vendredi 14 mars 2014

Histoires de torils (IV)

"SE LLEVA EL ZAPATO DE ORO..."

Ce week-end, les samedi 15 et dimanche 16 mars, la ville d'Arnedo (province de La Rioja) accueillera deux courses (une corrida à cheval et une novillada sans picadors) dans le cadre des fêtes de la Saint-Joseph.
Ces courses auront lieu dans l'enceinte de l'Arnedo Arena. Un label futuriste derrière lequel se cache en réalité une salle omnisports, entourée de terrains de football. Le bâtiment a été édifié il y a quelques années, et inauguré début 2010 lors d'une corrida avec l'énigmatique José Tomás.

Auparavant, Arnedo possédait une arène d'un tout autre cachet. Rien à voir avec la froideur de l'arène couverte multi-usages.
Inaugurées en 1903, les magnifiques arènes d'Arnedo ont eu une belle et longue histoire. Elles ont accueilli pendant plusieurs décennies la feria de novilladas la plus prestigieuse d'Espagne : le Zapato de Oro, chaque année à la fin du mois de septembre.

Le jour où j'ai eu l'occasion de me rendre pour la première fois à Arnedo, c'était pour la dernière novillada du dernier Zapato de Oro organisé dans l'histoire de ces arènes ! Ce n'était cependant pas l'ultime course organisée en ces lieux, puisqu'il y eut le 12 octobre 2009 un seul contre six de Diego Urdiales.

Le 2 octobre 2009 donc, j'avais pris soin d'amener un petit appareil photo – moi qui ne suis pas expert en la matière –, dans le but d'immortaliser la chose devenue destructible. Je me souviens avoir pris de nombreux clichés de cette splendide plaza. Malgré son caractère centenaire, ce joyau d'arène n'a eu droit à aucune pitié.
Il a été détruit, et il n'en reste que de la nostalgie pour ceux qui ont pu s'y rendre. Les bulldozers sont passés par-là au début de l'année 2010. Connerie d'urbanisme !

Pour cette dernière du Zapato de Oro, ce sont les novilleros Ignacio González, Cristian Escribano et Esaú Fernández qui affrontèrent cinq novillos de José Cruz et un de Baltasar Ibán. Deux novillos furent par ailleurs changés. Et pour un mois d'octobre, c'était l'été indien. Un temps splendide !

Pour clôturer plus d'une trentaine d'éditions du Zapato de Oro en ces lieux, les novillos sont sortis par la même et habituelle porte de toril.
Une porte de toril située sous le même porche que celle de l'infirmerie. Il ne fallait vraiment pas avoir la pétoche en tant que novillero en regardant sortir ses adversaires tout en voyant un peu sur la gauche l'inscription "Enfermería".
Tous les novilleros qui sont passés par-là ont été confrontés à un enjeu de taille : le prestigieux Zapato de Oro, qui représente par ailleurs une grande valeur, puisque c'est un soulier en or massif.

Il est rare d'observer une telle proximité entre toril et infirmerie. Je n'y avais d'ailleurs pas particulièrement prêté attention ce jour-là, puisqu'il y avait tellement de choses attirant le regard.
Et en toile de fond, le sacrilège de démolir une telle merveille.

Cette arène vivait donc ses dernières émotions, et c'est Esaú Fernández qui remporta le "dernier" Zapato de Oro. Il eut surtout la chance de tomber sur un grand novillo de José Cruz Iribarren.

Et puis, à la fin de la course, alors qu'éclatait un feu d'artifice dans le ciel encore clair, l'orchestre des arènes effectuait un tour de piste, en jouant le classique "Feria Taurina de Arnedo". Une mélodie dont le refrain se termine par "Y el diestro que ha triunfado, se lleva el Zapato de Oro...". Le public reprit en choeur.

Puis la musique s'est arrêtée. Désormais, les novilleros n'auraient plus à l'avenir à regarder ce toril, et cette inquiétante infirmerie qui pourrait quasiment être la même porte.

Mais seuls les souvenirs restent, car cet endroit n'existe plus.


Florent

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