jeudi 31 juillet 2014

Mais à la fin ce sont toujours les allemands qui gagnent... (II)

MIRACLE PRÈS DU GAVE

Il fait nuit au Pesqué, la place taurine d'Orthez, et la seule journée de l'année où habits de lumières, cornes et épées se côtoient vient de s'achever. Peut-être le rideau sur une certaine époque, on l'ignore, avec des années fastes où l'on a tenté bien des choses, loin de l'immobilisme d'autres arènes. C'est pour toi et les tiens Xavier.

Alors que l'été bat son plein, la matinée a débuté calmement avec un premier novillo de Valdellán hésitant, mais encasté et qui alla a más au cours du combat. Les aficionados sont souvent (pour ne pas dire systématiquement) comblés avec cet élevage d'encaste Graciliano. Mal mis en suerte au premier tiers et généralement mal piqués, les novillos de Valdellán ont été braves, mobiles et ont suscité tout notre intérêt.
Juan Millán, chef de lidia de cette novillada en quatre manches, a donné quelques bons gestes, malheureusement sans continuité, notamment face au troisième, noble et qui permettait de toréer. Millán, qui n'a rien à voir avec Richard, pourra regretter d'avoir vu le petit bénéfice de ses travaux flingué par son peón Pedro Cebadera, ce dernier ayant la fâcheuse manie de porter la puntilla en venant derrière les cornes.
Calme à son début, la matinée s'est emballée au deuxième novillo, Hechicero. Trois piques avec bravoure, et un jeune torero, Tomás Angulo, décidé à obtenir le succès. Sans bouger, il débuta sa faena avec des cites de loin de la main droite. Souvent, l'encasté novillo de Valdellán frôlait le costume vert et or. La faena fut très volontaire, avec des moments plus valeureux que d'autres. Et puis, alors que vint le relâchement, sans que personne ne s'y attende, le drame est survenu entre Gave et Pyrénées. Une tragédie à midi, un choc, sans même avoir le temps de détourner la tête.
Hechicero a cueilli Angulo de face, pour le lever à une altitude effrayante. Angulo est retombé au sol, inerte, inconscient, nous donnant une intensité dramatique inattendue. A cet instant, on imagine sa vie entre les mains des médecins. Voyez le K.O de Patrick Battiston le 8 juillet 1982 à Séville contre la R.F.A, mélangez le à la cornada de Luis Francisco Esplá le 15 juillet 2007 à Céret, et vous aurez une image particulièrement effrayante de ce qu'a été l'accrochage de Tomás Angulo à Orthez.

C'est Juan Millán qui se saisit alors d'une muleta et d'une épée, et on ne pouvait imaginer dès lors aucune autre hypothèse que le seul contre quatre pour Millán.
Au bout de trois longues minutes d'incertitude et de tragédie, on vit alors Tomás Angulo revenir de l'infirmerie. L'impensable, tellement le choc a été brutal et affreux. En piste, Angulo est venu loger une épée comme il a pu, et a coupé deux oreilles, tandis que le novillo était honoré du mouchoir bleu.
Au final, ce sont trois oreilles que Tomás Angulo est venu chercher lors de cette matinée, après avoir combattu le quatrième, un noble adversaire qui avait failli l'encorner lors d'une larga à genoux. Trois oreilles, mais pas des oreilles de vedettes, ni même d'ailleurs des oreilles de grandes arènes. Seulement un triomphe mérité, avec une abnégation énorme dans une atmosphère d'épouvante. La palme au miraculé.

L'après-midi fut moins agité. En piste, les toros portugais d'Ernesto Louro Fernandes de Castro possédaient des morphologies et des comportements qui rendaient difficile le rapprochement avec l'origine Atanasio Fernández. Les trois derniers semblaient toutefois plus typés de ce sang.
Après seize piques pour la comptabilité finale, ils furent souvent éteints voire décastés, et l'on avait au bout des lèvres un goût de déception. Difficile en revanche de juger la santé de cet élevage sur cette seule sortie orthézienne.
Mais il est vrai qu'au fur et à mesure que la course évoluait, on aurait aimé entrevoir ce sobrero de Valdellán annoncé sur le sorteo : "Hormiga", numéro 13.
Concernant le lot de Louro Fernandes, on retiendra tout de même que le premier, un colorado, fut bravito en deux piques et noble par la suite, lors de sa rencontre avec le rude toreo de Joselillo. Le quatrième fit illusion lors d'une première pique fortement poussée en manso con casta, puis en poursuivant les banderilleros jusqu'aux planches. Mais ce toro sembla indifférent au combat par la suite.
L'ultime, baptisé "Madrileño", tenta de sauter dans le callejón, s'avéra exigeant, mais démontra rapidement son peu de charge. Il fut combattu par Imanol Sánchez, torero aragonais d'une grande volonté dans la lidia, aux banderilles, et qui au troisième s'était raté avec une épée de gendarme. Face à "Madrileño", le sixième, Imanol livra cette fois une grande estocade, qui par sa seule exécution, lui permit d'effectuer l'unique tour de piste de l'après-midi. Jusqu'alors, seul le silence avait pu être "écouté" par les toreros.

Florent

Note : Cet hiver, j'avais tenté de faire certaines recherches dans les archives quant à l'élevage de Louro Fernandes de Castro, avec ses sorties françaises et espagnoles ces derniers temps.
Au plus ancien, j'ai pu retrouver la trace d'une corrida à cheval en nocturne le 3 juin 1979 à Nîmes avec les cavaliers Alvaro Domecq, Manuel Vidrié, João Moura et Jacques Bonnier.
Le 24 juin 1979, un toro de Louro Fernandes sortit en corrida-concours à Palavas pour Joaquín Bernadó (c'est le toro de Javier Pallarés qui ce jour-là remporta le prix).
Le 26 mai 1980 à Palavas, cinq toros de Louro Fernandes et un d'Antonio de la Cova (5ème bis) pour Francisco Ruiz Miguel, Francisco Núñez "Currillo" et Manili.
Le 15 août 1990 à Béziers, en matinée, un sobrero (annoncé de l'élevage de "Francisco Goes") pour Chamaco.
Le 17 juillet 1994 à Lunel, un exemplaire isolé en novillada-concours pour Ruiz Manuel.
Le 9 juillet 1995 à Céret, six toros d'Ernesto Louro Fernandes de Castro pour El Fundi (une oreille), Domingo Valderrama et El Tato (une oreille).
Le 18 août 1996 à Arles, deux toros de Louro Fernandes pour le rejoneador Juan José Rodríguez. Lors de cette course, les piétons Antonio Urrutia et Manuel Caballero avaient affronté quatre toros d'Hubert Yonnet.
En Espagne, les dernières traces de cet élevage sont deux corridas en 2001 à Paredes de Nava (Palencia) et à Nava de la Asunción (Ségovie), ainsi qu'une corrida à Melilla (enclave espagnole au Maroc) pour Pepín Jiménez, Canales Rivera et Miguel Angel.

Depuis, on n'avait plus entendu parler en France et en Espagne des toros d'Ernesto Louro Fernandes de Castro...

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