mardi 15 avril 2014

Un grand novillo dans la brume

Cinquante minutes, c'est en règle générale la durée des matchs de tennis expéditifs, lors de tournois mineurs. Des matchs gagnants en deux sets, que l'on entrevoit parfois à la télévision, avec des vides impressionnants sur les gradins entourant le court. Des matchs de peu d'enjeu, et dont l'issue est presque courue d'avance.
Cinquante minutes, ce fut également la durée de la fiesta campera matinale à Garlin ce dimanche. Mais là, il n'y avait absolument rien à voir avec un match de tennis de série B.

Le soleil ne s'était pas encore réellement levé. A 11 heures 05, ou à 10 heures 05 si l'on était resté à l'horloge d'hiver, "Potrillo", n°18, de Pedraza de Yeltes, a déboulé sur la petite piste garlinoise.
Il était le premier des huit pensionnaires de cet élevage combattus en ce 13 avril. Sept des huit Pedrazas arboraient par ailleurs un pelage colorado.
Haut et corpulent, "Potrillo" imposa le respect dès son entrée sur le sable. Et son combat fut un véritable régal pour l'aficionado. Très brave, il poussa fixement dans le caparaçon de Gabin Réhabi, qui réalisa un bon tiers de piques, malheureusement le seul de qualité de la journée.
Trois piques, et un comportement à la fois brave, mobile et exigeant. De quoi faire un parallèle avec les toros de Joselito entre les temporadas 2008 et 2011. Deux élevages du même encaste Domecq, pour lesquels on peut trouver des similitudes au niveau du comportement. Le fruit d'une sélection exigeante à chaque fois. Mais les toros de Joselito ont tout de même bien baissé en niveau et en caste ces dernières saisons.

"Potrillo" fut combattu par le novillero colombien Guillermo Valencia. Ce dernier ne se démonta pas et fit face, malgré sa petite taille et son statut de débutant.
Alors que le ciel était nuageux, presque brumeux, on assista ravis à ce beau combat. Une fois à terre, le public demanda le tour de piste pour "Potrillo". Il n'y avait pas d'habits de lumières, ni même de présidence. Et malgré cela, le brave novillo de Pedraza de Yeltes (qui possédait des armures intactes bien qu'il s'agisse d'une fiesta campera) eut ce tour d'honneur fort mérité.
En ce type d'occasions, il est réjouissant de voir que l'afición réponde présente et récompense ces bêtes authentiques. Et il était important de ne pas passer à côté d'un tel novillo.
Après voir vu cela, il était fort difficile d'aller "a más" concernant le bétail.

L'autre novillero matinal, c'était Alejandro Marcos de Salamanque, qui possède une semaine d'ancienneté dans l'échelon des novilladas piquées. Courageux et prometteur, il fut mis en difficultés et accroché plusieurs fois par un adversaire exigeant, mais pas aussi encasté que le précédent.
Le public souverain décida ainsi de qualifier Guillermo Valencia pour la novillada de l'après-midi.

Sous un grand soleil, la novillada vespérale n'atteignit jamais le niveau de "Potrillo" combattu quelques heures plutôt. La chose vraiment intéressante chez les novillos de Pedraza, ce fut leur solidité. Comme en témoigne le premier, "Pomposito", littéralement assassiné en deux piques interminables, mais qui garda de la mobilité et du tempérament malgré le fort châtiment.
C'est José Garrido, d'Extrémadure, qui fut chargé de le combattre. Garrido, c'est probablement le novillero le plus en vogue à l'heure actuelle. A de nombreuses reprises, ce jeune homme a démontré son talent dans les arènes, du fait d'une tauromachie posée et ornée de beaucoup de qualités.
Une arme à double tranchant, puisque Garrido est attendu au coin du bois à chaque course. Dans l'attente d'un succès constant. Or à Garlin, ce fut plutôt l'inverse, car Garrido a déçu, malgré ses beaux gestes. Comme une tendance à trop en faire... Face au noble premier, il donna une pâle copie de ses belles prestations habituelles, et au quatrième, faible et à la charge décomposée, il n'y avait rien à retenir.

Filiberto Martínez lui aussi est un novillero d'avenir. Il détient une tauromachie bien huilée, propre et sans scories. Trop propre même en certaines occasions, le jeune Castillan ayant tendance à toréer "fuera de cacho". Son premier opposant fut d'une grande noblesse, tandis que le cinquième, sérieux de présentation, était plus compliqué.
Ce cinquième, baptisé "Resiste mucho", se livra au cours du combat, et offrit à plusieurs moments une franche noblesse. A l'heure de vérité, Filiberto s'engagea et fut soulevé de façon spectaculaire. Deux oreilles furent accordées au novillero, et elles n'étaient pas totalement étrangères à l'accrochage final.

Le qualifié du matin, Guillermo Valencia, s'était entre temps vêtu de l'habit de lumières. Un costume obscur, noir brodé de noir ! La bataille face à "Potrillo" avait été rude, et il restait au colombien deux novillos à occire.
Face à eux, Valencia fut avant tout courageux, très volontaire, et ne put cacher son manque de métier. Avec ce matériel noble et encasté (surtout le sixième), il ne baissa jamais pavillon.

De cet après-midi, on retiendra donc la solidité du bétail de Pedraza de Yeltes, avec des comportements assez variés. Le point majeur restant tout de même le combat matinal de "Potrillo".
Dans la piste étroite de Garlin, remarquons que les lidias ne sont jamais évidentes. On y pique les novillos dans un coin de l'arène. Est-ce vraiment l'endroit propice ? Faute de mieux ? Il faudra y réfléchir à l'avenir.

Il n'empêche que malgré ses origines communes, l'élevage de Pedraza de Yeltes confirme sa bonne période, et maintient l'intérêt pour les aficionados.
Autre bonne nouvelle, on ne vit en ce jour de printemps aucun bajonazo.
Avec une bonne évolution et davantage de métier, on pourrait compter sur José Garrido, Filiberto Martínez, Guillermo Valencia et Alejandro Marcos. Quatre garçons pleins d'avenir.


Florent

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