mardi 19 mars 2013

Idées arrêtées

Il y a sur leur tableau de bord quelque chose d'inquiétant...

On pourrait longtemps épiloguer quant au lieu situé à l'entrée du village de Samadet, dans les Landes. Qu'est-ce donc ? Un hangar ? Un gymnase ? Une arène ?
Il y a dans l'esprit certainement un peu des trois à l'intérieur de ce petit lieu taurin. Samadet a par ailleurs l'habitude d'ouvrir la saison française en matière de novilladas avec picadors.
Tiens donc, c'est que d'emblée on parle de piques ! Pourtant, sans incriminer qui que ce soit, ce tiers est à cet endroit quelque chose de minime. Rien que la configuration du lieu, avec quatre angles droits ou presque, malmène ce compartiment de la lidia.
Où placer le picador ? Dans un angle opposé au toril ? A cinq mètres du toril sur la longueur de la piste ? Ou alors sur la largeur ? Un casse-tête. Il faut dire aussi que le bétail sélectionné pour les novilladas de Samadet ne se prête pas tellement à cet exercice en règle générale. C'est ainsi, en divisant ce rectangle, on pourrait à maintes reprises s'amuser du théorème de Pythagore. Mais ce lieu n'est cependant pas fait pour bâtir la gloire des picadors...

Le gymnase de Samadet sert régulièrement au basket-ball, parfois à la course landaise, et une fois par an, à la novillada. On remarque par ailleurs que cette traditionnelle novillada a récemment été déplacée au mois de mars. Auparavant, elle se tenait en février. Une particularité dans le froid hivernal bordant ce hangar, on avait l'impression d'être plus congelé à l'intérieur qu'à l'extérieur !
En arrivant à Samadet et en contemplant ce bloc, une question – peut-être naïve – venait de manière récurrente :
- Où sommes-nous ?
- Nulle part.
Enfin presque... Samadet est un village avec une politique taurine clairement établie depuis plusieurs saisons. Samadet a trouvé son créneau, et a même réussi à fidéliser un public. Se rendre à une course à Samadet, c'est un signe que l'hiver a été trop long... Aller dans ce gymnase, c'est aussi en quelque sorte vaincre sa claustrophobie, car il s'agit d'un lieu clos où la musique parfois s'avère trop bruyante et ne peut s'évaporer.

Samadet a ses habitudes en matière de politique taurine. Là-encore, on parle de Salsa Jandilla... Il paraît même que c'est indispensable de faire combattre beaucoup de novilladas d'origine Jandilla. Au détour de tertulias de comptoirs ou ailleurs, on entend régulièrement ces propos. La Salsa Jandilla, il paraît que c'est la sauce piquante des toros de combat, le must, la noblesse acidulée, inlassable, parfaite pour l'apprentissage des novilleros.
A Samadet, l'élevage d'Antonio Palla (d'origine Jandilla) a eu du succès pendant plusieurs années d'affilée. D'autres élevages ensuite se sont succédés, pas forcément du Jandilla, et des novilleros également sont passés par là. Des jeunes qui ont triomphé, et qui aujourd'hui ne figurent plus sur les gammes de l'escalafón... J'y ai vu Antonio López "El Moronta", disparu de la circulation en quelques mois à peine, Román Pérez, Patrick Oliver...
Samadet, voilà une arène qui ne porte pas vraiment bonheur à ses triomphateurs. J'espère pour les jeunes qui s'y produiront à l'avenir qu'il ne s'agit pas là d'une règle absolue et irréversible.
Pour continuer dans la Salsa Jandilla – car les Antonio Palla ne sont plus en vogue depuis quelques temps –, Samadet a choisi en 2013 une course de Fuente Ymbro... Qui au final s'est soldée par un triomphe et un indulto !

Je n'y étais pas, et je me garderai bien d'émettre un avis sur cette course. Cependant, il semble que Samadet soit allée au plus loin dans son créneau, avec un indulto et un "triomphe total". Même Matías González, président des arènes de Bilbao, a quémandé diverses récompenses lors de cette course : oreilles, vueltas posthumes, indulto... Il faut dire que le Monsieur est proche ami de Ricardo Gallardo, ganadero du jour.

Venu plusieurs fois accompagner son bétail dans le Sud-Ouest, Gallardo en a même ramené à plusieurs reprises chez lui (Garlin, Mont-de-Marsan l'an dernier, et Samadet ce dimanche...). En cette période où la papauté est sous les projecteurs de l'actualité, je lisais l'autre jour avec curiosité une liste de tous les Saints Patrons établis en Europe. Il y en a pour tous les goûts, avec de quoi s'étonner longuement... Et décidément, je me suis dit que Ricardo Gallardo collerait parfaitement au Saint-Patron des indultos.

Le tableau de bord est inquiétant, la Salsa Jandilla a remué de tout son corps, et en beaucoup d'endroits il a été écrit que "la saison a commencé fort". A la recherche du sensationnel ? Peut-être...
A la sortie de la course, pour orner leur tableau de bord, certains auraient marqué sur un large bout de papier "Pour les prix de fin de saison 2013 : donner celui au lot de novillos aux Fuente Ymbro de Samadet...".

Messieurs s'il vous plaît, attendez...

Florent

mercredi 13 mars 2013

Soleil Levant

En Espagne métropolitaine, Valencia et sa région sont les premières à voir le soleil se lever le matin. On appelle par ailleurs cette contrée "Levante", tandis qu'à l'Est, seul l'archipel des Baléares a le privilège de voir apparaître le jour un peu plus tôt.
Valencia, mardi 12 mars, le soleil ne s'est pas levé. On se demande d'ailleurs (au figuré) quand se lèvera-t-il pour cette région touchée de plein fouet par le désastre économique et social. La morosité se ressent là-bas, et que dire alors du remplissage des tendidos...
Samedi, dimanche et lundi, il y avait des novilladas à la sauce Jandilla. Elle était plutôt mièvre d'ailleurs, cette Salsa Jandilla qui a rythmé le début de feria.
Et mardi, c'était au tour des Albaserradas. Au programme, une corrida d'Adolfo Martín, à la présentation sérieuse. Disons-tout de suite qu'à Valencia, la lidia n'est pas le sport national, puisqu'en cet après-midi : seul un puyazo sur douze fut acceptable, à mettre au crédit de Francisco Tapia face au cinquième. Pour le reste, ce fut un festival de piques hyper-traseras, dont ne se sauva même pas le prestigieux Tito Sandoval devant le dernier toro. Des lidias escamotées donc, des épées mal logées aussi, et peu de monde sur les gradins pour voir tout cela.
Du lot d'Adolfo Martín, tous les toros étaient âgés d'au moins cinq ans, et trois d'entre eux s'appelaient Aviador.

Sous un ciel voilé, le bal s'est ouvert avec un toro austère. Il portait le nom de Madroño, un negro entrepelado dur, âpre et dangereux face auquel Antonio Ferrera dut livrer bataille. Dans la grisaille, les hostilités étaient explicitement lancées.
Côté toros, il y en eut certains difficiles à divers degrés, comme l'avisé deuxième ou encore le cinquième. Et deux autres Adolfos au comportement encore différent, puisque le quatrième était distrait avec un manque de race sous-jacent, et le dernier s'éteignit vite. En plus, ils furent tous mal lidiés.

Dans ce lot de toros âgés, il y en avait un autre aux portes des six ans. Aviador, le troisième. Un toro au pelage gris et aux armures larges. Enfermé lors de sa première rencontre à la pique, on ne put le voir comme on l'aurait aimé lors du tiers initial. Et puis, malgré une piètre lidia, on vit le grand toro qu'il était en fin de combat. Face à lui, dans un sombre habit violet et noir, David Esteve aurait pu quitter l'anonymat. Esteve est un matador de Valencia, qui de temps à autres doit s'exiler au Pérou pour combler l'aridité de son agenda. David Esteve aurait pu frapper un grand coup et tendre à la prospérité. Car sur ses deux cornes, Aviador possédait quelque chose de pas banal. C'était une bravoure sans niaiserie, avec de la transmission. Un vrai toro de triomphe. Pour le bagage qui est le sien, Esteve n'a pas fait une mauvaise faena. Courageux, il a été nettement en-dessous d'Aviador. Le museau de ce dernier volait bas, et l'on avait envie d'entonner des "olés" rien que pour cette charge somptueuse... Aviador n'était pas un bonbon. Par ailleurs, l'innocent Esteve commit plusieurs erreurs durant sa faena, mais grand seigneur, Aviador le pardonna à chaque fois. C'était un toro gris, portant fièrement ses six ans, et il ne fut que discrètement ovationné au moment de quitter l'arène. Vite... Que le soleil se lève...

Florent

vendredi 8 mars 2013

Paradoxe Palha

L'entrée de Rabosillo à Las Ventas
En afición je serais à ranger parmi les "toristas" même si j'assiste généralement à tout type de course sans a priori. Je ne me focalise pas sur une ganadería particulière, mais je suis plutôt sensible aux ferias ou semaines à consonance "torista". Je prends ce que l'on me donne à découvrir...

Je n'avais donc aucune prédisposition pour les Palha. Cet élevage n'était pas ma tasse de thé alors qu'il m'était peu connu... La personnalité du ganadero, l'aspect "supermarché" de la ganadería où l'on trouve de tout tant en origines qu'en morphologies. Je ne sais toujours pas... Du coup, je ne vis ma première course de ce fer qu'en 2000 ! Depuis, je n'ai eu cesse de la croiser. Je dois être atteint d'un syndrome ou plutôt d'un paradoxe, le "paradoxe Palha".

Première course et premier choc ! A Céret le 16 juillet 2000, pour l'une des courses les plus prolixes en termes d'oreilles coupées (quatre) de l'ère ADAC. Escarmouche avec le sieur João Folque de Mendoça en tertulia au sujet des piques reçues par ses toros ce jour-là : "j'ai ma définition de la noblesse et vous la vôtre !".
La même année pour les Vendanges à Nîmes, une des courses les plus émouvantes... On commence avec Stéphane Fernández Meca qui va recevoir son toro à puerta gayola. Ensuite Padilla monte sur le cheval pour piquer son premier adversaire. Et là... On se dit "où va-t-on ?". Au final, on termine dans l'épique après la grave blessure d'Antonio Ferrera au troisième et de Fernández Meca au dernier. On gardera le souvenir de Ferrera et ses deux oreilles récompensant une faena templée de façon inouïe, pour ce garçon qui réalisait là sa meilleure année. Le genre de course bouleversante de par son déroulement et de surcroît face à des toros "cojonudos".
Revers de la médaille : les courses farfelues d'Alès (2003-2005) où le sieur Folque était aussi directeur des arènes. Pour rester correct on dira que cela sentait le nettoyage de corrales de son propre élevage...
En 2007 pour ma première madrilène, "Rabosillo" fut élu toro de la feria. Il permettait à Sánchez Vara de pouvoir s'acheter une finca.... En vain.
Dans la catégorie novilladas, il y en eut une remplie de gaz et de forces, vaillante aux piques, à Vauvert en 2011. Avec en face des jeunes surpris par tant de caste. Répétée en 2012 à Vauvert, nous assisterons à une annulation rocambolesque : billet acheté à 17 heures... On renonce dans les dix minutes suivantes sans que ne tombe la pluie. Annulation sans report.
Évoquons enfin une surprenante corrida de Palha combattue en 2011 dans une Monumental de Barcelona qui allait fermer ses portes... Une course expérimentale de par la mystérieuse présence de deux toros jaboneros... Du Veragua via Domecq par de nouveaux reproducteurs ? Mystère ? En tous cas ce fut un fracaso... Ainsi va le paradoxe.

Morante de la Puebla à la Monumental de Barcelone
Cet été les Palha reviennent à Céret, treize ans après. Que souhaiter ? A quoi s'attendre ? Pour surfer sur la vague Robleño et le coup de l'an dernier, j'aurais aimé que Juan Carlos Carreño, représentant de l'ADAC et désormais veedor de Morante de la Puebla convainque ce dernier d'être là... Morante de la Puebla chef de lidia à Céret devant les Palha, cela aurait belle allure ! Mais les cartels sont maintenant connus et ce souhait relève du fantasme...

Paradoxe Palha vous disais-je...

David Duran

jeudi 7 mars 2013

L'autre Iván

Il y a bientôt quatre ans, un ami me racontait une novillada célébrée à Orduña, un village situé à quelques dizaines de kilomètres au Sud de Bilbao. Orduña, c'est la terre d'Iván Fandiño, un matador qui en seulement trois ou quatre temporadas, a acquis une notoriété considérable. Mais c'est également le fief du novillero Iván Abasolo, qui en ce jour de 2009 débutait avec picadors dans ses arènes.
Mon ami m'avait raconté une prestation périlleuse, affublée d'un manque de métier flagrant et compréhensible. Ce qui aurait pu être un chemin de croix pour Abasolo fut ce jour-là un succès, car face à ses deux novillos, il se sauva grâce à deux estocades fulgurantes lui permettant d'obtenir des trophées.
Ce n'est que trois ans après, le 21 juillet 2012, qu'il passa la frontière pyrénéenne pour la première fois. Dans les chiqueros, des novillos de l'élevage tant apprécié mais si peu programmé de Fernando Pereira Palha attendaient...
A base de courage et d'un métier bien plus affirmé que lors de son début mouvementé à Orduña, Abasolo a connu à Orthez le triomphe au cours d'une novillada encastée et passionnante. Ce novillero atypique a donné tout ce qu'il avait dans la bataille, chaquetilla incluse ! On garde le souvenir d'un novillero bagarreur, très volontaire, et s'engageant comme un mort de faim à l'heure de vérité. C'était là le véritable esprit de la novillada... La photographie de Frédéric Bartholin peut par ailleurs en témoigner.
A Orthez, il affronta ce jour-là trois novillos et obtint le résultat suivant et éloquent : vuelta, une oreille et une oreille.
Au moment où commencent à apparaître les cartels de nombreuses novilladas pour la saison 2013, il en est de certains noms que l'on voit fleurir sur toutes les affiches, et d'autres que l'on attend mais qui ne seront peut-être aucunement sollicités...
Couper deux oreilles à du bétail de Fernando Palha dans une arène comme Orthez – qui prend du galon chaque année – cela revêt une certaine importance. Et cela devrait avoir une répercussion ailleurs...

Florent