dimanche 27 janvier 2013

Temps de cerveau disponible

S'il y a bien un domaine qui en toutes saisons ne connaît pas la crise, c'est celui de la publicité. D'ailleurs, quoi de mieux pour illustrer le domaine publicitaire que la formule d'un ancien PDG de TF1, nommé Le Lay. Cet individu s'était distingué il y a quelques années avec une phrase à la fois cynique et triviale : "Pour qu'un message soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c'est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages."

La pub est vraiment partout, dans la rue, à la télévision ou au cinéma. J'ai justement repensé à cette formule du "temps de cerveau disponible" il y a quelques jours en me rendant au cinéma. Une séance annoncée pour 15 heures, avec un début effectif à 15 heures 15. Et dans l'intervalle alors ? Et bien que de la publicité, seule chose à contempler dans l'attente de cette salle obscure.
La publicité s'impose plus ou moins directement sur les gens et leurs esprits. On baigne dans une véritable atmosphère d'hypocrisie.

Je pensais seulement évoquer l'aspect publicitaire dans ce papier... Mais le fameux film de 15 heures 15 de dimanche dernier en a décidé autrement. C'était "Django", le dernier film de Tarantino. J'aime bien certains films de Tarantino, bien que l'on ressente à chaque fois un esprit déjanté voire des sauces à l'hémoglobine trop prononcées. J'ai beaucoup aimé "Pulp Fiction" ou encore "Reservoir Dogs".
Et là, c'était donc "Django". La fiction se déroule peu avant la Guerre de Sécession et évoque la traite des Noirs. Les décors sont superbes, et pour tout dire, la première partie commence plutôt bien. Ce film n'est d'ailleurs pas à ranger dans la catégorie des médiocres, loin de là. Mais peu à peu, l'artifice et le longiligne remplacent l'inattendu. Tout le long, nombreuses sont les giclées de sang, si bien qu'il y en aurait presque un aspect malsain, pervers voire éjaculatoire.
Et puis au bout 2 heures 45, le film s'achève. Avant que ne défile la longue liste de ceux qui ont participé de près ou de loin au film, un message de la production en langue anglaise s'affiche à l'écran : "Aucun cheval n'a été maltraité ou tué durant le tournage". Et c'est là qu'il y a matière à se poser plusieurs réflexions, même sur un détail qui pourrait paraître aussi minime :
- Le réalisateur a voulu montrer dans ce film toute la violence qui pouvait exister à ce moment du XIXème siècle aux États-Unis, le sang humain ayant été versé à flots en toute indignité. La mort d'animaux (en l'occurrence des chevaux) est également montrée dans le film. Il y aurait donc dans cette fiction un certain panorama d'une ancienne réalité.
Mais...
- Les spectateurs sont-ils pris pour des cons ? En croyant qu'ils pourraient penser que des chevaux ont été maltraités ou tués dans le cadre d'un film à dimension internationale avec des dizaines et des dizaines de millions d'euros en jeu.
- Le réalisateur s'est-il senti une telle obligation de rassurer le lobby animaliste ?
- Le sang animal serait-il donc plus choquant pour certains que le sang humain ?

En plus de laisser perplexe en fonction des goûts de chacun, ce film "Django" laisse ce message final et douteux. Un petit message anecdotique pour des sociétés où une grande hypocrisie règne, car beaucoup ne sont absolument pas choqués par le sang humain, réel ou virtuel, mais s'offusquent dès qu'il est question de sang animal. La corrida n'a bien évidemment rien à voir dans tout cela, et je n'établirai pas le parallèle. Le temps disponible des cervelles animalistes devait en tous cas être aux anges, et rassuré.

J'en viens enfin, et cela n'a rien à voir avec ce qui précède, au mécanisme de la publicité. Il est présent partout, et nous envahit de plus en plus, si bien qu'il fait partie intégrante du décor. Comme s'il était indispensable.
En tauromachie aussi, la publicité avance de jours en jours. Je prendrai comme exemple éloquent celui des "gestes des figuras", qui depuis le début de l'hiver, multiplient les effets d'annonce. Désormais, on a l'impression que le simple fait de s'annoncer avec un élevage moins ordinaire que d'habitude est comme un "avant triomphe". De même, certaines cérémonies d'annonces de ferias et de cartels vont dans ce sens. Un sens qui voudrait que l'on puisse triompher plusieurs mois avant les corridas en question ! Exemple : "annonce de cartels d'une arène Y, 800 personnes pour y assister, oh là là quel triomphe !". Et pourtant, la réalité de la corrida ne se joue que dans l'arène. Le reste n'est que communication et atmosphère publicitaire. On aura beau annoncer des vedettes dans 50 arènes avec 50 élevages différents, on ne peut pas vraiment s'en faire les gorges chaudes, car d'une corrida à une autre, le caractère imprévisible des toros ou des éléments peut changer la donne.
En matière de publicité, les petites arènes (celles qui sont petites par la taille et n'ont pas vocation à se prétendre grandes) semblent adopter la politique la plus humble et la plus vraie, puisqu'elles annoncent les Toros d'abord, et mettent moins en avant l'aspect artificiel.

Florent

dimanche 13 janvier 2013

En 2013, retour à la novillada ? (V)

ISTRES

Dotée d'une arène moderne depuis la saison 2002, la ville d'Istres va annoncer à la fin de la semaine prochaine les affiches de sa temporada. Celle-ci sera composée de trois corridas au mois de juin et d'une corrida portugaise au mois d'août.
Chose surprenante, des membres de l'organisation d'Istres considèrent leur plaza comme étant la "Olivenza française". Mais est-ce vraiment un honneur de se comparer à une arène de troisième catégorie du fin fond de l'Extrémadure ?

Telle est l'identité que désirent avoir les décideurs istréens. Mais à Istres, il y eut d'anciennes arènes, plus petites, plus rustiques... Et il faut dire qu'en se penchant sur l'histoire, c'était un bastion de la novillada. Sont là pour en témoigner les multiples récompenses de la part de l'ANDA et d'autres organes. Istres a en effet, pendant les années 80 et 90, présenté des novilladas sérieuses et d'un grand intérêt, avec des pensionnaires de Puerto de San Lorenzo, El Sierro, le Scamandre et autres... Récemment disparu, Pierre Charrain était fortement impliqué à l'époque dans l'organisation de ces novilladas authentiques. Il faut donc lui rendre hommage, et on ne peut pas à l'heure actuelle évoquer l'ancienne identité d'Istres sans associer son nom.

Et en 2013, il n'y aura pas de novillada à Istres.

Florent

(Image : Les "nouvelles" arènes d'Istres)

jeudi 10 janvier 2013

En 2013, retour à la novillada ? (IV)

VILLENEUVE-DE-MARSAN

Après avoir été pendant plusieurs décennies une arène traditionnelle de novilladas, et après avoir connu une interruption de l'activité taurine au milieu des années 2000... Villeneuve-de-Marsan a vu de nouveau des cornus défiler sur son sable à partir de 2007.
Cependant, depuis la saison 2011, il y est question de corridas de toros ! Et lorsque l'on voit la présentation des "toros" en question, de Sotillo Gutiérrez et de Santa Ana, on peut se demander pourquoi  ces jolies petites arènes ne reviennent pas à la novillada...

Florent

En 2013, retour à la novillada ? (III)

Les arènes vues de la voie ferrée

BOURG-MADAME

Les clichés illustrant cet article ont été pris il y a une dizaine de jours à peine. Comme vous pouvez le constater, les arènes de Bourg-Madame, à l'histoire taurine éphémère (de 1998 à 2004) sont toujours en place ! Elles sont a fortiori loin d'être en mauvais état.


Mon lieu de villégiature hivernale n'étant guère éloigné de Bourg-Madame (commune située à la frontière avec la Catalogne espagnole), j'ai découvert au hasard de la rue principale du village la présence de cette plaza de toros ! Elle ne revêt il est vrai aucun charme architectural, puisqu'il s'agit d'une portative, mais a la caractéristique d'être la plus haute d'Europe car située à 1 200 mètres d'altitude. Elle n'a donc pas bougé depuis le temps, et reste située entre un terrain de football et le chemin de fer du Petit train jaune.
Après avoir accueilli des corridas en 1998 et 1999, Bourg-Madame se tourna vers les novilladas avec picadors de 2000 jusqu'à l'ultime en 2004.
Ce type de courses étant à la baisse dernièrement, ces arènes pourraient de manière hypothétique retrouver une activité, le maire étant aficionado, et cette commune de Cerdagne membre de l'UVTF...

Florent 

L'affiche inaugurale

mercredi 9 janvier 2013

Records de Catalunya (II)

LAS ARENAS DE BARCELONA

C'est en mars 2011 que le moment tant attendu arriva : Réouverture de Las Arenas de Barcelona, Plaça d’Espanya... Mais reconverties en centre commercial !
Voilà ce que l’on a trouvé de mieux pour conserver la façade de ces arènes au style "hispano-mauresque" inaugurées en 1900.
Pas si simple en vérité, car l'ensemble sans activité taurine depuis 1977 aurait pu être rasé, faute de classement à l’inventaire des biens culturels de la ville, inventaire existant depuis 1962. C’est sous la pression de la fédération des entités taurines de Catalunya, d’architectes et d’institutions locales que la mairie classa la façade à la fin des années 90. Depuis, divers projets, jusqu’à ce "Méga centre commercial" style soucoupe volante à la couleur rouge sang.
De peur de me retrouver au milieu d’un ruedo prisonnier de restaurants, boutiques et autres cinés, je n'ai jamais osé le traverser. Pourtant, une exposition sur la transformation des arènes est visible au deuxième étage juste à côté des cinés. Ah les fameux cinés ! Ils appartiennent au groupe Balaña... Tiens tiens, en parlant de toros, cela ne vous dit rien ?
Don Pedro Balaña Espinos fit fortune dans les toros, en gérant ces arènes- là ainsi que la Monumental située à l’autre bout de cette même avenue des Corts Catalanes, à compter de février 1927. Sous son règne Barcelona se retrouva capitale de la tauromachie espagnole, par le nombre de spectacles célébrés et par la durée des temporadas.
Avec l’argent des toros, le groupe a diversifié ses activités, détenant grande part des cinémas barcelonais, théâtres et cabarets. Et les toros dans tout ça ? En sourdine... Comme trop souvent. Le neveu et le groupe sont propriétaires d’une Monumental laissée sans corridas, conséquence de piètres programmations et d’une loi catalane démagogue, discriminatoire et injustifiable. Après l’exposition des travaux de "Las Arenas" à côté des cinés, on pourrait même les croire capables de vendre la Monumental ! Cynisme quand tu nous tiens.

David Duran

(Images : Affiche polémique de reconversion des arènes / Las Arenas en 1986)

mardi 8 janvier 2013

Un seul Palha

J'ignore si nous sommes beaucoup à avoir été frigorifiés lors de l'annonce des élevages pour Céret de Toros 2013.
La rumeur d'un lot de Palha (ceux de Joao Folque de Mendoça) qui courait depuis le mois de novembre semblait être un gentil canular, mais il s'est avéré être réalité il y a quelques jours.

Les toros de Folque de Mendoça, au fer "P+" et à la devise bleue et blanche ont déjà connu Céret de Toros, c'était en l'an 2000. Mais les temps ont changé, et en tant qu'aficionados, on se dit qu'il n'y a que le nom de Fernando Palha (l'autre Palha avec ses toros multicolores) qui puisse cohabiter avec l'ADAC et son traditionnel "Céret de Toros". Un seul Palha ici !

Pour annoncer cette course du Samedi 13 juillet 2013, l'ADAC n'a pas pris de risques sur son site en évoquant des origines "Parladé". L'ADAC a souvent affirmé (à tort ou à raison) que tout bétail d'origine Domecq n'avait pas sa place à Céret. Or l'élevage de Palha, à l'heure actuelle, comporte une multitude d'origines, il y a du Baltasar Ibán, du Oliveira Irmaos, du Torrealta, et même du Fuente Ymbro paraît-il... Si bien que certaines morphologies vues à droite ou à gauche font penser à des mélanges au goût douteux.
Et pourtant, les Palhas de Folque de Mendoça ont fait rêver tant d'aficionados, que ce soit grâce aux illustres Garapito en 92 ou à Camarito en 2009, tous deux à Vic, et tant d'autres courses primées à Madrid. Je me souviens d'une course fort charpentée mais clairement typée Baltasar Ibán un soir d'août 2008 à Bayonne. Elle avait été épique avec des matadors très courageux pour l'affronter.
Mais depuis la saison 2009, l'élevage de Palha semble être aux abois. Le sieur Folque de Mendoça, entre autres frasques, a envoyé dans des arènes de première catégorie des lots indignes et laids de présentation, que ce soit à Séville, à Bilbao, et à Las Ventas bien entendu.

Il est étonnant que l'ADAC ait donné sa confiance à ce personnage pour la présentation d'une corrida. Car à l'heure actuelle, ces Palhas sont sur la pente descendante, sont passionnants dans les livres de Pierre Dupuy, mais ont-ils une place dans le ruedo de Céret en 2013 ?

Les quelques clichés avec lesquels on peut se faire une toute petite idée des futurs toros combattus laissent perplexe. En étant un peu excessif, on pourrait dire que plusieurs ont l'apparence de gnous ou pourraient concourir pour la prochaine Cocarde d'Or ! Trêve de plaisanteries, il est cependant vrai que certains toros ne semblent pas réellement identifiables de par leurs morphologies. Certes il y a des cornes, certes il y a de la présence...
Impressionnants étaient les Luis Terrón (origine Murube) de 2004 ou encore les Coïmbra (origine Conde de la Corte) de 2009 ou 2010, mais ils avaient au moins des secrets à livrer. Les Palhas de Folque en ont-ils vraiment ? A titre de comparaison, les autres élevages représentaient au moins une inconnue.

En outre, l'ADAC organisant chaque année trois ou quatre courses au maximum, est-ce son rôle de présenter cette corrida de Palha ? Il y a tellement d'autres choses au Portugal, et souvent bien plus belles. Quand on pense qu'une corrida de Prieto de la Cal a été qualifiée de "contrefaçon" au mois de septembre dernier à Céret... Au contraire, on aimerait dire que les organisateurs dissidents ont pour le coup respecté la logique cérétane et auraient mérité un meilleur traitement.

Pour les Palhas du Samedi 13 juillet 2013, il faudra bien sûr attendre le verdict du ruedo. Mais l'originalité est en berne, chose inhabituelle pour ces lieux.

Florent

(Image : un toro de Fernando Palha (ou plus exactement des Herdeiros de Doña Maria do Carmo Palha) pour Céret de Toros 1998. Les Palhas historiques de Céret de Toros.)

L'an XIII

Nous sommes en 2013 et ce blog existe encore. Bonsoir !
Je me permets modestement de souhaiter la bonne année à tous ceux qui passeront par cette page. Et n'étant pas friand de discours officiels, mornes et graves, je vous épargnerai de toutes platitudes d'usage dans ce paysage.

Il est toutefois coutume sur le type de publication qu'est un blog, de souhaiter à ses passants la bonne année et tout ce qui va avec.
J'en profite pour éclaircir plusieurs points, puisque je n'ai absolument rien à cacher. Il n'est un secret pour personne que mon nom apparaît depuis maintenant quelques années dans la revue Semana Grande dirigée par Marc Lavie. J'ai eu l'honneur d'y publier ma première reseña pour une course à Carcassonne en 2004, j'avais treize ans et des poussières.
Toutefois, bien que je puisse écrire à d'autres endroits que dans ce blog, sachez que je ne me considérerai jamais comme journaliste, mais simplement comme aficionado. Quand j'étais petit, j'aimais bien écrire quelques mots isolés à propos des toros dans la solitude sonore de ma chambre.
On dit que certaines passions de jeunesse finissent par s'envoler car elles sont éphémères et finalement assimilées comme des erreurs. Pour ma part, cette passion pour la tauromachie date d'une paire d'années, et il est quasiment inconcevable à mes yeux de lui tourner le dos.
Aujourd'hui, j'essaye toujours d'écrire dans le silence à propos des toros, avec les maigres capacités littéraires qui sont les miennes. Ce que j'écris ne reste plus enfoui au fond d'un tiroir, mais finit généralement soit sur ce blog, soit sur le papier de l'hebdomadaire Semana Grande. Écrire sur les toros m'a toujours animé, et qu'importe le nombre de lecteurs ici ou là... C'est tellement bien de pouvoir parler de toros aussi bien au passé, au présent ou au futur.

Il y eut un moment où je pensais abandonner ce blog et y mettre un point final pour diverses raisons : le manque de temps, les études et autres... Mais l'afición a été trop forte. Vous trouverez comme avant, des articles divers, tant dans la fréquence de publication, que dans le contenu. L'important étant de parler de toros avec cette passion qui nous anime tous, et surtout, sans langue de bois.
Si au travers d'une passion (aussi forte soit-elle), on devrait s'autocensurer ou limiter l'expression de sa pensée, et bien cela rendrait amer et l'on n'y serait peut-être pas autant attaché. A ce propos, je suis fréquemment choqué par les outrances qui sont faites... non pas aux spectateurs occasionnels, mais souvent aux aficionados les plus assidus ou les plus fidèles. Que ceux qui les condamnent prennent du recul par rapport à eux, et gagnent en humilité, car c'est de la pure malhonnêteté intellectuelle de s'en prendre à des aficionados a los toros tout cela pour pouvoir asseoir sa connivence avec des gens du milieu. La fête des toros braves n'a pas besoin d'eau tiède pour exister. Bien entendu, tout le monde mérite du respect au niveau des toros tant que les choses sont défendables. Aussi, il est nécessaire qu'une critique, diverse et non à sens unique, continue à s'exprimer. Dans le cas contraire, il n'y aurait plus d'afición, mais seulement des spectacles taurins à huis clos. 

Encore bonne année à tous ! Et bonne temporada !

Florent