vendredi 10 janvier 2014

Au centre du monde

De taille modeste, un poil vétustes et surplombées par une chaîne de montagnes, les arènes de Céret pourraient sans exagération être le centre du monde. Catalan de sang, Salvador Dalí avait désigné la gare de Perpignan comme étant le "Centre del Món", au terme d'élucubrations excentriques dont lui seul était capable.

Pour de nombreux aficionados, l'été, ce théorique centre du monde se déplace d'une trentaine de kilomètres plus au Sud. Justement aux arènes de Céret, où Salvador Dalí avait pris place à de nombreuses reprises pour assister à des corridas.

Céret possède par ailleurs une longue tradition taurine. Mais depuis plus de vingt-cinq ans, elle est illustrée par l'ADAC, une association désirant mettre le Toro au centre de toutes les attentions.
Bien qu'elle soit récente, cette période est historique pour la tauromachie en France, puisque Céret est devenu un lieu unique, et même symbolique. A la tête de l'ADAC, et parmi ses fondateurs, il y avait Jean-Louis Fourquet, qui s'en est allé au tout début de cette nouvelle année.

A soixante-trois ans, Jean-Louis avait le même âge que Jean-Jacques Baylac, le Vicois. Il m'est impossible de ne pas faire un parallèle entre ces deux personnages, qui étaient certainement les plus grands partisans de la Corrida-vérité ces dernières décennies. Une grande afición, et la recherche perpétuelle de l'authenticité et de la splendeur du toro de combat.

Jean-Louis Fourquet est mort, et nous sommes tous peinés par cette nouvelle. Il faut dire que dans nos vies d'aficionados – voire même dans nos vies tout simplement –, Céret était devenue une étape immanquable chaque année. Cela n'a rien à voir avec du snobisme ou une idée dogmatique de pélerinage.
Simplement, c'est un immense plaisir de pouvoir se rendre à Céret chaque année au mois de juillet. Rien que l'endroit déjà, bordé par les montagnes et non loin de la magnifique Côte Vermeille. La simplicité qui y règne est également accueillante, et que dire alors de cette vision de la corrida, du toro au centre des débats, et de tous ces souvenirs vécus à cet endroit, un lieu témoin de nos plus grandes émotions.

C'est Jean-Louis Fourquet, ainsi que tous ses amis de l'ADAC, dont beaucoup sont partis trop tôt ces dernières années, qui ont permis que Céret soit aussi importante pour les aficionados.
Le chemin, ils l'ont emprunté dès 1988, à une époque où les arènes de Céret connaissaient une activité décevante et sans réelle identité. Le 17 juillet 1988, les dés ont été jetés, et l'histoire a commencé à s'écrire, avec une corrida de Puerto de San Lorenzo. La suite, tout le monde la connaît, tellement l'histoire est riche en souvenirs, en détails et en émotions.

Le chemin emprunté par cette honorable association, fruit de la volonté de Jean-Louis et de ses amis, n'a pas été une croisière paisible. Combien de fois a-t-on pu entendre des critiques virulentes envers l'ADAC et sa conception de la tauromachie.
Qu'importe, car ceux qui fréquentent les arènes de Céret savent que beaucoup de toros y ont été extraordinaires, que des élevages ont commencé à y connaître le succès et ont eu des opportunités. La même chose pour les toreros, qui n'y sont pas autant minimisés que les clichés le rapportent. A Céret, depuis 1988, beaucoup ont été les toreros et les novilleros qui se sont grandis, et en sont ressortis avec des triomphes véritables et indiscutables.

L'ADAC a dérangé une sorte d'ordre établi dans l'organisation des corridas. Jean-Louis en était le symbole, et veillait sur ces lieux. Lorsque j'avais onze ou douze ans, je me souviens avoir été impressionné par ce destin, et cette façon de voir la tauromachie. Le président de l'ADAC parlait toujours avec vérité, sincérité et authenticité. Ses convictions paraissaient inébranlables, et elles sont restées ainsi. La verve de Jean-Louis Fourquet dans ses propos était remarquable.

Et puis, chose fort importante, ces Cérétans ont fait de leur arène un symbole, un endroit unique. Car effectivement, il se situe tout près de la frontière de l'interdit, dans une région où la corrida a été supprimée. Pourtant, la Catalogne a été une grande région de tradition taurine, avec d'innombrables plazas.
Le succès de l'ADAC et de Jean-Louis Fourquet, cela aura été d'avoir maintenu cette splendide identité. Catalans, aficionados et fiers de l'être ! Toute cette ambiance est vraiment unique, avec ces mélodies sortant des instruments de la Cobla, ces areneros habillés en costumes typiques.
Malgré l'interdiction de l'autre côté de la chaîne Pyrénéenne, Céret reste fière, et affirme que la corrida et l'identité catalane ne sont pas deux choses incompatibles. Et c'est extrêmement important que Céret soit maintenue ainsi, comme une forteresse imprenable. Un peu comme le "dernier village Gaulois", il est vrai que les similitudes sont troublantes !

Jean-Louis Fourquet a été président de l'ADAC jusqu'en 2010, terminant vingt-deux ans à la tête de l'association sur une feria d'apothéose. On vit cette année-là des choses extraordinaires en l'espace de deux jours sur le sable cérétan.
Par ailleurs, Jean-Louis était certainement le seul organisateur au monde à promener lui-même le panneau annonçant les toros avant leur sortie. C'était le signe d'une immense afición et d'un dévouement hors du commun.
Contre vents et marées, les cérétans ont gagné, et ont fait de leur arène une place incontournable.

Merci Jean-Louis. Merci à toi et aux tiens. C'est en grande partie grâce à toi que des aficionados – jeunes ou moins jeunes – se sentent depuis des années chez eux au mois de juillet en s'asseyant sur la pierre de ces arènes. Tout cela parce que des gens dévoués ont su leur donner une chose située au-delà de leurs espérances : un lieu unique, un peu comme un centre du monde...


Florent

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