mercredi 21 août 2013

Cahier de vacances (X)

CENT SECONDES A NOUS TOISER

Les courses ont beau s'enchaîner à un rythme endiablé lors de cette dernière quinzaine, il y a bien un souvenir qui en surpasse d'autres. Bien entendu, certains moments qui ont eu lieu depuis ont été d'un grand intérêt. J'y reviendrai...
On dirait qu'internet et les nouvelles technologies donnent parfois un nouveau sens à la tauromachie. Une nouvelle perception, comme si on en oubliait que le toro mourait dans l'arène. La première préoccupation à l'heure actuelle, c'est la performance, de savoir si El Niño del Pico a fait "silence et silence" ou si El Rey del Atraco a coupé quatre oreilles et une queue. Jusqu'à en oublier le trépas du cornu dans l'arène, qui ne serait en fait qu'un simple objet de spectacle. C'est peut-être l'époque qui veut ça...

Je pense encore à Pies de Plomo, le troisième Valdellán, immatriculé 222. Notre ami vicois Yann Bridonneau a eu la chance de le côtoyer lui et ses congénères pendant une semaine précédant la novillada. Yann en a même ressorti ce magnifique cliché, où le beau Graciliano regarde fixement l'horizon.

En définitive, peu de personnes ont vu Pies de Plomo mourir dans l'arène. Car Pies de Plomo est mort, tandis que d'autres mille fois moins braves sont revenus à leurs pâturages de naissance. Pour cette course de Valdellán, les chanceux présents pourraient très bien se prévaloir d'un "j'y étais". Mais cela n'a aucun intérêt.

En piste, Pies de Plomo n'a pas eu le droit à un tour de piste final. C'est ainsi. Paraît-il qu'il a trop tardé lors du tiers de piques. Qu'importe, on ne pourra réécrire le moment, et il a déjà été ovationné à la hauteur de sa grandeur.
Je me souviens de ce novillo exceptionnel, s'arrêtant en plein centre de la piste, nous toisant, puis repartant donner l'assaut au cheval pour des rencontres d'une intensité monumentale. Nous avions le temps, il fallait être patient. Novillo de caste brave, Pies de Plomo aurait mérité la vuelta al ruedo. La nuit tombait sur Vic-Fezensac, et l'on savait encore pourquoi on tenait tant aux courses de toros. Certainement pour des moments comme celui-là.

Et dire qu'il y a des personnes qui ne voient dans le toro que noblesse, faiblesse ou vices. Dramatique...

Tu seras torista mon fils.


Florent

mardi 13 août 2013

Cahier de vacances (IX)

LES BRAVES VENUS D'AILLEURS

Ne cherchez pas à localiser l'élevage de Valdellán au Campo Charro, en Extrémadure ou dans la province de Cádiz. Il se situe ailleurs, dans la province de León, une terre peu garnie en arènes et en élevages braves.

Des braves, il en manque beaucoup actuellement dans les arènes et au campo. A la place, on retrouve bien souvent des cornus insuffisamment dotés de cette caractéristique. Le décasté et le décaféiné sont devenus un pain quotidien.
Pour la saison 2013, il manquait à l'appel une course vraiment marquante, un sommet, avec des toros encastés et braves à fleur de peau.
Elle a mis du temps à venir... Vic-Fezensac, vendredi 9 août 2013, 19 heures, novillada de Valdellán.

Devant tout au plus 800 personnes, soit un cadre confidentiel, l'élevage de Valdellán a sorti un lot exceptionnel. Solide, mobile, avec du poder, énormément de codicia, et bien évidemment : de la bravoure et de la caste. Les six exemplaires présentés ont pris 17 piques en braves, parvenant même à faire oublier les mauvaises lidias auxquelles ils ont souvent eu droit.

Le feu d'artifice a débuté avec Guasón, un negro entrepelado mal piqué mais qui démontra une grande et belle noblesse. Le portugais Manuel Dias Gomes ne sut en profiter et accumula les passes sans effet.
Avec Carmelito II, le deuxième, on vit un grand tiers de piques. Ce novillo encasté semblait vouloir déssouder la cavalerie. A la muleta, il était toujours-là et offrait des possibilités. Face à lui, Rafael Cerro eut de bons passages, en étant le plus centré possible. Malheureusement, le jeune estoqua d'une lame atravesada.

Et puis le feu d'artifice continua...

Quand Pies de Plomo (le troisième) a poussé le cheval sur près de trente mètres à la première rencontre, le public n'en croyait pas ses yeux. Quelle merveille de novillo. Pour la petite histoire, il était officiellement numéroté 22. Mais à la suite d'une erreur de marquage lorsqu'il était veau, Pies de Plomo s'est retrouvé avec le numéro 222 sur le flanc. Après l'extraordinaire première pique, il en reçut deux autres, puis mit César Valencia en difficultés aux banderilles. Pies de Plomo était toujours présent au dernier tiers. Le novillero vénézuélien s'est appliqué et a été courageux. Il a même coupé une oreille, mais il n'y avait d'yeux que pour ce fantastique novillo, fortement ovationné à l'arrastre, et qui aurait amplement mérité le tour d'honneur réservé aux grands braves.

Ensuite, la course ne baissa pas pour autant d'intensité. Le quatrième fut saccagé et mal toréé (et lidié) par Manuel Dias Gomes et sa cuadrilla. Le portugais donna une autre faena interminable et sans relief.
Au cinquième, brave et très encasté, Rafael Cerro ne donna aucune distance à la muleta...
Enfin, le dernier Valdellán eut droit à un "milliard" de capotazos lors de la lidia. Valencia le toréa sur les bordures et en abusant de la voix. Si bien que Carasucio III finit par se désintéresser...

Le lendemain matin, au réveil, il y avait des Valdellán qui couraient dans tous les sens. La veille, Raúl Conde le mayoral, donna un tour de piste très acclamé. Novillada jubilatoire, un sommet de la saison. Six ovations à l'arrastre. Des louanges et des fleurs pour ces braves venus d'ailleurs...


Florent

jeudi 8 août 2013

Cahier de vacances (VIII)

LA CASTE DES MIURA

Se rendre à une course de Miura, c'est prendre le risque de regarder vers le passé à l'excès. Mais quel passé ?
A trop y penser, on se fait une image très homérique du pensionnaire de Zahariche. "Où sont donc passés les Miura d'antan ?" se dit-on bien souvent. Car voir un Miura prendre un minimum de dix passes serait actuellement une anomalie pour la conscience collective. Il y a là matière à débat.
Je suis pour ma part très mal placé en ce qui concerne ce sujet, ayant vu "mes premières" Miuradas dans les années 90.

Quant aux lots envoyés par cette enseigne en novillada, ils surprennent souvent par leurs cornes défectueuses et orientées vers le bas. Le soir de la Miurada d'Hagetmau, je me suis surpris à feuilleter des livres et des revues taurines des années 80. Le constat ?
Les Miura combattus en novilladas à l'époque avaient exactement les mêmes armures qu'aujourd'hui, à savoir pointées vers le bas. Miura envoie ainsi en novillada ce qu'il ne peut présenter comme toros de quatre ans et plus. Pas de nouveautés.

En ce qui concerne les Miura d'Hagetmau, le terme "passionnant" serait le plus approprié pour parler d'eux. Car nous vîmes ce dimanche 4 août une bien belle course !
Les novillos du jour possédaient de grandes et fortes carcasses, avec trois d'entre elles marquées du A en haut de la cuisse, et trois autres en bas. Patas Chulas, Jarrero, Inquisidor, Arenero, Navegante et Estribero ont vendu chèrement leur peau à Hagetmau. En tout cas, ils permettaient de faire des choses à des degrés divers.

Sous un ciel d'été, c'est Patas Chulas qui est entré le premier. Imposant de présence, il alla trois fois à la pique avec bravoure et puissance. Mais hélas, le bonheur fut de courte durée puisqu'il se brisa un sabot lors des banderilles. Imanol Sánchez eut la lucidité et l'honnêteté d'abréger face à cet adversaire prometteur.
Le deuxième Miura prêtait à discussion, puisqu'il portait une vilaine boule en haut de la patte avant-gauche. Jarrero, c'est son nom, s'avéra le plus faible du lot. Et face à lui, Cayetano Ortiz accumula les passes sans transmission. Le sobriquet ou le nom de Cayetano ne semble d'ailleurs pas porter chance dernièrement dans le monde de la tauromachie. Au cinquième, brave et encasté, Cayetano n'a pas été bon, étouffant le Miura et tuant de manière catastrophique.
Néanmoins, cette novillada fut entretenue de bout en bout. Inquisidor, le troisième, montrait des signes de faiblesse mais se récupéra au fil du combat. Le vénézuélien César Valencia le banderilla en utilisant une chaise, puis proposa une faena courageuse avec ce cornu pourvu d'un sentido pas évident à manoeuvrer. Valencia coupa la première oreille du jour après une entière à tendance delantera.

Imanol Sánchez reçut également une oreille. Celle du quatrième. Imanol, c'est le cœur avant la technique, l'image d'un novillero à l'ancienne présent dans toutes les parties du combat. Débutant à portagayola, banderillant ensuite, il affronta son second Miura avec cran, faisant face à la caste avec générosité lors d'un combat intéressant. Imanol donna des muletazos de face en fin de parcours, et tua d'une épée engagée. Un "novillero bravo" dans le ruedo d'Hagetmau.

Enfin, le bouquet de cette belle et surprenante Miurada s'appelait Estribero, le sixième. Cárdeno salpicado porteur du numéro 16, il prit quatre piques sans fléchir. C'était un tourbillon de caste, débordant et désarmant le jeune César Valencia à chaque occasion. Valencia n'a pas démérité, car Estribero était un véritable adversaire de respect. Ovation à l'arrastre, quel régal !

Florent


(Image : Le combat d'Imanol Sánchez face à Arenero, le quatrième Miura)

jeudi 1 août 2013

Cahier de vacances (VII)

"MÉFIEZ-VOUS DE LA CONTREFAÇON"

Rangez votre cahier de vacances. Optez pour une soirée entre amis.
Les verres s'enchaînent, à cadence plus ou moins élevée, et vous prend alors l'envie d'un jeu à la con. Ce sera un quizz ! Les questions se suivent... Et... Et puis celle-ci :
... Le premier qui citera le nom d'un élevage de toros portugais :
- Palha !
- Palha !
Des réponses identiques, téléphonées. 98% de chances pour que les bestiaux actuellement propriétés de Folque de Mendoça soient les premiers à venir à l'esprit. Au Portugal, cet élevage est le moins "sorti des sentiers battus". Et à Céret, le dimanche 14 juillet au matin, c'était un lot de Palha...

Déjà, il y avait de quoi repenser à l'an dernier, lorsque d'inhabituels organisateurs à Céret avaient désiré monter une corrida de Prieto de la Cal. A écouter certaines voix dissidentes à ce projet, on aurait dit qu'un sort allait s'abattre sur les arènes de Céret de manière impitoyable. De la contrefaçon déversée par litres sur l'édifice inauguré en 1922 ! Et au final... Une course intéressante de Prieto !

L'hiver suivant, l'ADAC annonçait qu'il y aurait un lot de Palha pour Céret de Toros ! Ce fut un choix, certes controversé, mais un choix quand même. Il appartenait ensuite à l'aficionado de se rendre ou non à une telle course. A prendre ou à laisser.
Il n'empêche que la présence des Palha de Folque de Mendoça à Céret avait de quoi étonner, car dans l'arène du Vallespir, le Palha historique, c'est celui de Don Fernando avec ses toros multicolores. Le lot de Palha choisi était également une surprise car il y a tant d'élevages encore inédits au Portugal...

En fin de compte, les Palha combattus le 14 juillet à Céret n'avaient rien d'une contrefaçon, il faut le préciser d'emblée. En revanche, ils étaient à contre-style de l'endroit, c'est une certitude. Le lot avait été remanié après divers incidents au campo et dans les corrales.
Plus terrifiants en photos que dans le ruedo, les pensionnaires du père Folque étaient bien présentés, proportionnés, et armés. Ils eurent un certain allant à la pique, en restant malgré tout plus bravitos que braves, et furent il faut le dire très mal piqués !
On ressentait au-delà des tiers de piques mal exécutés que l'élevage de P+ traversait une période de changements, avec une tendance à la modernité et à la civilisation. Ces dernières années, voir des toros de Palha, c'était devenu comme une loterie. On ne pouvait jamais savoir à l'avance ce que cela allait donner. L'imposante et terrible corrida de Bayonne en 2008 restera un grand souvenir... Si lointain...

Incombant à Iván García, Trovoado, le premier Palha de la matinée, avait tout du toro pour vedettes. D'une noblesse infinie et peu motorisée, je pensais en le regardant à mon ami David Duran. Cet hiver, il écrivait en fantasmant son envie de voir Morante de la Puebla chef de lidia à Céret devant les Palha. Avec ce premier toro, cela aurait très bien pu être le cas ! C'était un toro pour Morante ! Mais c'est Iván García qui l'a affronté, longuement... très longuement.
García toucha un autre toro permettant de quitter les arènes avec un panier d'oreilles. Quita-Miedos (littéralement "qui enlève la peur", ce qui veut tout dire...), le quatrième, était un Palha lourd, âgé de six ans, bravito en trois piques diversement dosées, puis d'une grande noblesse. Accusant son manque de pratique actuelle, le blond García est resté sur le voyage. Tour de piste imaginaire pour le Palha, tandis que le torero quittait Céret les mains vides...

Ce matin-là, Manuel Escribano est passé quasiment inaperçu. On l'a seulement vu briller le temps d'un violin dans les cornes et d'un quiebro. Pour le reste, il ne s'éternisa pas face à un premier très vite éteint et un autre compliqué, brusque et court de charge.
Le troisième Palha, bas et très armé, désarçonna le picador, s'avérant ensuite noble et mobile. La faena d'Alberto Aguilar face à lui aura été plutôt courte, en profitant de la noblesse offerte. Une petite oreille tomba dans l'escarcelle d'Aguilar après une entière verticale.
Enfin Promessa, le dernier Palha qui n'était pas prévu dans le lot initial, représentait un cas d'école en matière de pique assassine... Car la seconde pique hyper-trasera que lui administra Juan Carlos Sánchez causa des dégâts imminents. On vit Promessa vaciller, et s'arrêter net. Alberto Aguilar eut beau prendre ensuite le public à témoin face à un toro arrêté et décomposé, le mal était fait.
Le tiers de piques n'est pas une formalité lors duquel peu importe l'endroit où le toro est châtié... A cet instant-là du combat, il faut souvent se méfier de la contrefaçon.

Florent

(Image : "Político", n°719, negro, né en septembre 2008, de Palha. Écarté du lot (indication sur le sorteo) en raison d'un voile à l'oeil)