'autres pouvaient enchaîner contrats et tricheries impunément. Moralité: vaut mieux faire un solo à Nîmes qu'à Ceret!!
    Pour ma part, outre le seul contre 6 de Ceret je garderai à jamais en mémoire le combat homérique qu'a livré Robleño au dantesque Canario le 22 juillet 2012 à Mont-de-Marsan. Ce jour-là l'enfer et la gloire se sont cotoyé pendant 20 minutes.
    Pour ces 20 minutes Robleño aura ma reconnaissance éternelle et mon soutien indéfectible.
    Beñat

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