vendredi 7 février 2014

Toutes les temporadas sont bizarres

Chaque temporada qui arrive, on croit qu'un bouleversement d'envergure va s'opérer dans le monde de la tauromachie, et que beaucoup de choses vont changer. Or, ces dernières saisons, rien n'a vraiment bougé en réalité.
En fait, tout laisse à penser que les changements s'opèrent à long terme.
Il n'empêche que chaque temporada est bizarre, et à part entière. Et toutes les temporadas sont différentes les unes des autres, puisqu'elles comportent chacune leurs lots d'imprévus.

Cette photo a été prise il y a cinq ans. Putain, déjà cinq ans ! C'était le 31 janvier de l'an de grâce 2009, dans l'antre portative d'Ajalvir, en périphérie de Madrid. Il faisait un froid glacial, il y avait peu de monde, et les toros étaient de Rocío de la Cámara. Sans aucun rapport avec les redoutables toros du même élevage combattus une dizaine d'années auparavant notamment du côté de Vic-Fezensac.
Le lendemain, dimanche 1er février, des toros d'Alberto Mateos Arroyo, d'origine Baltasar Ibán, et élevés dans la région de Zamora, auraient dû être combattus. Il n'en fut rien, car la neige s'abattit violemment sur toute la Castille ce jour-là. D'ailleurs, il paraît même que les Alberto Mateos avaient été remplacés au dernier moment par d'autres toros, de Cándido García.
Souvent, c'est donc à Ajalvir que chaque temporada européenne débute. Les courses qui y ont lieu relèvent de l'anecdotique ou du confidentiel, mais c'est tout de même à cet endroit que les hommes s'habillent de lumières pour la première fois de l'année.

Cette année, c'est David Luguillano qui s'est illustré à Ajalvir, face à un toro de Pereda qui n'avait pas vocation à sortir ailleurs que dans une arène de troisième catégorie.
J'aime bien Luguillano, ce torero de Valladolid de 45 ans, sa personnalité, ses costumes très chargés en dorures. Luguillano torée peu, mais son répertoire est très inspiré, plein de torería, et l'homme n'est jamais tombé comme d'autres prétendus "artistes" dans l'auto-caricature. David Luguillano, qui va souvent tienter chez Raso de Portillo, est un torero qui essaye de transmettre beaucoup en peu de muletazos. Les almanachs taurins de fin d'année retiendront qu'il aura été le premier triomphateur d'une feria européenne en 2014 : la petite feria polaire d'Ajalvir.

45 ans, c'est aussi l'âge de José Miguel Arroyo "Joselito". Si l'on dressait une liste des toreros à la retraite dont le retour semble improbable, on aurait cité il y a peu le nom de Joselito.
Mais voilà, le grand matador madrilène, devenu ganadero, a annoncé qu'il revêtirait une nouvelle fois l'habit de lumières : onze ans après ! Certes, ce sera à Istres devant des Garcigrande, mais ce retour a quelque chose d'imprévu.
La carrière qu'a eu Joselito à la fin des années 80 puis dans les années 90 est impressionnante.
A l'heure actuelle, pour une figura, se rendre à Madrid est un geste, quel que soit l'élevage à l'affiche. On dirait que les caprices sont exponentiels, et que les "gestes" annoncés n'en sont plus désormais.
Joselito aura pour sa part été une figura dans les années 90, et c'est incontestable. Sa légende, et son histoire en France, il l'a notamment forgée à Mont-de-Marsan. C'était en 1995 face à des toros de Cuadri ! Imaginez de nos jours une vedette s'annoncer à Mont-de-Marsan avec des toros de Cuadri. Impensable ! Cela ne veut pas dire que Mont-de-Marsan est une petite arène, mais qu'a fortiori, aucune figura ne se laisserait aller à un "geste" au Plumaçon, déjà que ce n'est pas le cas à Las Ventas...
En 95 donc, Joselito avait réalisé l'un des plus grands moments de l'année, face à l'encasté "Brujo", de Celestino Cuadri. L'année d'après, Joselito retourna à Mont-de-Marsan, toujours face aux Cuadri. Mais les choses se passèrent très différemment...

Et constatons tout de même qu'en vingt ans, les "Gestes" ont bien changé.

Florent

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