lundi 11 août 2014

Mais à la fin ce sont toujours les allemands qui gagnent... (IV)

RÊVES DE GUARDIOLAS

On nous a récemment annoncé la fin imminente du fer de Guardiola Fantoni, le dernier survivant ou presque de la saga des Guardiolas. Depuis des années, on ne mise plus tellement sur ces Villamartas de Guardiola Fantoni, dont un lot était proposé à Parentis. On n'y croit plus, peut-être par jalousie de les voir survivre, tandis que les María Luisa eux ont pris sans demi-tour possible la destination de l'abattoir.
Dans tous les cas, que ce soit aujourd'hui, il y a dix, vingt, trente ans ou plus, Guardiola traverse les époques comme une appellation sans équivoque. Au plus fort de sa réputation, il y avait jusqu'à quatre fers de Guardiola : Herederos de Salvador Guardiola Fantoni, Señores Guardiola Domínguez, María Luisa Domínguez Pérez de Vargas, et Herederos de Salvador Guardiola Domínguez, les deux premiers d'encaste Villamarta et les deux autres de Pedrajas.
Pendant des décennies, les pensionnaires de cette grande maison ont suscité la passion des aficionados, et dans les trophées de ferias et corridas-concours, auront fait autant de dégâts que le Bayern en Bundesliga*. De cette panoplie, s'il reste un élevage en lice (Guardiola Fantoni), l'autre (Herederos de Salvador Guardiola Domínguez) s'est fondu dans le Yerbabuena créé par José Ortega Cano et dont l'élevage est aujourd'hui au point mort, tandis qu'un autre (Señores Guardiola Domínguez) est devenu Fidel San Román, et se cantonne à fournir des sobreros ou invendus en corridas de rejones.

Dans ce douloureux contexte de dépôt de bilan, rien d'exceptionnel n'était attendu de la part des novillos de Guardiola Fantoni à Parentis. Le premier, "Músico", faible et éteint, ne fit pas mentir cette attente. Le deuxième, "Felpillo", distrait mais maniable, n'était pas non plus un foudre de guerre.
Pourtant, à les voir sortir en piste, ils avaient de bien belles allures ces Guardiolas, et des pelages assez fascinants, car tous noirs tachetés de blanc. Le lot de Parentis était un festival de robes aux tâches blanches : bragado, meano, corrido, axiblanco, lucero, calcetero, coletero, girón, coliblanco, salpicado, facado, et même berrendo en negro, ce qui fut le cas du dernier. Un défilé de haute couture d'origine Villamarta.

C'est au troisième, "Cipotillo", que la course s'emballa réellement. A la première pique, le Guardiola souleva la monture comme un poids plume au cours d'une rencontre surpuissante. Vinrent ensuite deux autres rencontres, avec le novillo partant du centre, sans se faire prier pour pousser le cheval "Bianco" de Bonijol monté par Andrés Nieto. Ce "Cipotillo", brave, encasté et exigeant donna trop de fil à retordre à César Valencia dans la muleta. Trop juste techniquement pour un tel adversaire, le vénézuélien ne parvint jamais à baisser la main et à s'imposer. Grande ovation à l'arrastre, qui aurait sans problème pu être un tour de piste posthume.
Le quatrième, corpulent, eut droit à une lidia de sagouin car jamais il ne fut mis en suerte. A la première pique, prise en brave et avec grande puissance, la cavalerie faillit basculer près des planches. On rajouta trois autres piques aussi mauvaises les unes que les autres, et l'on pensa que le Guardiola était cuit pour la suite du combat. Or, doté d'une caste et d'une bravoure à toutes épreuves, "Finanza" offrait des charges vibrantes dans la muleta, aussi bien sur le côté droit que sur le côté gauche. Ce dont rêve tout torero, à condition d'être à la hauteur, sauf peut-être Diego Fernández, complètement absent, et qui ne semblait même pas choqué et déshonoré en fin de compte d'écouter les trois avis. Incompréhensible démission, a fortiori pour un novillero qui a encore toute sa route à tracer. Ce qui était impressionnant, en revanche, chez le Guardiola, c'était cette charge et cette envie d'en découdre même après dix minutes d'une faena sans âme, et après une lidia pitoyable. Pour celui-là aussi, une candidature à la vuelta posthume n'aurait pas dérangé grand monde.
Le cinquième "Violin", vint avec codicia lors de ses trois rencontres au cheval. Depuis presque une heure déjà, on avait en tête l'image de ces novillos en train de traverser la piste pour malmener les groupes équestres. Si "Violin" fut un peu moins brave que ses deux prédécesseurs sous le fer, il fut également un excellent novillo, très encasté. Curro de la Casa eut la vertu de le citer de loin en début de faena, pour que l'on puisse tout de même apprécier ce galop. La faena du novillero fut curieuse, car mêlant à la fois grande volonté, sérénité et totale maladresse, un mélange paradoxal. On retiendra deux bonnes séries de la main droite, une à gauche, mais aussi deux désarmés et deux énormes volteretas qui auraient pu être lourdes de conséquences. L'instant de vérité s'éternisa et Curro de la Casa faillit lui aussi entendre les trois avis, à quelques secondes près.

Pour clôturer cette grande course, il y avait "Preferido", le fameux berrendo en negro. Comme la majorité de ses congénères, il vint de plus de vingt mètres pour rencontrer le picador. Sur ses quatre rencontres, c'est surtout lors de la première qu'il sembla le plus brave.
Avant le tiers des banderilles, réalisé par César Valencia lui-même, on aurait pu penser que ce Guardiola ne serait pas du même tonneau que les précédents. Cependant, la caste reprit le dessus, ne serait-ce que lors de l'accrochage au moment où le vénézulien tenta un pendule au centre de la piste. Sous la pluie qui commençait à tomber fortement, "Preferido" est allé a más, avec beaucoup de transmission dans ses charges. César Valencia en a profité comme il l'a pu, et a obtenu deux oreilles anecdotiques après une épée vraiment tombée. Anecdotiques car généreuses, mais pas si anecdotiques que cela au niveau comptable, puisque le dernier novillero à être jusqu'alors sorti en triomphe à Parentis datait de... 2005 ! C'était Sergio Serrano, qui avait coupé deux fois une oreille à des exemplaires de Pablo Mayoral.

Qu'importe la sortie en triomphe de Valencia qui n'avait pas tellement un goût de triomphe, c'est surtout le tour de piste du mayoral que l'on apprécia. On venait de voir six Guardiola Fantoni, de superbe présentation, mobiles, encastés, possédant beaucoup de transmission, et se grandissant pour la majorité au cours du combat. Cette combativité et cette envie de se rendre au galop vers la cavalerie resteront longtemps dans les mémoires, un peu comme si ces novillos avaient été aimantés.
L'émotion était au rendez-vous, pour une novillada qui devra absolument être primée en fin de saison. Le destin futur de ce bel élevage pourra en revanche laisser des regrets éternels... A qui la faute ?

Florent

* : Et dont l'entraîneur s'appelle lui aussi... Guardiola.

5 commentaires:

  1. 2 vueltas al ruedo potentielles selon ton compte rendu à l'heure d'une surenchère généralisée en matière de trophées que ce soit pour les hommes et surtout pour le bétail, rien d'étonnant donc! Le léger, mais certain glissement de terrain de la corrida moderne cautionné en quelque sorte par tous les acteurs de bas en haut...

    La bravoure si souvent citée est plus que discutable comme j'en ai parlé l'autre soir et comme j'en fais la démonstration par ailleurs. Il ne faut pas confondre allegria et/ou intérêt pour le cheval avec bravoure, surtout quand plus de la moitié des châtiments sont pris avec une seule corne dans le peto ou la tête haute.

    Elpuma

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  2. http://www.tierrastaurinas.com/galerie/#page=albums/photo=16455/album=603

    Tiens, je t'envoie cette galerie photo de Roland Costedoat, où comme tu pourras le constater, les Guardiolas mettent bien la tête dans le peto contre toutes idées reçues. Je te trouve franchement de mauvaise foi avec cette course...

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  3. Comme bien souvent Florent tu écris juste ! Merci pour ça. Un mouchoir bleu, sur n'importe lequel des quatre derniers novillos, et en plus pour saluer l'ensemble de l'histoire de l'élevage, aurait été du meilleur goût (effet de mode ou pas, on s'en fout). Excellente tarde, bon choix de ganaderias et de novillos par l'ADA

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  4. Tu es sûr de ton lien ?

    JPc

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  5. La galerie photo où l'on voie seulement deux fois, deux novillos différents mettre bien la tête et pousser franchement, j'ai noté ces rencontres au nombre de 3 lors de la course... Les autres montrent comme je le marque par ailleurs des châtiments pris avec des forces diverses et parfois relatives, et surtout sur une seule corne en cherchant la sortie, de là à parler de mettre bien la tête il y a un pas que je ne franchirai pas, mauvaise foi ou pas... On ne nous montre pas en photo toutes les rencontres, dommage.

    L'envie, l'allegria, de beaux galops et l'intérêt pour les chevaux restant indéniables par contre sur cette course et ça c'est plutôt rare. Y revenir trois à quatre fois avec toujours cette farouche envie a constitué le positif de cette course à mes yeux avec la présentation soignée bien que parfois limitée au niveau des armures. Mais avec des sorties un peu froides, le manque d'investissement global des acteurs (quelques gestes isolés néanmoins), des lidias détestables, un manque de poder au cheval sur certaines rencontres, des piques dégueulasses qui nous ont privé de beaucoup mieux au troisième tiers et une présidence mélomane et généreuse, la balance s'inverse.

    Et je maintiens qu'à mes yeux, il n'y a pas de scandale de n'avoir point vu de mouchoir bleu fleurir à ce palco déjà trop généreux.

    Désolé d'être à contre courant, il y en a eu de tout temps et il y en aura toujours. Je conçois d'être très nettement à part et d'avoir des avis très particuliers.

    Mais rassure toi, ce que je dis et ce que je raconte n'engage que moi et mon influence et l'intérêt que l'on me porte sont en dessous du 0 vu que je n'y connais rien il n'y a donc pas d'incidence. Et ma temporada française est terminée qui plus est!!!!

    Nous reparlerons de ça peut être et de bien d'autres choses sûrement...

    Suerte pour la suite!

    Elpuma

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