mercredi 6 février 2013

Records de Catalunya (III)

L'HISTOIRE SINGULIERE DE LA NOVILLADA DU CLUB TAURIN D'ARGELES-SUR-MER

En 1987, l'activité taurine reprenait ses droits dans la cité balnéaire grâce à la municipalité qui implantait des arènes portatives face au bocal du Tech, route de Saint-Cyprien.
Forts de cette certitude, une bande d'aficionados avec à leur tête Charles Campigna, créèrent le Club taurin d'Argelès-sur-Mer dès janvier, afin de s'associer aux destinées de la placita.
Ce vœu sera bien entendu et accepté par l'empresario de Figueres, Mario Gelart, prestataire de l'empresa locale "SOTEC", et présent lors de cette création. Dès lors le club multipliera ses activités afin d'essayer d'apporter une dynamique nouvelle dans le paysage taurin local moribond. Expositions, projections, conférences, tertulias au collège, et aussi des déplacements "tras los montes" qui s'organisèrent afin d'inculquer la chose taurine.
Le club s'impliquait pour que la portative ne soit pas qu'une simple "arène de plage" selon l'expression consacrée. Le 19 juillet 1987, la course inaugurale avec des novillos de Los Bayones de belle présentation confortera les convictions de l'afición argelésienne. Encouragé par l'adhésion populaire, le club local commença alors à rêver d'organiser un jour sa propre course. Une course organisée par une bande d'aficionados... Du côté du Vallespir on rêvait exactement de la même chose et la création de l'ADAC arriva en novembre de la même année.

Pour autant en Argelès, l'idée avait fait son chemin et il fut décidé d'organiser une course à caractère torista dès la saison suivante, en 1988.

Le choix se porta donc sur l'élevage portugais d'Ortigao Costa (origine Gamero Cívico) et les novillos furent directement sélectionnés au campo au mois de mars par la direction du club. Les Madern, Campigna et consorts se cotisèrent à hauteur de 150 000 francs afin de voir les toros franchir la frontière. La course fut jumelée au festival de Jazz de la mi-juin pour ne pas concurrencer les corridas et novilladas estivales dans la région. Le but était de créer une animation atypique. C'est un défilé de calèches comme lors d'une course goyesque qui fit patienter le public en ce 19 juin avant que ne défilent José Zuñiga "Joselillo de Colombia", César Pérez et Denis Loré. Malgré les magnifiques compositions florales qui décoraient les arènes, le résultat artistique ne fut pas à la hauteur. "Joselillo" dépassé avec les aciers, César Pérez volontaire mais brouillon. Seul le nîmois Loré tira son épingle du jeu. De belle présentation, les novillos furent des "durs à cuire" avec diverses "complications". J'assistais pour ma part à mon deuxième spectacle taurin. Il s'agissait de mes débuts en afición avec des souvenirs plus que diffus.
Cette tarde fut quand même "historique" du seul fait de son organisation par le club taurin argelésien. La taquilla enregistrée ce jour-là, une demie entrée, ne permit pas de rentrer dans les frais. Le club taurin se recentra ensuite sur des animations culturelles, et cette première fut aussi sa dernière.

David Duran

(Note : Après une novillada de Gilbert Mroz en 1980, Argelès-sur-Mer retrouva une courte période d'activité taurine entre 1987 et 1991, date de la dernière course)
(Images : L'affiche de la novillada du 19 juin 1988 / "Umbroso", l'un des six novillos d'Ortigao Costa)

mardi 5 février 2013

Le retour des Cuadris

La dernière fois qu'un lot de Cuadri a été combattu en France, c'était à Céret, le 12 juillet 2009... Et pour tout dire, ce fut un échec, un ennui, une déception, confirmant la mauvaise passe traversée depuis des années par cette devise prestigieuse.
Qui hormis les personnes veillant quotidiennement à la destinée de cet élevage pouvaient envisager un retour au premier plan dès la saison 2010 ?
Car du jour au lendemain, les toros de Cuadri ont de nouveau illuminé les ruedos. Prix au meilleur toro de la San Isidro 2010, lot d'un grand intérêt à Saragosse la même année, et puis des cuvées 2011 et 2012 de haut vol. La patience de la famille Cuadri et du mayoral José Escobar aura ainsi payé, si bien que les "Cuadris" sont redevenus une valeur sûre de l'arène.

Le dernier lot de toros de cet élevage combattu en France, c'était donc à Céret en 2009, et il y eut par la suite deux toros isolés. Le premier lors de l'exceptionnelle corrida-concours d'Arles de 2009 marquée par les exemplaires de María Luisa Domínguez Pérez de Vargas, Prieto de la Cal et Hubert Yonnet ; et le second, à Vic-Fezensac lors de la corrida-concours de Pentecôte 2011.
Durant ces trois dernières années qui ont été excellentes pour Cuadri, un seul exemplaire a été vu en France. Il faut dire que la maison ne fait pas dans la surabondance et encore moins dans la duplication de toros de type commercial. Un lot de Cuadri est donc une denrée rare.
Dans cet élevage, le toro lambda en impose, il est large, fier, sérieux et impressionnant. Le toro de Cuadri est d'ailleurs probablement celui qui a le plus de présence et de prestance en piste à l'heure actuelle.

Comme un symbole, c'est à Céret que les toros de Cuadri vont faire leur retour en France, là où ils étaient venus pour la dernière fois, il y a déjà quatre ans. Pour cela, l'ADAC est parvenue à obtenir le lot initialement prévu pour Bilbao. D'ailleurs, le choix de l'arène Basque de ne pas prendre cette course est étonnant, car Cuadri est un gage de sérieux et d'authentique. Mais il faut dire que Bilbao depuis un certain nombre de saisons sonne comme une plaza torista "canada dry". La plupart du temps, ce sont des élevages vus partout ailleurs durant la saison qui foulent le sable de Vista Alegre à la fin août, avec certes de la présence, mais occasionnant surtout pas mal de déceptions au final. Année après année, Bilbao fait dans la redondance au niveau des ganaderías, si bien que l'on n'a plus envie d'y mettre les pieds. De cette grande arène à la politique torista chancelante, le président Matías González et ses mouchoirs de couleurs diverses ne sont qu'un arbre cachant la forêt.

D'ailleurs, à bien y réfléchir, il est mieux que le lot de Cuadri dont il est question aille à Céret plutôt que dans n'importe quelle arène provinciale de première catégorie. En Espagne, dans l'écrasante majorité des arènes, et quel que soit le lot de toros ; l'autorité ainsi que les hommes en piste font tout pour éviter un tiers de piques intègre et propre ! A Bilbao ou ailleurs, on envoie deux fois minimum/maximum le cornu à la pique. Souvent, il en ressort dézingué. C'est quand même très frappant, car rares sont les fois où dans une grande arène espagnole (hormis dans le cadre des corridas-concours) on peut voir un toro aller plus de deux fois au cheval.
En France, la réalité est différente. Il y a des arènes qui se préoccupent bien plus du tiers de piques. Et pour cette raison (parmi tant d'autres), c'est bien que les toros de Cuadri atterrissent à Céret...

Florent

(Image : L'affiche des toros de Cuadri sur le mur des corrales de Céret en 2009. La corrida en question vit défiler cinq toros de Cuadri et un sobrero de Fidel San Román. Chez les piétons, il y avait Fernando Robleño, Sergio Aguilar, et David Mora qui remplaçait José Miguel Pérez "Joselillo" blessé à Pamplona)

vendredi 1 février 2013

Il faut sauver le soldat Alès

Je garderai toujours l'image de ce ciel entièrement bleu en allant à Alès pour assister à une corrida étant gamin, c'était au printemps 1998. Un ciel bleu, comme éternel. Tout était parfait, que d'insouciance, la France allait être championne du monde, et puis on ne pensait même pas aux années qui allaient défiler. Éternelle, c'est ainsi que l'on rêve la jeunesse.

D'un point de vue au figuré, le ciel n'est plus aussi bleu au-dessus d'Alès. Il faut dire qu'avec la décision du Conseil constitutionnel du 21 septembre 2012 relative à la corrida, notre passion commune, une chose était certaine : Les anti-taurins ne s'arrêteraient certainement pas dans leur combat qu'ils trouvent juste, nécessaire, indispensable, moral et j'en passe...
Après avoir essuyé des échecs sur à peu près tous les fronts existants, voilà qu'ils tentent désormais de s'attaquer à la tauromachie au niveau local. Ces dernières semaines, on entend beaucoup parler d'Alès et des remous inhérents à la célébration de corridas dans cette ville des Cévennes, parallèlement à la nomination d'un nouvel organisateur.

C'est donc Alès et ses arènes dites du "Tempéras" qui sont les victimes des agitateurs, de la médiatisation excessive et des propos outrageusement fielleux envers la corrida et ses passionnés.
Plus le temps avance, plus on a l'impression que l'opposition à la corrida est un rôle agréable pour beaucoup qui ne tenteront pas de la connaître et d'ouvrir la première page. Etre contre la corrida aujourd'hui, c'est endosser le maillot du citoyen branché, suffisamment anti-conformiste, un minimum protestataire, ne serait-ce que pour faire semblant. En fait, on nous ressert un énième discours à la mode.
Le pire dans tout cela, ce ne sont peut-être pas les protestations des anti-corridas auxquelles nous sommes habitués, mais bien la position d'un homme en vue des élections municipales de 2014. Mais comment peut-on utiliser la corrida comme argument électoral et en faire un enjeu politique ? Dans beaucoup d'endroits, on nous dit qu'il faut en finir avec la corrida car elle génère trop de dépenses. Il faudrait signaler aux titulaires de ce postulat que l'économie de la corrida est quelque chose de très résiduel dans un pays comme la France.
Certains veulent faire de notre passion un thème national, d'une importance capitale, pour tenter de la sacrifier aux yeux de tous. Mais tant qu'il y aura des aficionados, ils auront bien du fil à retordre.
En parlant de statut d'anti-conformiste, à la banalité confondante, je relevais ce propos chez le candidat évoqué plus haut : "La société a évoluée depuis 1989 et la première Féria d'Alès, le regard des français comme des Alésiens sur la corrida a changé". En plus d'être affublée d'une faute d'orthographe, cette phrase ne veut strictement rien dire, et je suis presque désolé d'un tel constat ! La vacuité est en présence, et l'on aimerait demander sur quelles études s'appuie une telle affirmation.

Le ciel n'est donc plus aussi bleu au-dessus de la ville taurine d'Alès, elle est comme prisonnière de discours à la mode, sans fond, avec au-delà les carcans désormais inévitables imposés par des médias médiocres. Eux aussi anti-conformistes de façade.

L'un des autres postulats en présence, c'est affirmer qu'Alès ne possède pas de tradition taurine ! Ignorance pure.
Pour ceux qui ne seraient pas réfractaires à la lecture, il suffirait de parcourir le livre "Histoire taurine d'Alès" de Philippe Lavastre (qui a également réalisé le livre sur la tauromachie à Vichy).
Dans la petite arène ovale d'Alès, un jour pluvieux du printemps de l'année 1990, les toros du Curé de Valverde ont débarqué avec leur toute puissance. Parmi bon nombre de corridas notables, celles du Curé de Valverde suffisent pour caractériser un manifeste de la tradition taurine d'Alès.

Ainsi, en plus d'avoir une tradition taurine affirmée, les arènes d'Alès ont un caractère, fort et presque montagnard, il faut dire que les Cévennes sont voisines. Là-bas, tant de toros fiers et puissants, et tant de maestros téméraires sont passés. Pendant que les premiers vendaient chèrement leur peau et les seconds se jouaient la vie dans la solitude sonore de l'arène, peut-être qu'il y avait déjà un début de cacophonie avec des bruits protestaires. Ces bruits n'ont pas été entendus, car la vérité et la réalité de l'arène sont ailleurs, comme dans un monde à part. Il en sera certainement de même pour les futures courses à Alès. D'ici là, espérons que le ciel entièrement bleu revienne enfin. On le souhaiterait éternel.

Florent

P.S : Avant une corrida de la feria d'Alès 2004, des anti-taurins se sont jetés au centre de l'arène, pour s'enchaîner... avec des enfants comme boucliers. Triste époque.