dimanche 9 février 2014

Histoires de torils (III)

MOUCHOIR VERT TARDIF

En voyant cette porte de toril grande ouverte, ce groupe de cabestros, et ce novillo à l'écart orné de deux banderilles sur le morrillo, on pourrait croire à un indulto dans une petite arène.
La scène se déroule à Lodosa, un torride après-midi du mois d'août 2008. Il faisait près de 38 degrés. Quelques heures plus tôt, en partant de Bayonne avec un ami, le thermomètre n'affichait guère plus de 20 degrés. Un sacré écart de température !

Lodosa se situe tout au bout de la belle Navarre, à son extrémité Sud. L'ambiance de ses arènes est festive, et il y a même un bar au-dessus de la porte d'arrastre ! Au soleil, les jeunes du village se font des batailles d'eau pendant la course, et les anciens vous offrent sandwichs, jolis morceaux de jambons, piments (c'est la spécialité locale), et grands verres de Gin Tonic. A la sortie, vous êtes carbonisés, mais vous avez passé un excellent moment, d'une convivialité à nulle autre pareille.

A Lodosa, ce 4 août 2008, la novillada de Pilar Martínez (propriété de Julio Aparicio) avait été d'un ennui extraordinaire. L'ensemble fut faible et sans fond, donnant le pire visage de l'encaste Domecq.
Il était au moins huit heures du soir quand sortit le dernier novillo de l'après-midi. Et si certains de ses frères étaient faibles, lui fut carrément invalide !
Dès le début, le public protesta un peu, puis gronda pour de bon. Des cris dans tous les sens, un vacarme invraisemblable ! Au milieu de tout cet environnement, le président joua à l'autruche et changea les tiers, confondant toro de combat et vache laitière.

Avant de débuter sa faena, le novillero Daniel Palencia se rendit au pied du callejón pour dédier (ce n'était pas un cadeau !) son adversaire au matador Francisco Marco, présent dans les tribunes.
Au même moment, les anciens du village se réunirent au dernier rang, et nous firent signe à tous de quitter les arènes en guise de protestation.

C'est alors que tout le monde commença à emprunter les escaliers, tandis que le jeune Palencia allait débuter sa faena. Pris de panique, le président de la course sortit alors le mouchoir vert !
Et là, la porte du toril s'ouvrit, et l'on fit rentrer le novillo aux corrales.


Pour la petite histoire, le sobrero était le plus astifino du lot, également le plus puissant, et permit à Daniel Palencia de couper la seule oreille du jour. Comme quoi, la menace et la désapprobation avaient eu du bon. Et je n'ai jamais su si Palencia était allé remercier les anciens du village...

Florent

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