dimanche 24 août 2014

Mais à la fin ce sont toujours les allemands qui gagnent... (VII)

TOROS EN GELSENKIRCHEN

C'est au 15 août que la saison taurine bascule. Après le 15, le terminus n'est plus qu'à une courte distance. La saveur est amère et l'on a du mal à accepter l'horizon de la fin de saison. C'est déjà fini, ou presque.
Au week-end du 15 août, pas besoin d'une imagination fulgurante pour trouver une arène où l'on fait courir des cornus. C'est même le moment de l'année le plus prolifique en la matière.
Après coup, j'ai du mal à imaginer que ce précieux week-end (cuvée 2014) aurait dû être vide de toros. Mais puisque cela était impossible, il fallut donc faire un choix.

Pourquoi ne pas aller voir les La Quinta (dont les lots de toros et de novillos sont désormais estampillés de deux fers : La Quinta et Cubero Buendía) dans la magnifique arène en bois de Roquefort ? Mais si l'endroit est agréable, cette enseigne d'encaste Santa Coloma l'est beaucoup moins ces dernières années. Ce sera non.
Le lendemain, 16 août, une corrida de Pedraza de Yeltes était annoncée à Dax. Du Domecq du Campo Charro (d'origine Aldeanueva) dans sa version la plus intrigante.
Attendaient donc dans les corrales six toros aux pelages roux et châtains, corpulents, oscillant entre 570 et 640 kilogrammes, diversement armés mais imposant tous le respect. Au 16 août, date traditionnelle du village de Collioure (qui ne célèbre plus de courses depuis trois ans), j'aurais imaginé ces superbes Pedrazas entrer sur cette piste (aujourd'hui transformée en parking), donner des vertiges aux spectateurs du fait de leurs impressionnantes carcasses, et mitrailler de toute leur caste les burladeros en fer de cette portative. Trêve d'imagination, car hélas, Collioure n'existe plus sur la carte taurine.

A Dax, l'élevage de Pedraza de Yeltes a livré une corrida de toros majuscule. Remercions les dignitaires de cet emblème (propriétaires, représentants, mayoral) pour ce lot extraordinaire et pour leur travail. Il s'agit en effet d'un bétail d'origine Domecq via Aldeanueva, un élevage qui s'était piètrement illustré et n'avait fait rêver personne en 2001 à Floirac, et dont celui d'El Pilar puise les mêmes origines... et donne également peu de matière aux rêves.
Pedraza de Yeltes, c'est autre chose ! En espérant que l'avenir confirme l'actualité de cet élevage.
Un lot de toros de 600 kilos en moyenne, faisant mentir toutes les idées reçues sur la combativité et la mobilité des toros dits "lourds". Un lot brave, mobile et encasté. Le Domecq que l'on aime.
Au total, ces braves reçurent 17 piques, qui en valaient bien 25 ou 30, la plupart étant des attentats délibérés orchestrés par des picadors peu scrupuleux, excepté Tito Sandoval qui face au troisième fut le plus honnête.

Les Pedrazas furent combattus par trois toreros qui en ce jour semblaient être des héros déchus des ruedos. Des toreros qui, avec courage ou héroïsme, ont fait rêver par le passé, mais qui ce 16 août ont généralement saccagé les lidias.
Avares en élégance, ces trois toreros brutes (surtout Ferrera et Urdiales) ont donné un parfum de Bundesliga. Comme si déjà, ils envisageaient une fin de carrière chez les seconds couteaux du championnat allemand : Fribourg, Rostock, le Werder Brême ou encore Schalke 04 (Gelsenkirchen).
A Dax, le premier Pedraza, Deslumbrero, numéro 25, donna le ton de la course. Brave en trois fortes piques, il fut banderillé à corne passée par Ferrera, qui tapa systématiquement du pied pour le citer. Pourtant, la corne droite de ce Deslumbrero était superbe et aurait mérité un meilleur sort. Trop de gesticulations, une corne gauche inédite, un bajonazo final et des sifflets.
Le quatrième, très bien présenté, se distingua à son entrée par un beau remate contre les planches. Il fut, dans ce concert de premiers tiers médiocres, le plus mal piqué de l'après-midi. Deux piques horribles, traseras, pompées, vrillées, avec des cariocas interminables. Encore bon dans la muleta, ce toro était toutefois exsangue et asphyxié. On ne remerciera en aucun cas Ferrera, indigne et ignoble ce 16 août.

Matador aguerri, Diego Urdiales connut la surprenante désillusion d'entendre les trois avis face au deuxième toro de la soirée. Ce deuxième Pedraza, qui désarçonna le picador, s'était avéré bravucón, avec une tendance à se retrancher et à fuir des muletazos. Urdiales mit du temps à le fixer au moment de vérité, alors que le sablier s'écoula intégralement.
Le cinquième, Bello, 640 kilos, fut un grand toro dans tous les sens du terme. Très sérieux, il eut droit à une lidia que l'on peut tout simplement qualifier d'abominable, avec trois piques affreuses et destructrices sous l'oeil complice d'Urdiales.
La chose la plus incroyable chez ce brave toro, c'est qu'il dura le temps de neuf séries à la muleta, malgré le sabordage initial ! De ces charges vibrantes et somptueuses à la muleta, Urdiales en profita, pour donner cinq premières séries droitières, avant d'aborder tardivement la corne gauche. Mais c'est la transmission du toro de Pedraza qui fit toute la faena et gagna la partie, puisque Urdiales, torero sec, ne se relâcha jamais. Après une estocade tombée, on offrit deux oreilles de brigand au matador. La normalité aurait été d'honorer le toro d'un mouchoir bleu et de ne rien donner à Urdiales.

Le grand moment de cet après-midi fut le tiers de piques de Miralto, le troisième Pedraza. Quatre rencontres au total face à Tito Sandoval : la première sans mise en suerte, la deuxième en poussant en brave, la troisième en partant du centre, puis la dernière en venant au galop de presque trente mètres ! Face à lui, Sandoval eut des réussites diverses avec l'emploi de sa lance, le public lui pardonnant en ovationnant même ses piques traseras.
Javier Castaño fut quant à lui le torero le plus honnête du jour, en tentant toujours de mettre en valeur ce Miralto, certes diminué à la muleta par un tiers de piques très intense. Miralto restait tout de même un grand toro, mais Castaño ne parvint pas à l'estoquer tel qu'il l'aurait voulu : un recibir de sept ou huit mètres. Une fois de plus, les aciers de Castaño semblaient être faits de bois.
Le dernier Pedraza, Fantacioso, renversa la cavalerie... et fut lui aussi un bon toro ! Cette fois, Javier Castaño, hors du coup, passa à côté du sujet.

Au terminus de cette grande corrida de toros, sous la fraîcheur des 21 heures approchant, on aurait aimé acclamer le mayoral seul en piste. Mais l'on fut privé de cette ovation à cause de la sortie en triomphe d'un torero insoucieux de la lidia... Avec des tiers de piques comme des tacles de Bundesliga.
Ce 16 août à Dax, les vrais triomphateurs ont été les toros de Pedraza de Yeltes.

Florent

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire