mercredi 13 août 2014

Mais à la fin ce sont toujours les allemands qui gagnent... (V)

LOIN DE LA BÉLUGUE

Quand un hommage est rendu à une personnalité qui n'est plus de ce monde, il arrive que l'on ferme les yeux et que l'on repense à cette personne de son vivant, un peu comme si jamais elle n'était partie. Dimanche à Parentis, sur les coups de 18 heures, les deux alguazils, fils et petit-fils de Robert Soldeville, ont fait le paseo à pied, à côté de leurs montures, chose complètement inhabituelle. Il s'agissait de rendre hommage à Hubert Yonnet, décédé le 28 juillet. Dans le même temps, le journaliste radiophonique Pierre-Albert Blain lisait un long texte, et l'on apercevait Olivier Faure, le mayoral, très ému par cet instant.
A ce moment-là, dans la silencieuse arène de Parentis, je repensais à Hubert Yonnet, au calme de sa voix, et à son doux et sympathique accent provençal. Le contraste de ses toros qui ont foulé le sable de tant d'arènes, des toros souvent admirables de présentation, âpres, et laissant rarement gagner la partie aux hommes vêtus de lumières.

Parentis, dont la tradition taurine est ininterrompue depuis 1963, accueillait pour la première fois des exemplaires de Yonnet. C'est peut-être l'arène française la plus éloignée géographiquement de la Bélugue, propriété des Yonnet située à Salin-de-Giraud.

Loin de la Bélugue, l'hommage était grand et vibrant. Le matin, sur le même sable landais, les quatre novillos de Marqués de Albaserrada, aux origines Isaías y Tulio Vázquez et Marqués de Domecq, ont été justes de forces, maniables et surtout très mal piqués. Pour tout dire, on n'a rien vu lors de cette novillada matinale.
A 18 heures, le fer d'Hubert Yonnet était dessiné sur la piste.

A la place de l'habituelle devise verte et blanche, ce sont des rubans noirs qu'arboraient les novillos, en signe de deuil. Pour la première fois, rendez-vous compte, les bêtes de ce fer foulaient le sable d'une arène alors qu'Hubert Yonnet n'était plus.

Hauts et sérieux de présentation, les Yonnet (quatre du fer d'Hubert, et deux, les 2ème et 6ème, du fer de Françoise) ont été sabordés à la pique, si bien qu'ils furent inédits à ce moment-là du combat. Il y eut une exception avec le tiers de piques du dernier, formidablement mené par Juan Agudo, le mayoral de Raso de Portillo, et coqueluche des arènes de Parentis depuis maintenant plusieurs saisons.

Les Yonnet composaient quant à eux un lot de respect, souvent âpre, difficile et doté d'un danger sourd et menaçant. Face au quatrième, le castillan Luis Gerpe a coupé une oreille à base de courage et de pundonor. Il était difficile de rester calme et de ne pas tergiverser face à ce novillo baptisé "Belugo", exigeant et avisé. Bagarreur, Gerpe a obtenu sa méritoire récompense après une épée engagée au troisième essai.
Juan Millán, que l'on avait vu à Orthez, fut plus en retrait par rapport à Gerpe. Il toucha d'abord en deuxième position un Yonnet exigeant, puis un autre adversaire, "Fanfaroun", distrait et querencioso, le plus fuyard de l'après-midi. Face à ce dernier, Millán échoua totalement aux aciers avec un total de neuf descabellos.
De petite taille et au visage de collégien, le très jeune colombien Guillermo Valencia connut un calvaire face au troisième novillo, "Arlaten". Le peu de métier du novillero et les difficultés du Yonnet firent très vite monter la tension, surtout qu'il manquait au moins une pique à ce dernier. A droite, le novillo gardait la tête très haute et l'on voyait le danger arriver progressivement et inéluctablement. Et c'est sur le côté gauche que vint la correctionnelle, quand le Yonnet souleva Valencia au cours de quelques instants d'effroi. Touché à la poitrine sans que la corne ne rentre, Valencia dut partir pour l'infirmerie, tandis que Gerpe estoquait le novillo.
Le dernier, "Aponcho", du fer de Françoise Yonnet, était plus petit que ses congénères. Remarquablement piqué par Juan Agudo, il possédait une excellente corne droite, dont le colombien Valencia – revenu en piste – profita seulement par intermittence, au cours d'une faena parfois saccadée. A l'issue d'une estocade tendida, la présidence attribua une oreille généreuse à Valencia, tandis que la feria de Parentis était déjà terminée...

Florent


(Images : La famille Soldeville défilant à pied / Olivier Faure / Le cinquième Yonnet, "Fanfaroun", n°137, negro, né en avril 2011)

1 commentaire: