samedi 8 février 2014

Fragiles, les Prietos

La télévision n'est pas vraiment le meilleur angle pour "assister" à une corrida. Néanmoins, elle permet de se faire une idée, même minimale. Et c'est déjà ça, surtout en plein hiver !
Ce 7 février, dans les arènes couvertes de Valdemorillo (Madrid), c'était la première novillada avec picadors de l'année en Europe. A l'affiche, du bétail de Prieto de la Cal, un élevage qui connaît une grande sympathie auprès de l'afición.
La rareté du sang Veragua qui coule dans les veines de ces toros y est aussi pour quelque chose. Et puis, des "Prietos", on en a beaucoup de souvenirs vifs, avec de beaux et âpres combattants marqués du "A" sur la cuisse.
En revanche, l'élevage a connu l'an dernier deux cuisantes sorties en France, avec les corridas d'Alès et d'Aire-sur-l'Adour.
Malgré tout, cette ganadería est assez sollicitée de l'autre côté des Pyrénées en ce début de saison, puisqu'elle fournira une autre novillada le 24 mars à Castellón.

Chez le toro de Prieto de la Cal, l'aficionado recherche avant tout sa présence singulière en piste, sa puissance et sa combativité. Au cours de sorties relativement récentes, des toros de cet élevage ont démontré toutes ces vertus, parfois couronnées d'une belle bravoure, voire même d'une bonne dose de sauvagerie ! De cette catégorie-là, on en vit ces dernières années à Arles, à Céret, à Saint-Martin-de-Crau, et à Cenicientos notamment. Il s'agit du côté pile.
Cependant, le côté face n'est pas très réjouissant. Car pas mal de fois aussi, les pensionnaires de Prieto de la Cal ont démontré des signes beaucoup moins enthousiasmants. Faiblesse, manque de caste, têtes dans les nuages et gueules ouvertes, en refusant et en snobant le combat.

Hier à Valdemorillo, les novillos de Prieto de la Cal – dont quatre des sept étaient nés en mars 2010 (donc proches de l'âge adulte) – ont démontré une réelle fragilité au cours de leurs combats. Fragilité, au niveau des forces comme au moral.
Avec sept rencontres à la pique, et une caste parfois absente, on était loin de l'image attendue des pensionnaires de cet élevage. La course commença mal, avec un premier novillo fortement piqué et qui se décomposa très vite, puis un deuxième qui s'avéra complètement décasté.
C'est au troisième que la course reprit un poil de couleurs, puisque ce Prieto en question possédait du genio.
Mais la note la plus positive de cette novillada vint avec les combats des quatrième et cinquième novillos. Le quatrième tout d'abord, de nom "Lucero", exigeant et encasté, et qui déborda César Valencia. Ensuite, le cinquième, "Rompedor", au beau pelage jabonero claro, qui après avoir montré d'inquiétants signes de faiblesse en début de parcours, se récupéra et démontra un bon fond.
Curieusement, le sixième titulaire, "Aguardentero", se blessa aux vertèbres exactement comme son congénère huit mois plus tôt à Aire-sur-l'Adour. La même distance à la sortie du toril, et la même accélération fatale. Toutefois, "Aguardentero" fut raccompagné aux corrales au bout de longues minutes par une meute de cabestros, à l'inverse d'Alondro, le beau berrendo en castaño d'Aire-sur-l'Adour...
Enfin, le sixième bis fut noble et juste de forces.
En résumé, un ensemble pour le moins hétéroclite.
Si ce lot de Valdemorillo n'inspirait rien d'extraordinaire, il fut quand même meilleur que ce qu'ont rapporté les reseñas incendiaires des sites taurins espagnols de "premier plan".

Face à ces Prietos, les novilleros ont écouté le silence en six occasions. Une chose à la fois étonnante et inquiétante, car les novillos ne posaient généralement pas de problèmes insurmontables, malgré leurs défauts de forces ou de caste.
Par ailleurs, trois des six novillos ne furent pas du tout mis en suerte au cheval, dont deux à l'actif (ou plutôt au passif) du vénézuélien César Valencia. Il n'y eut en outre pas grand-chose à dire à propos des trois novilleros du jour : César Valencia, Daniel Crespo et José Antonio Carreiro.

En regardant de plus près les dernières sorties des Prieto de la Cal, on remarque que c'est à cinq ans qu'ils livrent leurs meilleurs sorties. Et s'il existe un archétype de toro qui doit sortir âgé et fier de ses cinq herbes, c'est bien celui de Prieto de la Cal. Les dernières temporadas nous l'ont montré.

Florent

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