mercredi 11 juin 2014

Mourir au combat

 Lundi matin, j'ai dû passer de longues minutes à observer ce splendide toro de Dolores Aguirre. Au moins cinq minutes, peut-être dix, voire même quinze. Ce toro, aux cornes affûtées comme des poignards, c'était "Comadroso", le numéro 25. 

Seul devant son enclos, je me suis dit une fois de plus à quel point notre passion était belle, à admirer ces toros vivre, combattre puis mourir. Pourtant, on nous accuse de tous les maux, on aimerait nous condamner, nous interner et nous faire disparaître. Il paraît que notre passion est cruelle, immonde et inhumaine.

Dans une époque où l'on a tendance à chérir les choses superficielles, la corrida est un intrus. Pour nous, passionnés, elle est quelque chose de trop vrai..
Mais sans cesse, des personnes qui s'auto-proclament "voix autorisées" la condamnent sans pour autant la connaître. Dans leur bêtise incommensurable, elles viennent même la placer au sommet de l'horreur dans une société. Il faut vraiment être aveugle pour énoncer un tel postulat.
Rien d'étonnant pourtant quand on voit la société dans laquelle on vit, où il existe une permanente surenchère de personnalité, où l'on tente absolument de hiérarchiser tous les êtres humains les uns entre les autres. Sordide culture de la comparaison, raisonnements intellectuels malsains. Et inculte courroux que celui qui voudrait nous envoyer dans une tombe et dans l'oubli.

A regarder ce magnifique "Comadroso", je me suis dit (une bonne fois de plus) que connaître ce domaine aussi unique sur Terre était une chance. "Comadroso", lui, est beau, magnifique. J'imagine à peine la trouille qu'il pourra semer dans quelques heures dans les arènes tellement sa charpente est impressionnante.
Dans les arènes, les toros meurent et on les admire. "Comadroso" est mort, lundi, un peu après 19 heures. Il est mort, et comme prévu, il a fait peur à tous les occupants de la piste de Vic-Fezensac, et à bien du monde qui était venu garnir les gradins.
Un toro puissant, sauvage, indomptable, et qui jamais ne s'est laissé approcher. Un adversaire difficile et d'un danger à vous en donner des frissons.
"Comadroso" est mort vers le centre de la piste, et on l'a ovationné. Il n'était pas un toro brave, mais un toro de respect, à remplir la mémoire d'émotion.

La parole est d'argent, le silence est d'or, et les toros de combats sont beaux même dans leurs derniers souffles. Pris de passion pour eux, jamais on ne les oublie.

Florent  

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