lundi 27 janvier 2014

El Pana l'éternel

Mexico. Hier, 26 janvier.
A l'âge de 62 ans, le matador Rodolfo Rodríguez "El Pana" fait ses adieux. Ce n'est pas la première fois. Vêtu d'un habit grenat et or, tout se passe mal pour lui, comme prévu.

La chose était prévisible, car le temps s'est arrêté sept ans auparavant. Ce 26 janvier 2014, El Pana affronte des toros de Villa Carmela mal présentés, faibles et décastés. Et c'est Joselito Adame qui se taille un beau succès face à un sobrero de Montecristo. Adame semble en verve en ce moment, sa tauromachie a évolué d'une façon impressionnante en si peu de temps.
El Pana écoute pour sa part des silences, parfois quelques applaudissements, et à d'autres moments des sifflets puissants et des invectives.

Pour ses adieux de 2014, El Pana n'a même pas eu droit aux Golondrinas, la mélodie mélancolique destinée aux despedidas. Ajoutez-y des bajonazos d'anthologie, et toutes les composantes d'un rendez-vous manqué. On avait l'impression que le public attendait encore.

Car sept auparavant, le premier dimanche de l'année 2007, El Pana avait fait de la Plaza Mexico un volcan en ébullition. Ce jour-là, il portait un laid costume rose fané et argent soutaché de noir, qu'aucun becerrista ne rêverait de porter.
Qu'importe l'habit, El Pana livra ce jour-là une prestation unique, exagérée, remplie de postures, mais simplement extraordinaire. A la télévision, les commentateurs s'écriaient à en perdre la voix. "Bien de largo, bien con Rey Mago ! BIEN ! Rodolfooo Rodríguez... EL PANA !".
Ce jour de 2007, El Pana faisait déjà ses adieux. Il avait dédié au micro de la télévision son second toro aux prostituées du monde, ce qui était selon lui "le dernier toro de sa vie de torero".
Mais cette corrida tellement fantastique lui permit de relancer sa carrière.

Depuis, El Pana a toréé à de nombreuses reprises. Un jour, il arriva carrément éméché à un festival et dut être embarqué par la maréchaussée. Il y a deux ans, il fut même hospitalisé à cause d'un état de santé délabré. Le jour de son retour à la Monumental, il avait demandé au ganadero du jour de rebaptiser ses deux toros "Cirrhose" et "Cancer" (!).

Toujours est-il que depuis 2007, le public attend que le miracle se réédite. En vain, et sans trop y croire d'ailleurs. Car il y a sept ans, El Pana a gravé pour la postérité des gestes hors du commun, avec des trincheras et des muletazos au ralenti.

Hier, il est allé poser sa montera au centre de la piste. A l'envers, de manière ostensible, pour contredire toute superstition. Mais il ne s'est rien passé.
En sport, les catégories d'âge sont très strictes. Tandis qu'en tauromachie, tout est toujours très différent. Des sexagénaires peuvent affronter les mêmes toros que des toreros de 25 ans. C'est ainsi.
Hier, tout le monde pensait encore à la prestation de 2007. Sept années sont passées. Cela paraît être une éternité. Le souvenir lui, est toujours aussi vif. Et les gens attendent encore...


Florent

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