jeudi 26 décembre 2013

Le geste de l'année

 Il y a maintenant deux ans, certaines écoles taurines ont été nouvellement baptisées, pour prendre le label de "Centres de haut rendement". Cette appellation, très critiquable, a de quoi poser bien des questions.
Car il est vrai que l'on demande beaucoup de choses à l'heure actuelle aux novilleros. On leur en demande tellement qu'ils en deviennent conformistes, tentant à tout prix de se calquer sur le modèle des vedettes, dès l'échelle des non piquées.
Or, c'est une grave erreur de demander la même chose à un novillero et à un matador.
Le novillero, par définition, doit avoir deux vertus principales : le courage et l'envie de bien faire. La technique elle, devrait venir au fil du temps.

Cette année à Céret, j'ai eu un véritable coup de cœur le 13 juillet pour un jeune novillero que je voyais toréer pour la première fois. Vicente Soler, âgé de 17 ans à ce moment-là, et originaire de la province de Castellón.
Devant son premier adversaire d'Hubert Yonnet, un client sérieux et difficile, Soler avait fait du très bon boulot, ponctuant sa prestation d'une épée engagée. Une oreille lui fut légitimement accordée.
J'ignorais en revanche qu'il récidiverait face au sixième. Car il eut face à lui un autre novillo très astifino. Et une fois de plus, Vicente Soler décida de tout jouer, avec pundonor, énormément de courage et d'envie. Une nouvelle fois, on vit un Novillero, avec un grand N, un vrai de vrai !
Face à ce dernier Yonnet, Soler joua à la roulette russe au moment de vérité, avec tout d'abord un pinchazo très engagé, puis une épée entière avec voltereta monumentale.
Je dois reconnaître pour ma part que si deux oreilles étaient tombées du palco, cela ne m'aurait nullement choqué.
Le seul problème, c'est que pas une seule ne fut accordée. La pétition dura, dura, dura... En vain. Digne, Soler donna deux vueltas triomphales. Mais cette façon de se jouer la vie, pour un gamin de 17 ans, je m'en souviendrai longtemps, quel que soit l'avenir promis à Vicente Soler. Ce fut pour moi le geste taurin de l'année, face à ces Yonnet aux cornes aiguisées.

Un geste qui en appelle un autre.
Dans la catégorie du pire geste taurin, on pourrait bien sûr facilement évoquer les corridas mal présentées et les vedettes. Mais le mieux reste tout de même de cibler les outrages manifestes.
Toujours au cours de cette matinée cérétane du 13 juillet, le pire vint du palco qui ne récompensa pas Vicente Soler. La présidence menée par Pierre Fons s'avéra honteuse, et intégriste au sens péjoratif du terme. On assista ainsi à une injustice notoire, du fait d'une attitude indéfendable.
Car oui ce matin-là, Vicente Soler aurait dû sortir en triomphe, après avoir mis en jeu sa vie pour de vrai. Sa vie de gamin fier d'être dans l'arène. Dans l'échelle des valeurs, la présidence du jour s'est trompée, et c'était une faute grave...

Florent

(Image d'Alexandre Blanco : Sans commentaires)

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