vendredi 1 août 2014

Mais à la fin ce sont toujours les allemands qui gagnent... (III)

LA FÊTE DES BRAVES

Ce 28 juillet a eu la saveur d'un jour d'hiver avec la disparition de Monsieur Hubert Yonnet. En plein été, cette nouvelle a fait remonter dans nos mémoires tant de souvenirs et de longues pages d'histoire. L'élevage de cet homme, situé sur les terres de la Bélugue, est pour la postérité le plus grand fer français de taureaux de combat.
A l'évocation du nom de Yonnet, il n'y a que peu de chances de se tromper. Des taureaux au style unique, celui du sang Pinto Barreiros, sérieux, fins, aux pointes aiguisées, marqués au fer sur le côté gauche, et portant des noms hispanisés, romanisés, mais le plus souvent issus de la langue provençale et baptisés par Hubert Yonnet lui-même.
Les grandes pages de la vie de ce ganadero auront été marquées notamment par la novillada du 23 août 1981 à Saint-Sever, quand Lauri Monzon, Ricardo Sánchez Marcos et Porteño croisèrent la route de six Yonnet indomptables, dont un cornu historique, "Montenegro", numéro 866, honoré d'un tour de piste et que nos aînés évoquent encore. Il y eut tant d'autres dates marquantes, comme la grâce de "Pescaluno" en 2002 à Lunel, ou bien plus loin celle du 9 juin 1959 à Châteaurenard, quand le dernier taureau croisé (entre les races espagnoles et camarguaises) du fer de Yonnet fut combattu par le novillero espagnol Manuel Blázquez.
L'un des grands souvenirs que je garderai pour toujours de Monsieur Yonnet, ce sera celui du 11 septembre 2009 à Arles. Cette année-là, la manade Yonnet fêtait ses cent-cinquante ans d'histoire, et il y eut sur le sable arlésien une corrida-concours que jamais nous ne pourrons oublier.
"Aguardentero", de Prieto de la Cal, avait fait frissonner tous les présents lors de ses puissants assauts à la pique. "Blanquet", toro blanc tacheté de noir, pupille d'Hubert Yonnet, nous avait donné toute l'émotion et la splendeur du toro encasté et sauvage.
Et puis, il y eut ce jour-là un certain "Clavel Blanco", de María Luisa Domínguez Pérez de Vargas. Le genre de toro que l'on ose à peine imaginer dans ses rêves. Mais ce toro-là est sorti en piste, et nous a offert des moments d'éternité du fait de sa combativité sans égal. Lors du tour de piste de "Clavel Blanco", Hubert Yonnet, présent à sa place au premier rang, avait jeté en piste son chapeau.
C'était la fête des braves, et l'on venait de voir trois toros d'exception et de grande caste. Monsieur Yonnet avait su savourer et honorer tout ce qu'il aimait : élever et admirer de superbes taureaux de combat.

Florent


(Image de François Bruschet : "Blanquet", toro d'Hubert Yonnet)

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