jeudi 24 juillet 2014

Mais à la fin ce sont toujours les allemands qui gagnent... (I)

"DANS SON VIEUX PARDESSUS RÂPÉ..."

"... Il s'en allait l'hiver, l'été". 
Céret, dimanche 13 juillet. La saison estivale a débuté par un temps fort avec la venue de Carlos Escolar "Frascuelo", soixante-six ans. Tel qu'on le fait pour certaines corridas en d'autres endroits, les organisateurs auraient pu ériger cette présence en évènement, en l'évoquant à outrance.
Ce ne fut pas le cas, et l'on peut saluer les cérétans pour avoir présenté cette course sur un pied d'égalité avec les autres, sans "marketing" abusif.
Mais tout de même, Frascuelo, l'âge d'un grand-père, soixante-six ans cette année ; 66, comme le département des Pyrénées-Orientales, c'était bon présage.

L'homme, fragilisé par l'âge, s'est avancé avec calme sur le sable catalan, comme s'il avait tout son temps. Torero de la tête au pied, et pour toujours, Frascuelo nous a donné à Céret cette dose de tauromachie d'anthologie dont on rêve parfois.
Une classe somptueuse, des gestes uniques, à garder, et à conserver dans la mémoire. Au premier toro de Felipe Bartolomé, on vit Frascuelo dessiner des demies-véroniques, des trincheras et des remates dont lui seul détient le secret. Au quatrième, on admira des naturelles citées de face, en embarquant le toro avec quiétude dans la muleta. Olé !
Ces gestes, tellement inspirés, on aimerait savoir les mimer avec une serviette sur le carrelage de la salle de bain. Mais pour cela, il faut une grâce que seuls peu d'hommes possèdent.

Matador madrilène qui a toréé pour la première fois à Céret en 1971 (!!!), Frascuelo ne semble pas souffrir du temps qui passe. On eut l'impression d'un chronomètre figé, et de quelques passages splendides, à le voir amener vers le centre ses adversaires en donnant des passes avec le genou plié.
A son premier toro, le "jeune homme" glissa, et heureusement fut épargné.
Pour la postérité, on gardera donc en tête ces précieuses images de Frascuelo, toréant avec profondeur ses deux toros de Felipe Bartolomé. Des attitudes qu'aucun autre torero ne renierait, et surtout sans artifices.

C'était tout de même un défi pour cet homme, à soixante-six ans, de venir s'annoncer aux arènes de Céret, avec des opposants qui ici sont toujours des toros de respect.
Dans tous les gestes de Frascuelo, rien n'était lassant ou monotone. Tout était torero. Et encore davantage, le moment où il marcha vers le centre de la piste, en mémoire de Jean-Louis Fourquet, en pointant son couvre-chef vers les cieux.
Bravo, mon vieux.

Florent


(Image de David Cordero : La cape de Carlos Escolar "Frascuelo")

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire